separateurCreated with Sketch.

Le discret vingtième anniversaire de la mort de Jean Paul II

mass for the 20th Anniversary of the death of John Paul II at Saint Peter's Basilica in Vatican City on April 2, 2025.
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Michel Cool - publié le 05/04/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Même si le tombeau de saint Jean Paul II est l’un des lieux les plus visités de Rome, le vingtième anniversaire du retour à Dieu du pape polonais a été célébré dans la discrétion. Pourquoi ce peu d’attention médiatique ? s’interroge le journaliste Michel Cool.

Campagne de soutien 2025

Ce contenu est gratuit, comme le sont tous nos articles.
Soutenez-nous par un don déductible de l'impôt sur le revenu et permettez-nous de continuer à toucher des millions de lecteurs.

Je donne

Sur fond de guerre économique avec les États-Unis, de déstabilisations guerrières à l’Est de l’Europe et au Moyen-Orient et, en France, de condamnation de Marine Le Pen à cinq ans d’inéligibilité pour cause de détournement de fonds publics, la commémoration du 20e anniversaire de la disparition de Jean-Paul II, le 2 avril 2005, a peu retenu l’attention médiatique. Cette désaffection a été moins marquée dans les milieux catholiques, même si elle n’a pas donné lieu non plus à des débordements. Certes le temps fait son œuvre, et avec lui la dictature du zapping et l’amnésie historique. Mais cette déperdition d’intérêt est à souligner onze ans seulement après la canonisation du pape polonais devant un million de fidèles à Rome. Pourtant, notre époque, en peine de croire en l’avenir, est friande d’événements commémoratifs. À défaut de pouvoir se projeter dans un avenir désirable, elle se rassure en célébrant un passé souvent idéalisé. C’est pourquoi la discrétion suscitée par cet anniversaire peut étonner et interroger. Vingt ans après la mort du pape polonais, le phénomène Jean-Paul II serait-il en voie de tarissement ?

Un " must " des pèlerinages à Rome

Hormis en Pologne où Karol Wojtyla demeure un personnage historique et populaire, l’épuisement de son souvenir dans nos contrées s’explique d’abord sur un plan sociologique. Les contemporains du troisième plus long pontificat de l’histoire (vingt-six ans), après ceux de l’apôtre Pierre et de Pie IX, se raréfient les années passantes. Les témoins de l’attentat du 13 mai 1981 sur la place Saint-Pierre, de la première rencontre interreligieuse pour la paix à Assise le 27 octobre 1986, de l’excommunication du chef de file traditionaliste Mgr Lefebvre le 1er juillet 1988, ou encore du Grand Jubilé de l’an 2000, sont de moins en moins nombreux. À ce jour, il ne reste plus que six cardinaux nommés par le pape polonais à pouvoir participer à un prochain conclave. Pourtant, l’un des lieux les plus visités dans la basilique vaticane demeure le tombeau de Jean-Paul II, placé sous l’autel de la chapelle Saint-Sébastien où reposent aussi, dans un plus grand incognito, Pie XI et Pie XII. Favorisée par une signalisation avantageuse — comparée à celle, plus timide, pour d’autres sépultures de saints papes comme Jean XXIII ou Paul VI — la vénération de Jean-Paul II demeure un "must " des pèlerinages à Rome.

Des catholiques galvanisés

Un autre facteur peut expliquer ce soupçon d’éclipse du phénomène Jean-Paul II : la déferlante de crimes sexuels commis sous le manteau par le clergé durant ces années-là, de même que les nombreuses dérives morales et spirituelles d’un certain nombre de personnages et de mouvements chrétiens surgis dans l’orbite de "la nouvelle évangélisation" ont entaché l’image d’un règne qui avait pu paraître inaugurer un nouvel âge d’or du catholicisme. Pape globe-trotter, affichant au compteur kilométrique de son pontificat l’équivalent de huit tours du monde, Jean-Paul II avait galvanisé une population catholique passablement décontenancée par la décennie de doutes qui avait succédé au concile Vatican II et par le nouvel ordre international créé par l’implosion de l’URSS. Le lancement des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) en 1987 à Buenos Aires fut une sorte d’acmé du fameux message liminaire de Jean-Paul II : "N’ayez pas peur !" Ce pontificat "grandiose", selon le qualificatif employé par le journaliste et historien italien Gian Maria Vian, n’en est pas moins controversé aujourd’hui du fait d’une gouvernance par trop itinérante et spectaculaire et, du coup, pas suffisamment présente et vigilante au sommet de l’Église.

Un modèle pour François

Hasard des calendriers : cet anniversaire de la mort de Jean-Paul II, survenue après une lente agonie dont la médiatisation par le Vatican avait à l’époque soulevé la polémique, coïncide avec la longue convalescence du pape François, après son hospitalisation d’un mois durant laquelle il faillit perdre la vie. Le pontife argentin avait pu faire croire qu’il ne s’accrocherait pas au pouvoir en cas de défaillance physique. Plusieurs fois, il avait vanté le courage et la liberté spirituels de son prédécesseur Benoît XVI, capable de se retirer pour épargner l’Église de ses propres limites et fragilités.

Dans ses mémoires dernièrement parues, François n’est d’ailleurs pas tendre pour les mœurs de "la dernière monarchie absolue" d’Europe à laquelle il compare le Saint-Siège. Cependant, même temporairement privé de sa voix, il ne semble plus disposé à passer la main. Tout juste, ce pape initiateur d’une Église synodale, a-t-il concédé l’idée d’une gouvernance partagée avec le cardinal Parolin et d’autres cardinaux alors que l’année jubilaire est déjà hypothéquée par son indisponibilité chronique. Ce n’est pas le moindre des paradoxes du pontificat actuel, qu’après s’être mis à distance de celui de Jean-Paul II, il finit par lui ressembler en fin de course.

L’autorité du style de vie

Toutefois, il est peu probable que le successeur de François, quelle que soit sa nationalité par ailleurs, ne se risque à prendre le nom de Jean-Paul III. Pourquoi ? Parce que, principalement, l’Église ne se trouve plus dans un cycle de triomphalisme assumé et proclamatoire comparable aux années quatre-vingt-dix marquées par l’idée d’un avenir radieux. Elle doit à présent se mouvoir dans un monde, dans une mondialisation en train de changer de peau et sans horizon certain. Or, la crise mondiale des abus, la sécularisation semble-t-il irrépressible de la société occidentale, les bouleversements anthropologiques et géopolitiques et enfin, la reconfiguration des soifs et des offres spirituelles l’inclinent à faire davantage preuve de modestie et d’intelligence créatrice. L’autorité — et non le pouvoir — qu’il lui faut retrouver, n’est certainement pas dans la démonstration de force, remise frénétiquement au goût du jour par des populistes jamais en retard d’une récupération religieuse, mais dans un style de vie qui refasse envie. C’est par un témoignage cohérent doublé d’un réalisme prophétique, que l’Église catholique peut être utile, en apportant sa consolation et son espérance à des contemporains brutalement rattrapés par le sens tragique de leur existence.

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)