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Sootoro, unité de combat chrétienne syrienne

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AFP

Elisa Bureau - publié le 18/06/16

Le 15 mars 2013, une milice chrétienne s'est levée dans la région de la Djezihré (Nord-Est de la Syrie).

Le 15 mars 2013, inquiets des répercussions de l’État islamique (EI), les chrétiens syriens décident de mettre en commun leurs armes et de fonder la milice Sotoro. Très rapidement, les Kurdes voient d’un mauvais œil ce rassemblement et leur demandent de les rejoindre pour former un seul et même groupe. Les chrétiens peuvent ainsi bénéficier d’importants financements kurdes et d’un meilleur salaire. Or, cet appel révélant une domination kurde n’est pas bien accueilli et provoque une scission : Sutoro, milice pro-kurde et Sootoro, milice pro-gouvernement.

Protecteur de la population

Dans une démarche patriotique et nationaliste, appuyée par l’Église et les populations locales, Sootoro se pose en protecteur de la population. Elle empêche les groupes rebelles de l’État islamique d’entrer dans la région et aux kurdes d’investir les quartiers chrétiens.

La branche militaire, Gozarto Protection Forces (GPF) intervient comme une armée. En juin 2015, elle est partie combattre l’EI à Hassakeh. En novembre 2015 c’est à Sadad qu’elle est intervenue et elle s’est récemment déployée à Qamishli où de fréquents attentats frappent les civils.

Les miliciens peuvent mener leurs raids grâce aux donations de l’Église syriaque et de quelques groupes indépendants français, belges, suédois et allemands. De l’argent frais qui permet de financer la logistique et de verser une solde aux 300 soldats du groupe.

Certains volontaires ont à peine 16 ans

Pour appartenir à cette milice, tout jeune homme, âgé de plus de 16 ans, doit recueillir l’avis favorable de sa famille. À la suite d’examens de capacités intellectuelles ou de résistance physique et psychologique, le jeune homme est affecté dans la police ou la milice GPF.

Les membres de cette milice sont tous chrétiens (chaldéens, syriaques, melkites, etc). De nombreux chrétiens arméniens d’Alep les ont rejoint car leur Église refuse de soutenir une milice. Face aux nombreuses demandes d’incorporation d’éléments étrangers, Sargon Ibrahim, fondateur et leader de la milice, tranche net : « On leur demande de ne pas venir car nous n’avons pas besoin d’eux. Notre but premier n’est pas d’aller combattre. Notre but premier est de protéger notre village… Les habitants d’ici nous suffisent. Nous ne voulons pas d’étrangers car cela changera notre politique. On sait que si demain nous avons besoin d’aide, des personnes viendront combattre à nos côtés ».

Peu de relations avec le gouvernement syrien

Bien que soutenue par l’État, Sootoro a peu de contacts et reçoit peu d’aides de sa part. Damas leur finance quelques armes légères pour défendre les villages et garantir la sécurité des civils lorsque Sootoro se transporte sur les zones de conflits, laissant les habitants sous protection réduite. Même si cette milice est dite pro-gouvernement et qu’ils combattent sous les couleurs du drapeau syrien, GPF ne s’est pas plié pas à toutes les conditions posées par Damas.

Le service militaire est inévitable pour les jeunes syriens mais le gouvernement a levé cette obligation pour les engagés au sein de la milice GPF. Les Kurdes sont moins indulgents pour leur part et kidnappent les chrétiens refusant de servir leur armée. Sootoro a répondu à la menace en n’enlevant non pas un mais deux Kurdes pour chaque chrétien embarqué de force. Jusqu’à ce que la pratique cesse.

Dialogue avec Sutoro

La milice Sootoro persévère dans le dialogue avec la milice Sutoro. Ils savent que la situation entre ces deux groupes peut dégénerer à tout moment. « La milice Sutoro ne veut plus entendre parler du gouvernement et rejoint pleinement la pensée et l’agenda kurdes. Ils sont prêts à tuer leurs frères chrétiens pour des raisons politiques et de contrôle de territoires. Nous savons qu’ils sont capables de se retourner contre les autres chrétiens. »

Ils sont déjà venus se battre mais Sootoro a toujours baissé les armes, ne voulant pas verser de sang chrétien. « Nous ne voulons pas nous entretuer car nous sommes une seule nation. Ce sont les Kurdes qui les forcent à se battre entre eux. Ils leur ont également promis de leur donner des responsabilités dans leur futur gouvernement », souligne le chef de la milice GPF.

Le patriarche syriaque orthodoxe, Ignace Ephrem II Karim, se rend régulièrement dans la région de la Djezihré pour s’entretenir avec les chefs de ces deux milices et essayer de les réconcilier.

Relations compliquées avec les Kurdes

Les Kurdes ne désespèrent pas de prendre un jour le contrôle de la milice Sootoro, essayant d’acheter ses membres avec de grosses sommes d’argent. Peu de chrétiens acceptent l’offre qui implique d’obéir à des conditions opposées à leurs principes, leurs idées, leurs valeurs. « Le but n’est pas d’avoir beaucoup d’argent mais d’en avoir assez pour exister et faire le boulot en étant fidèle à l’éthique et au peuple », précise Sargon Ibrahim, le chef de milice GPF.

Les Kurdes ont pensé un temps que leurs menaces intimideraient Sootoro et la ferait disparaître après quelques batailles. Mais la force de Sootoro ne découle pas du nombre où de ses finances mais du soutien et de la confiance du peuple dont elle jouit. Sargon Ibrahim se veut rassurant : « Si nous étions 50 000 sans le peuple derrière nous cela ne servirait à rien. Nous sommes 300, le peuple est avec nous. C’est ce qui perturbe le plus les Kurdes. Ils sont très nombreux et n’arrivent pas à nous faire disparaître. Fin 2105, nous avons installé un barrage tout autour de la ville de Qamishli afin de la protéger des menaces extérieures. Cela a fortement déplu aux Kurdes qui ont perçu l’initiative comme une défiance dans leur système de sécurité. Environ 200 d’entre eux sont venus aux portes du barrage pour tenter de nous soumettre. Nous avons perdu un homme dans les combats mais le barrage a tenu car tous les habitants étaient dans la rue avec leurs armes pour empêcher nos agresseurs d’entrer ».

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ChrétiensÉtat islamiquekurdesSyrie
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