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Droit extrême contre extrême-droite ?

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Marine Le Pen.

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Louis Daufresne - publié le 03/04/25
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La condamnation à une peine d’inéligibilité de Marine Le Pen laisse de nombreuses questions sans réponse, et les Français partagés. Reste, rappelle le journaliste Louis Daufresne, que les institutions ne peuvent pas grand-chose contre une idée.

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"Séisme", "tremblement de terre" : j’ai cru en ce 1er avril que les médias parlaient de la Birmanie, où quelque 3.000 personnes, peut-être dix fois plus, viennent de périr. En fait, le choc sismique désignait l’arrêt de mort politique rendu par la justice française contre Marine Le Pen ! Déclaré inéligible, le chef de file du Rassemblement national partirait à la retraite à l’âge de 56 ans, ce qui correspond plutôt à ce que défend son programme. On verra si l’appel infirme ou non cette décision. En tout cas, la célérité avec laquelle la justice a indiqué que l’affaire serait rejugée bien avant la présidentielle montre que Marine Le Pen a quelques cartouches dans sa poche et que le spectre de la censure doit avoir une tignasse blonde.

On a tout essayé

Marine Le Pen se croyait invulnérable, persuadée que nul n’arrête une idée dont l’heure est venue. Ce qui n’est pas faux. Tous, nous sommes tributaires, possédés même, par nos représentations, nos peurs surtout. Deux sont aujourd’hui matricielles : le grand remplacement et le grand réchauffement. Prédire l’apocalypse, démographique ou climatique, c’est s’assurer sur les esprits un pouvoir de malade, au sens strict : la charge mentale de ses peurs rend réellement malades ceux qui y succombent. L’hystérie barre la route au rationnel. La politique se résume à cela, en fin de compte : posséder les êtres, gagner leur conscience sous prétexte de gagner leur confiance. Avec l’exposition médiatique continue, ces peurs font le même effet sur le cerveau que les ressacs sur le rocher : ils le polissent, le fissurent, le désagrègent.

Les institutions ne peuvent pas grand-chose contre une idée. La réprimer ? Vous la renforcez. L’ignorer ? Vous la laissez se propager. "On a tout essayé", disait du chômage un François Mitterrand résigné. C’est pareil contre le FN puis RN : on a aussi tout essayé depuis cinquante ans et rien n’y fait. Quand Marine Le Pen dit qu’elle se battra jusqu’au bout, elle fortifie les siens et son parti, paraît-il, engrange des adhésions (10.000 en 24 heures selon le parti). Sa combativité ainsi scénarisée exprime la lutte des Français invisibilisés par un "système" bobo parisien mondialiste et libertaire. Rien ne les fera dévier du sentiment d’injustice qu’ils ressentent. Au-delà de cet électorat, l’appréciation est différente : selon un sondage Elabe pour BFMTV, une majorité de Français (42%) se disent satisfaits de la décision judiciaire (contre 29% mécontents et 29% indifférents).

Tout est-il permis ? 

Que Marine Le Pen soit condamnée et mise à l’amende, cela n’est pas choquant au vu des faits avérés et documentés. Mais pourquoi la justice prononcerait-elle des peines d’inéligibilité, comme s’il lui incombait de composer le menu de l’élection présidentielle ? On répondra que la loi, depuis l’affaire Cahuzac, a raison de sanctionner tout manque de probité. Marine Le Pen réclamait d’ailleurs en la matière une grande sévérité. Non, dans cette affaire, c’est l’exécution provisoire introduite dans le code pénal en 2020 qui interroge. Elle interroge d’abord la philosophie du droit : peut-on rendre définitive une condamnation avant un appel ? Le faire, c’est considérer que la décision de première instance est judiciairement vraie, alors que le principe des degrés de juridiction est établi pour indiquer qu’elle peut être fausse.

Et In fine, on en revient à poser la même question : tout est-il permis contre l’extrême-droite ? Si ce courant charrie une infamie, une "historique hystérie" pour parler comme Louis Chedid, alors le cordon sanitaire se justifie et même bien davantage : finissons-en, dissolvons le RN, emprisonnons ces représentants, et considérons que seul "l’arc républicain" délimite le champ de l’éligible. Mais il faudra expliquer pourquoi autant de députés de ce parti siègent maintenant à l’Assemblée. Normalement, dans un État démocratique, le cordon sanitaire n’existe pas. Utiliser des biais judiciaires pour parvenir à des fins politiques n’est pas honnête. L’exécution provisoire porte mal son nom, tant ses inspirateurs aspirent en fait à l’exécution définitive.

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