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Comment prévenir le burn-out maternel ?

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Maman Vogue - Publié le 15/03/16

"Je suis à bout, je n’en peux vraiment plus, je vais craquer..." Quelle mère n’a jamais pensé cela ?

Aliénor de Boccard est psychologue et maman d’une petite Camilla de 16 mois. Maman Vogue l’a rencontrée pour essayer de comprendre la réalité que vivent certaines femmes : la réalité de ce que l’on appelle aujourd’hui l’épuisement ou le burn-out maternel.

Maman Vogue : Bonjour Aliénor, ce n’est pas un sujet facile que nous abordons là ! Pouvez-vous nous décrire ce que désigne ce terme de burn-out des mamans ?
Aliénor de Boccard : En effet, c’est une dure réalité que je côtoie régulièrement chez mes patients, il est difficile de la résumer tant la problématique est large et propre à chacune. Souvent, la femme en question ne se reconnaît plus. Elle fait, elle agit par devoir mais tout dans sa vie lui semble de plus en plus pesant. Cette lassitude profonde s’installe et vient l’user petit à petit. Parfois, c’est malheureusement un geste violent envers un enfant, une conduite autodestructrice ou simplement une hyper sensibilité qui interpelle l’entourage.
Qui d’entre nous n’a jamais rêvé de vacances ? Une femme en situation d’épuisement ou de burn-out maternel, elle, ne rêve pas de deux semaines en famille au bord de la mer ou d’un weekend en couple mais bien de six mois, seule, au bout du monde, dans un environnement où rien ni personne ne pourra venir troubler son repos.
Nous devons vraiment être vigilantes, guérir d’un burn-out n’est pas une mince affaire ; c’est un long et parfois pénible travail de reconstruction. Il faut vraiment essayer de comprendre de quoi il s’agit pour s’en préserver.

Existe t-il un « terrain » favorable au burn-out ?
Existe-t-il des types de personnalités plus sensibles à cela ? Nous traversons toutes des moments de fatigue, d’irritation, d’angoisses… cela fait partie du job ! Mais que se passe-t-il dans la tête d’une maman pour qu’elle arrive à ce point de non-retour sans réagir à temps ?

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Avant toute chose, sachez que le burn-out en général atteint tout type de personnalité. Non, il ne touche pas que « les petites choses  » ou  » les fainéants  » comme malheureusement on l’entend parfois. Bien au contraire, il se trouve que la majorité des personnes touchées par ce fléau sont des personnes très impliquées, à qui leur activité tient à cœur (et même à corps je dirais). Vous imaginez donc que cela peut nous concerner, nous mamans ! En effet, existe-t-il plus impliquée qu’une femme dans son rôle de mère ?
Cela n’a rien d’avoir avec la charge de travail effective (ce que vous avez vraiment à faire dans votre semaine) ou le nombre d’enfants, et ça peut donc arriver à toute mère, à tout moment de sa vie.
Un burn-out maternel est d’abord un épuisement physique. C’est avant toute chose une fatigue de fond qui est directement liée à un stress chronique. Le stress n’est autre qu’un cocktail chimique mobilisant entièrement notre corps en le mettant en état d’alerte.
Et chez une maman, le stress peut prendre plusieurs forme : impuissance à calmer son bébé, incapacité à mener de front les demandes simultanées de ces enfants, solitude, culpabilité, surcharge entre vie professionnelle et familiale, continuité des tâches ménagères et maternelles (on parle bien là d’un job 24h/24 !).
Chacune reconnaîtra sa part de réalité. Et lorsque le stress dure, que la fatigue s’accumule, alors il devient chronique. C’est à dire que le corps s’y habitue et la personne n’en ressent même plus les symptômes. A un certain moment, et nous sommes très inégaux sur le sujet, le corps dit STOP et les symptômes prennent alors le dessus.

Le monde dans lequel nous vivons et la place que la femme occupe aujourd’hui dans la société sont-ils des facteurs sociétaux qui contribuent à cet épuisement ?
Oui, bien sur, la  » super-sollicitation « , réelle ou supposée, est un facteur d’usure et de stress très puissant dans notre monde. À cela vient s’ajouter la grande culpabilité des mères au foyer qui bénéficient de peu de reconnaissance sociale (voir du mépris assumé de certains) et qui sont censées trouver, à défaut de gagner de l’argent, le bonheur et l’épanouissement absolu….
Sans parler de la culpabilité des workings moms, partagées entre les grandes exigences professionnelles, leur besoin viscéral de materner et les attentes ô combien légitimes de leurs petits poussins et de leur mari.
Tout cela induit un grand épuisement psychique et émotionnel car la femme d’aujourd’hui doit sans cesse jongler entre différentes identités et composer avec les réalités de son monde qui, il faut le dire, n’est pas si facile.

Quels sont les symptômes du burn-out maternel ? Ce tiraillement est-il un signe avant-coureur ?
J’aime bien utiliser deux images quand je parle de burn-out : la première est celle de la bougie qui s’est consumée lentement et dont la flamme a fini par s’éteindre, et celle de la prise électrique que l’on débranche d’un coup sec. Et bien les symptômes du burn-out sont globalement les mêmes, mais s’expriment de manière très différente chez chaque personne.

« C’est l’histoire de Marie qui, un jour, épuisée par son quotidien, se surprit à hurler sur son petit Louis, 3 ans, car il avait fait tomber sa fourchette par terre… »
La première chose repérable est qu’en général au niveau émotionnel tout prend des proportions invraisemblable. Crise de larmes pour trois fois rien et insensibilité aux choses graves. Certaines multiplieront les colères très violentes et injustifiées envers leurs enfants, d’autres deviendront apathiques et ne manifesteront plus la moindre émotion. D’autres encore ne se sentent plus disponible pour rien ni personne et s’isolent, parfois même au sein de leur couple. Cette grande détresse émotionnelle peut engendrer des comportements auto destructeurs comme des abus d’alcool, de somnifères ou autre…

« C’est l’histoire de Jeanne qui, après plusieurs mois à oublier où se trouvait ses clés ; partit du supermarché avec son coffre plein et deux de ses enfants, oubliant le troisième sur le parking… »
Le deuxième symptôme qui s’installe lors d’un épuisement maternel est l’atteinte des capacités intellectuelles. Une femme proche du burn-out n’a plus de vision d’ensemble. Ce stress chronique vient attaquer son cerveau et peut générer des pertes de mémoire importantes. Une de mes patientes me disait : « C’est comme si mon disque dur était plein, je n’arrive plus à enregistrer quoi que ce soit. » Le disque dur est plein, et en général le cœur est très lourd.

« C’est l’histoire de Delphine qui voit son rêve de super-maman littéralement s’effondrer sous ses yeux. Rien ne fonctionne comme prévu, elle ne s’arrête jamais, elle ne se reconnaît pas, elle se sent plus nulle que nulle, elle ne sait plus quoi faire, elle ne sait même plus si elle aime ses enfants… »
Attention, le burn-out n’est pas « une mode », il peut conduire à des comportements graves. La détresse d’une femme épuisée n’est pas à prendre à la légère. Le troisième symptôme, le plus terrible est la perte de confiance en soi et le vécu d’impuissance total. La vie est un combat, la femme agit mais ne maîtrise plus rien, elle ne choisit pas et subit tout.

Comment aider une maman épuisée ?Comment pouvons-nous aider concrètement une amie, une sœur qui rencontre cette problématique ?
Alors nous, amies, voisines, « copines d’écoles », belles-mères, belles-sœurs, et surtout mari, ne négligeons pas ces souffrances là, ne tombons pas dans le trop facile « elle exagère », « il faut juste qu’elle dorme un peu », qui nous dédouane si vite.
Il faut agir, alléger son fardeau ou proposer (ou en imposer !) une aide pour les tâches ménagères, pour conduire les enfants ici ou là, pour lui permettre de recharger les batteries.
L’aide matérielle est indispensable pour soulager la fatigue physique mais la personne a aussi besoin d’écoute bienveillante, de temps d’échange sans jugement (à éviter les remarques de type « bon en même temps, tu les as voulu tes trois enfants non ? Et puis rassures-moi tu les aimes quand même ? » ou le très courant- et assez injurieux – « Je peux te dire que de mon temps on ne se posait pas tant de question ! »), bref la femme épuisée a besoin de personnes disponibles. Plus que jamais le socle de confiance compte et va devoir se mobiliser pour l’aider à se reconstruire.
Une aide extérieure peut également se révéler indispensable. Un médecin généraliste va pouvoir poser les mots et diagnostiquer la personne en burn-out et l’accompagnera pour retrouver une forme physique, l’énergie perdue.
Le psychologue ou le psychiatre pourra accompagner, semaine après semaine, la personne pour qu’elle réorganise sa vie et qu’elle retrouve un équilibre psychique et émotionnel, une juste balance entre les contraintes et les ressources de sa vie, pour qu’enfin elle se retrouve elle-même.

Comment se préserver et anticiper un potentiel burn-out ?
Voici quelques principes de préventions simples :

  • Lister vos priorités selon, non pas ce que la société vous dicte, mais selon ce que vous ressentez au plus profond de vous-même. Le cœur ne ment pas.
  • Faites vous une règle de vie (et non un emploi du temps) correspondant à vos priorités de vie. Partez de vos besoins personnels ainsi vous vous préserverez (vous êtes un pilier de la famille, si vous vous écroulez le reste suivra).
  • N’oubliez ni vos besoins physiques, ni vos besoins intellectuels et spirituels, ni, bien sûr, vos besoins affectifs.
  • Tous les trois mois, revoyez vos priorités et ajustez cette règle de vie.
  • Si vous sentez le stress monter en vous, faites en sorte d’aller vous défouler. Principe de base : le stress prépare le corps à une action physique, il doit « sortir » pour ne pas être nocif.
  • Apprenez à « fêter » vos petites et grandes victoires, en couple ou avec des amis. Que ce soit la première nuit complète du petit dernier, votre dernière présentation au bureau ou l’aboutissement d’une semaine ultra chargée, un petit temps de « fête » vient apporter de la reconnaissance, ce dont nous avons toutes grand besoin.
  • Soyez tolérante avec vous même.

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