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Jésus Christ a-t-il permis un divorce sous condition ?

Lucas Cranach le Jeune - Le Christ et la femme adultère © Public Domain/Wikimedia Commons
Lucas Cranach le Jeune - Le Christ et la femme adultère
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« Or je vous le dis : si quelqu’un renvoie sa femme – sauf en cas d’union illégitime – et qu’il en épouse une autre, il est adultère » (Matthieu 19, 9).

C’est un passage de la Bible qui a suscité une avalanche d’interprétations et de commentaires, et créé un décalage à l’intérieur même des Églises chrétiennes. Commençons par deux prémisses. La première est extrinsèque. Le texte renvoie à une des six « antithèses » que Matthieu prononce dans le Sermon sur la montagne. Dans ces dernières, plus que le dépassement, c’est la béatitude que le Christ souhaite faire ressortir de la parole biblique. À propos de la répudiation matrimoniale, celui-ci affirmait, citant le verset du Deutéronome (24, 1) sur le divorce : « Il a été dit : ‘Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce’. Mais moi, je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour cause de pornéia (d’union illégitime), l’expose à devenir adultère, et que celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère » (5, 32).

« À cause de la dureté de votre cœur »

La deuxième prémisse porte sur le contexte du passage (19, 1-9). Dans celui-ci, Jésus, provoqué par ses interlocuteurs qui souhaitaient le placer en contradiction avec la norme sur la licéité du divorce « pour tout manquement » tel qu’énoncée dans le Deutéronome, remonte à la Genèse qui affirmait que l’homme et la femme sont destinés à devenir « une seule chair » (2, 24). C’est le projet divin du couple selon le Christ, « l’homme ne peut séparer ce que Dieu a uni » (Matthieu, 19,6). Le Deutéronome concède donc une exception « à cause de la dureté de votre cœur » (19,8). Dans sa vision du mariage, Jésus propose bien le modèle de l’indissolubilité.

Mais alors comment expliquer l’incise – en grec dans le texte, pornéia – représentant une exception ? C’est probablement un élément de rédaction introduit par Matthieu pour justifier une pratique en vigueur dans les communautés judéo-chrétiennes des origines. Il s’agirait d’une norme ecclésiastique destinée à répondre à la demande rabbinique portant sur l’interprétation de la clause du Deutéronome propre au divorce « pour tout manquement ». Dans le judaïsme, deux écoles de théologies s’opposaient : l’une plus « libérale », encline à concéder le divorce pour différentes raisons (rabbin Hillel), l’autre plus restrictive, admettant seulement l’adultère pour justifier le divorce.

Deux interprétations possibles…

Quelle serait donc l’exception reconnue par l’Église judéo-chrétienne et exprimée via le terme grec pornéia ? Il ne peut s’agir de « concubinage » qui n’est pas un mariage au sens authentique, ni d’une « fornication » c’est-à-dire l’adultère, auquel cas le terme approprié moichéia aurait été utilisé. D’ailleurs, notons que certaines œuvres des débuts de l’ère chrétienne, telles que Le Pasteur d’Hermas (IV, 1,4-8) ou des auteurs tels Clément d’Alexandrie (Les Stromates 2,23) déclarent qu’un mari quittant sa femme adultère ne peut se remarier car le précédent lien matrimonial demeure.

Dans le judaïsme de l’époque, le terme zenût, équivalent au terme pornéia matteana (« prostitution ») indiquait les unions illégitimes, entre un homme et sa belle-mère par exemple, déjà condamnées par le Lévitique (18,8 : 20,11) et par saint Paul (1 corinthiens 5, 1). En réalité, bien que cette procédure juridique ne fût utilisée à l’époque, il s’agirait d’une déclaration de nullité du mariage contracté, ligne adoptée par l’Église dans les cas de nullité du lien matrimonial précédent. Nous savons cependant que les Églises orthodoxes et protestantes ont interprété l’exception de la pornéia comme adultère et admis ainsi le divorce, bien qu’en le limitant à ce cas de figure. De fait, la vision qu’avait le Christ du mariage était claire et radicale, dans l’esprit d’un don réciproque conscient, entier et indissoluble.