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Pourquoi Benoît XVI souhaite-t-il réintégrer les Lefebvristes ?

Mgr Jacques Perrier - Publié le 21/01/13

C'est sa mission comme successeur de Pierre de veiller à ce que le troupeau ne se disperse pas

Le Christ a désigné Pierre comme le pasteur de l’ensemble du troupeau. Les successeurs de Pierre doivent veiller à ce que le troupeau ne se disperse pas. Ils doivent aller à la recherche de la brebis égarée.

L’unité, le rassemblement, la réconciliation sont au cœur de l’Evangile. Jésus a donné sa vie pour « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés ». « En sa chair, il tué la haine. » Il est le Bon Pasteur qui part à la recherche de la brebis perdue. Juste avant sa Passion, sa recommandation suprême et sa prière est que ses disciples soient « un, pour que le monde croie ».

Cette mission incombe en tout premier lieu au successeur de Pierre, de celui à qui Jésus a dit : « Pais mes brebis. » Comment pourrait-il dire qu’il est le pasteur des brebis s’il ne cherchait pas à les réunir ?

L’expérience prouve que, plus les années passent, plus les divisions deviennent difficiles à résorber.

Beaucoup se plaignent de ce que l’œcuménisme semble ne plus guère avancer. L’ignorance mutuelle et l’agressivité ont été dépassées. On découvre que peut-être, au point de départ, les séparations auraient pu être évitées. Tout cela est très remarquable, presque inespéré il y a un siècle. Le concile Vatican II a été une étape décisive sur ce chemin.

Mais cela ne suffit pas pour restaurer l’unité. Car le temps a passé et, de part et d’autre, on a pris l’habitude de vivre séparés. Les mots, les rites, les coutumes, les manières de s’organiser ne sont plus les mêmes. Il est difficile de se retrouver. Comme deux familles qui ont cessé de se fréquenter depuis longtemps.

C’est le cas, en particulier, avec l’Orthodoxie. Déjà avant 1054, les relations entre Rome et Constantinople avaient connu des périodes de tension, voire de séparation. Mais, quelque temps après, la communion était restaurée. Après 1054 et l’excommunication mutuelle, la situation s’est fossilisée. Le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras ont eu beau lever les excommunications en 1965, l’unité n’a pas été retablie.

Une décision très lourde de conséquence pour l’avenir avait été prise par Mgr Lefebvre quand il avait consacré quatre évêques contre la volonté du pape : c’était assurer à la Fraternité Saint Pie X qu’il avait fondée un avenir de plusieurs dizaines d’années. Le pape voudrait sans doute éviter que les évêques actuels ne consacrent une nouvelle génération d’évêques qui seraient tout aussi illégitimes.

Le pape est aussi le garant de l’unité de l’Eglise à travers le temps : c’est la « Tradition ». Le concile Vatican II fait partie de cette Tradition. Il doit être interprété correctement. Mais il ne saurait être amputé.

Dans le passé, les communautés chrétiennes divisées employaient souvent des termes très blessants les unes à l’égard des autres qui ont fait beaucoup de mal. Le pape Benoît XVI, pour parler de la Fraternité Saint Pie X, emploie des expressions très nuancées. Il parle de « groupe ecclésial impliqué dans un processus de séparation ». Il cherche à inverser le processus, pensant que ce qui est éventuellement possible aujourd’hui risque d’être encore plus difficile dans cinquante ans.

Mais la réconciliation ne peut pas se réaliser à n’importe quel prix. Non pas pour ménager l’opinion largement majoritaire des catholiques qui vivent dans le sillage du concile Vatican II : il arrive que Rome prenne parfois des positions qui sont minoritaires dans l’opinion catholique.

Mais la décision du pape doit être cohérente avec toute la Tradition de l’Eglise. La Tradition est le travail de l’Esprit Saint promis à l’Eglise, aux évêques, au pape, pour mieux entendre la Parole de Dieu et être de fidèles disciples du Christ dans la diversité des situations historiques. Le pape Benoît XVI l’a rappelé : il ne s’agit pas de se situer avant le concile Vatican II et de se demander ce qu’il aurait dû dire. Le concile Vatican II fait désormais partie de la Tradition de l’Eglise. Lui-même ne doit pas être séparé du reste de cette Tradition. Mais il ne saurait être amputé.

On peut admettre plusieurs lectures mais on ne peut pas déchirer des pages du livre.

Le pape Benoît XVI souffre de l’incompréhension qu’il rencontre de divers côtés.

En 2009, le pape Benoît XVI a levé l’excommunication qui frappait personnellement les quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre. S’ajoutait à cela le fait qu’un des autres évêques était un négationniste obstiné, ce que le pape ne savait pas.

Dans l’opinion publique, y compris chez les catholiques, le pape fut sérieusement mis en cause. Il le ressentit si douloureusement qu’il adressa une lettre, rendue publique, à tous les évêques pour expliquer sa décision (10 mars 2009). « Je demande : ‘Etait-il et est-il vraiment erroné d’aller à la rencontre du frère qui a quelque chose contre toi ?’ » Parlant des Lefebvristes, il écrit : « Devons-nous impassiblement, les laisser aller à la dérive loin de l’Eglise ? » La lettre prend un ton pathétique quand il déplore d’ « être traité avec haine sans crainte ni réserve » parce qu’il a tendu la main à l’adversaire.

D’après Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint Pie X, le pape lui aurait dit que « il aurait été plus facile pour nous comme pour lui de tout laisser en l’état ». C’est-à-dire de laisser la situation s’enliser.

En expliquant pourquoi il avait choisi le nom de Benoît, le pape avait cité Benoît XV, ce pape qui, en 1917, avait tenté une démarche pour un armistice entre les parties en guerre. Des deux côtés, il avait été agoni d’injures.

« Heureux les artisans de paix. Heureux si vous êtes persécutés pour la justice. Heureux quand on vous insultera. »

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