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Le Grand Antependium, chef-d’œuvre de broderie liturgique, de retour à Amiens

Ursulines d’Amiens, Antependium, vers 1660. Broderie de fils de laine, fils de soie, fils métalliques, perles, pierres fines, verroterie. Amiens, Musées d’Amiens.

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Mathilde de Robien - publié le 07/03/25
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Après plus d’un siècle d’exil, une broderie monumentale confectionnée par les Ursulines d’Amiens vers 1660 pour parer l’autel de leur chapelle est exposée au Musée de Picardie, à Amiens. Un chef d’œuvre liturgique d’une finesse exceptionnelle.

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Rien n’est trop beau pour épouser la table où le Christ se donne en sacrifice. Car c’est bien là la fonction et le symbole de l’antependium, cette partie en métal précieux, pierre sculptée, bois peint ou tissu brodé, qui recouvre la face antérieure d'un autel. L’antependium (du latin "ante" et "pendeo", littéralement "qui pend devant") représente l’Église unie au Christ, lui-même signifié par l’autel. Une tradition qui remonte aux premiers siècles du christianisme, lorsque les chrétiens, à l’instar des Romains qui revêtaient leurs tables d’étoffes précieuses, couvrirent leurs autels. Ces tissus s’appelaient alors des "pallia altaris" (manteaux d’autels).

Le Musée de Picardie vient d’acquérir un antependium monumental, mesurant trois mètres de long et un mètre de large, brodé par les Ursulines d’Amiens sous le règne de Louis XIV, pièce maîtresse de l’exposition temporaire La Broderie des Ursulines, Chef-d'œuvre du Grand Siècle qui ouvre ce samedi 8 mars. "Cet objet est exceptionnel par son caractère très impressionnant visuellement mais aussi par la technique déployée par les Ursulines", souligne François Séguin, commissaire de l'exposition. "On voit ici tout leur savoir-faire, toute leur maîtrise, notamment pour rendre les figures, les volumes, avec des matériaux précieux tels que des fils de laine, de fils de soie, des fils d’argent, des fils d’or et même des incrustations de perles ou de pierres." Les fils de laine rendent le velouté de la chair tandis que la soie sublime les chevelures, les drapés et les contours des visages. Des fils d’or et d’argent apportent quant à eux éclat et raffinement. Un chef-d’œuvre qui devait révéler toute sa splendeur à la lumière des cierges et des bougies, lorsque, pendant les célébrations, pierreries et verreries faisaient apparaître des jeux de reflets, de lumières et d’ombres.

Une œuvre liturgique

Ursulines d’Amiens, Antependium, vers 1660. Broderie de fils de laine, fils de soie, fils métalliques, perles, pierres fines, verroterie. Amiens, Musées d’Amiens.

Broder, au XVIIe siècle, est un acte de dévotion, un langage visuel au service du divin. L’œil est d’abord happé par la Vierge à l’Enfant, représentée au centre de la broderie, portant Jésus sur ses genoux, avec saint Jean-Baptiste à ses pieds. La Vierge est encadrée par les allégories de deux vertus théologales : à gauche, la Charité, avec son cœur enflammé, et à droite, la Foi, tenant entre ses mains une hostie et une croix. Les deux allégories sont surmontées de scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Enfin, la partie à l’extrême gauche représente le martyre de sainte Ursule, vierge du IVe siècle choisie comme patronne de la compagnie fondée par sainte Angèle Mérici, tandis que celle de droite illustre l’extase de saint Augustin, dont les Ursulines suivaient la règle monastique. Jusqu’à la Révolution française, cet antependium ornait l'autel majeur de la chapelle des Ursulines les jours de fête. La chapelle, aujourd’hui disparue, était décrite en son temps comme un véritable "petit paradis terrestre".

Après une longue absence, ce chef-d’œuvre est aujourd’hui de retour à Amiens. Resté entre les mains des Ursulines d’Amiens depuis sa création à la fin du XVIIe siècle, il quitte la France en 1904 en même temps que les religieuses à la suite de l'expulsion des congrégations enseignantes (loi Combes) pour la Belgique. À Bruxelles, les Ursulines vendent l’antependium. Exposé lors de l’Exposition universelle de 1910 à Bruxelles, il passe ensuite dans différentes collections particulières tout au long du XXe siècle. En 2023, son propriétaire propose la pièce au Musée du Louvre, qui laisse la priorité au Musée de Picardie, qui l’acquiert en 2024.

Découvrez de plus près les détails de cette œuvre exceptionnelle :

Pratique

La Broderie des Ursulines, Chef-d’œuvre du Grand Siècle
Du 8 mars au 6 juillet 2025, Musée de Picardie, Amiens.
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