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« Je me disais que le mariage n’était pas fait pour moi »

Marie Lorne - Publié le 24/10/15

Témoignage. Parcours d'un non-croyant à l'École de vie conjugale de la paroisse Saint-Nicolas des Champs.

Robin est non-croyant et Mélanie en chemin vers l’Église après une conversion. Ils avaient décidé de vivre en concubinage jusqu’au jour où Robin s’est réveillé avec la certitude qu’il devait épouser Mélanie. Après des interrogations sur la façon dont ils pourraient se préparer à ce grand jour vu leur profil atypique, ils découvrent l’école de vie conjugale de la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs à Paris. Ce qu’ils y vivent est, pour eux, fondateur.

« Certains ici, qui me connaissent bien, se demandent peut-être pourquoi j’ai décidé de me marier, qui plus est dans une église. Je suis bien obligé de reconnaître que jusqu’à très récemment, je me disais que ‘le mariage, ce n’est pas pour moi’. Sans réellement savoir pourquoi d’ailleurs. Je ne trouvais pas ça spécialement ‘ringard’. En fait, je ne savais pas ce qu’est le mariage. (…) Le temps a passé et un beau jour, l’été dernier, je me suis réveillé avec une certitude : je dois me marier avec Mélanie. » C’est par ces mots que, cet été, Robin a accueilli sa famille et ses amis dans l’église de Lasalle dans les Cévennes pour la bénédiction de son mariage avec Mélanie.

Robin n’est pas baptisé. Il se définit comme non-croyant : « Dans ma famille, on ne m’a pas dit que du bien de la culture catholique. J’avais une image négative de la foi sans savoir ce que c’était ». Quand il rencontre Mélanie, il se pose progressivement des questions sur la foi chrétienne.

Mélanie a été baptisée petite. Elle se souvient avoir demandé le catéchisme mais sa famille ne l’y encourageait pas : « Pendant 15 ans, je me suis éloignée de l’Église. À un moment dans ma vie, juste avant de rencontrer Robin, j’ai vécu un grand passage à vide. Je me suis retrouvée au fond du trou. J’étais larguée. Alors j’ai eu besoin de me reconstruire et je me suis mise à revenir à l’église. J’ai découvert un festin incroyable !  C’était un choix, car ce retour à Dieu a créé un schisme avec mon entourage ». Aujourd’hui, elle prépare sa confirmation avec la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs.

Se marier à l’église pour un engagement à la fidélité

Avant de se fiancer, Mélanie et Robin envisageaient de vivre en concubinage. Mélanie s’était fait une raison de « ne jamais [se] marier ». Mais quatre mois après leur installation ensemble, Robin se réveille un matin avec une certitude : « Je dois me marier avec Mélanie ». « Ce n’était pas pour lui faire plaisir, ni pour éviter de la perdre. J’étais simplement persuadé que c’était la bonne chose à faire. J’en ai discuté avec des collègues et des amis qui n’ont même pas essayé de me décourager ! Je n’avais plus le choix. Je suis allé acheter une bague. Je lui ai fait ma demande, et j’ai dû être assez persuasif car elle a accepté. »

Pour Mélanie comme Robin, se marier prenait un accent particulier : « Je suis une traumatisée du divorce », confie-t-elle. Quant à Robin, il avait été également très marqué par des divorces autour de lui. Dans leurs discussions, ils se sont rapidement rendu compte qu’un mariage civil ne leur suffirait pas. « En fait, on n’avait pas vraiment envie de se marier civilement uniquement : l’engagement à la mairie, c’est dépouillé. Pour nous, c’est moins fort car nos valeurs n’y sont pas présentes. La fidélité à la mairie, ça ne veut rien dire », raconte Mélanie. Et Robin de poursuivre : « On ne savait pas du tout comment s’y prendre. N’étant pas croyant, cela n’avait, à ce moment-là, pas de sens pour moi  et surtout je ne voulais pas manquer de respect à tous ceux pour qui ça en a. Je ne savais pas que je pouvais être béni par un prêtre, même si je n’ai pas reçu le baptême* ».

Dans leurs recherches, un ami de Mélanie leur parle de l’École de vie conjugale, préparation au mariage de la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs, comme une école ouverte à tous.

« À l’école de vie conjugale, j’ai été rassuré par l’ouverture des gens »

Alors Robin et Mélanie se lancent dans l’aventure. Le premier mardi soir, alors qu’ils s’engouffrent dans la petite porte en bois du presbytère, Robin est un peu anxieux : « La première fois, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. Je me demandais si je n’étais pas en train d’arriver dans une secte. Très vite, j’ai été rassuré par les gens, très ouverts. J’ai vu qu’ils n’étaient pas robotisés et ça m’a beaucoup rassuré. J’ai beaucoup aimé les propos du Père qui faisait les topos [Le père Cédric Burgun, ndlr]. Il était ‘rentre dedans’ et ne prenait pas de pincettes ».

Et Mélanie d’insister sur ce point : « Parfois, il y a chez les catholiques un courant tiédasse et qui ne me plaît pas. L’Église doit être droite et exigeante car on vit dans un monde lisse. Dans l’Église, on a des repères. À l’École de vie conjugale, les choses étaient claires. Ajouté à cela que nous étions à l’aise avec tous les thèmes correspondant plus à des valeurs que des ‘choses d’Église’ uniquement. On aborde des sujets délicats qu’on aborderait pas ensemble comme la liberté, le pardon et la fidélité », conclut-elle.

« Le jour du mariage, on a sorti les mouchoirs pour tout le monde ! »

Et le jour du mariage ? « Formidable ! » Robin a souhaité faire un mot d’accueil pour expliquer sa démarche car 90% des personnes présentes n’avaient jamais mis les pieds à la messe et auraient pu ne pas comprendre le choix des fiancés. Mélanie raconte : « On a sorti les mouchoirs pour tout le monde car beaucoup ont été émus. Chacun s’est senti à sa place grâce à notre petit mot d’accueil. C’est fou car notre démarche a finalement beaucoup touché nos familles déchirées ! En fait, c’est comme si on avait réhabilité nos familles pour une démarche de respect l’un envers l’autre. Je précise aussi que l’on s’est marié là où la grand-mère et la tante de Robin habitent. Je sais, normalement, on se marie dans le coin de la fille mais mon coin, pour moi, c’était l’Église ».

En conclusion, Robin et Mélanie témoignent surtout de la force que cette préparation au mariage de Saint-Nicolas-des-Champs leur a donnée pour « assumer [leurs] propres choix vis-à-vis de l’extérieur et réconcilier les différences de leur couple ».

* La bénédiction du mariage est donnée à tous ceux qui, non-croyants, souhaitent la recevoir. Elle est à distinguer du sacrement du mariage vécu par les baptisés.

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