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Près de 3.000 personnes ont perdu la vie dans le dramatique séisme qui a touché la Birmanie le 28 mars, parmi lesquelles deux ressortissants français. Une période de deuil national a été décrétée par la junte au pouvoir, jusqu'au 6 avril. Les recherches pour extirper les corps des décombres se poursuivent et les chances de retrouver des survivants s'amenuisent. Seuls des miracles viennent briser l'irrémédiable : ce mardi 2 avril, un jeune homme d'une vingtaine d'années a été secouru vivant après cinq jours enseveli. Alors que les secours étrangers affluent vers le pays déjà mis à genoux par des années de guerre civile, incapable de répondre seul à cette crise d'ampleur, Mgr Charles Bo, archevêque de Rangoun et président de la Conférence des évêques catholiques de Birmanie, revient pour Aleteia sur les conséquences terribles de ce nouveau drame humanitaire. "Nos frères et sœurs vivent un véritable chemin de croix sans fin" témoigne le cardinal. "Ces quatre dernières années, la vie a ressemblé au Livre de Job : une succession de crises entremêlées, un fardeau toujours plus lourd. Mais aucune catastrophe ne peut éteindre la foi de notre peuple". Entretien.
Aleteia : Le nord de la Birmanie est en plein chaos après de violents séismes. Pouvez-vous nous décrire ce que vous avez vécu et ce que vit en ce moment le peuple birman ?
Mgr Charles Bo : Selon la géologue américaine Jess Phoenix, la force libérée par un séisme de cette ampleur équivaut à environ 334 bombes atomiques. Nous prions pour que le nombre de victimes soit le plus bas possible. J’ai moi-même vécu cette tragédie de près. Nous traversions la région touchée lorsque notre voiture a été violemment secouée et déportée sur le bas-côté. Avec peine, nous avons réussi à reprendre le contrôle. Sur la route, nous avons aperçu un motard projeté au sol, tandis que des cratères béants laissaient apparaître des nappes d’eau souterraines. Le chaos régnait partout. Des gens affolés couraient dans tous les sens, pris de panique. L’atmosphère était irréelle, comme une scène de fin du monde, où la peur et le désespoir dominaient. La terre tremblait avec une force impitoyable, emportant tout sur son passage. Nous avons dû contourner les zones dévastées et sommes arrivés avec cinq heures de retard. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous avons mesuré l’ampleur du drame : des millions de vies bouleversées, des milliers de morts et autant de disparus. Quatre diocèses sont directement touchés, chacun sous la responsabilité d’un évêque. L’archidiocèse de Mandalay (centre de la Birmanie, N.D.L.R) a subi d’importants dégâts, y compris la résidence de l’évêque et de nombreuses églises. Mais au-delà des destructions matérielles, c’est le moral de notre peuple qui est brisé. De nombreux édifices religieux et infrastructures ont subi de lourds dégâts dans trois diocèses. Mais même avant le séisme, les églises étaient déjà éprouvées. Notre plus grande inquiétude aujourd’hui n’est pas seulement la reconstruction des bâtiments, mais celle de notre peuple, de sa résilience. Nous devons aussi repenser l’usage de nos églises pour en faire des lieux sûrs, où l’aide humanitaire pourra être apportée à ceux qui en ont désespérément besoin. Un effort de reconstruction solide est indispensable. En tant qu’Église, nous nous mobilisons pour relever ce défi.
L'aide humanitaire parvient-elle à être acheminée ?
Le séisme a frappé de plein fouet Nay Pyi Daw (capitale de la Birmanie au sud de la région de Mandalay N.D.L.R), le centre du pouvoir, emportant de nombreux responsables dans son sillage. Quant à la région de Sagaing (nord-ouest de la Birmanie), l’épicentre du tremblement de terre, elle était déjà ravagée par un conflit intense et une population déplacée par milliers. Dans ces conditions, l’aide humanitaire a été extrêmement difficile à organiser. Le gouvernement a fait de son mieux, mais l’absence des ONG s’est fait cruellement sentir. Face à l’ampleur du désastre, au nombre de bâtiments effondrés et au manque de matériel de sauvetage, les secours ont été largement insuffisants. Heureusement, aujourd’hui, des aides supplémentaires et des équipes étrangères commencent à arriver. Par miracle, des survivants sont encore extraits des décombres, même après plusieurs jours.
Le séisme est intervenu alors que la Birmanie est déjà ravagée par une violente guerre civile depuis plusieurs années. Cette souffrance semble impossible à supporter.
Notre peuple a en effet traversé de multiples crises ces quatre dernières années : la pandémie de COVID-19, les conflits, les déplacements forcés, l’effondrement de l’économie… Puis, deux catastrophes naturelles majeures ont frappé avant que ce séisme ne vienne encore aggraver une situation déjà dramatique. Nos frères et sœurs vivent un véritable chemin de croix sans fin. C’est bouleversant de voir des fidèles, en pleine prière dans des monastères et des mosquées, périr en ce temps sacré pour tous ! Notre peuple endure une souffrance immense, et ce tremblement de terre a été un choc terrible pour eux. Les souffrances d’hier continuent d’étouffer toute tentative de reconstruction aujourd’hui. J’ai lancé un appel à toutes les parties pour qu’elles déposent les armes, respectent un cessez-le-feu et apportent aux populations ce dont elles ont le plus besoin : de la nourriture, des médicaments, un abri.
Notre peuple porte une foi inébranlable, une certitude que, tôt ou tard, Dieu rétablira la justice et répandra ses bénédictions. La foi de notre peuple est plus solide que n’importe quel bâtiment. Derrière chaque Vendredi saint, l’aube de la Résurrection finit toujours par se lever.
Au-delà des différences, les croyants de toutes confessions unissent leurs forces pour venir en aide aux victimes. Malheureusement, de nombreux musulmans et bouddhistes ont péri dans l’effondrement de leurs lieux de prière. Aujourd’hui, notre religion commune, c’est la compassion. Ensemble, nous nous relèverons et nous guérirons les blessures de notre peuple. Dans cette épreuve, nous avons été profondément touchés par le geste du Pape. Lui-même affaibli par la maladie, il a tenu à nous adresser ses prières et son soutien. Son message est un baume pour nos cœurs meurtris, et nous lui sommes infiniment reconnaissants pour sa présence à nos côtés depuis quatre ans.
Comment l’Église catholique apporte-t-elle son soutien et quel rôle peut-elle jouer ?
Depuis des années, l’Église catholique marche aux côtés de notre peuple, que ce soit dans les camps de déplacés ou les refuges cachés en pleine jungle. Nos prêtres et religieuses restent présents partout, apportant réconfort et espoir malgré les épreuves. Ce sont des guérisseurs blessés eux-mêmes, mais qui continuent, à l’image du Bon Pasteur, à servir leur communauté. Ils offrent un soutien spirituel à travers les sacrements et l’accompagnement des traumatismes. Aujourd’hui, cette mission s’élargit à toutes les communautés. Dès les premières heures après le séisme, l’Église a mis en place une structure d’aide humanitaire, MERCI (Myanmar Earthquake Response Church Initiative), et un plan d’action est en préparation. Notre priorité est de répondre aux besoins les plus urgents, puis d’envisager une aide à moyen et long terme. L’Église restera aux côtés de son peuple, fidèle à sa mission pastorale d’accompagnement et de reconstruction.
Les catholiques de Birmanie perdent-ils espoir ?
Oui, en quelque sorte… Ce sont des temps très durs. Ces quatre dernières années, la vie a ressemblé au Livre de Job : une succession de crises entremêlées, un fardeau toujours plus lourd. Mais aucune catastrophe ne peut éteindre la foi de notre peuple. Lors de la dernière ordination épiscopale à Myitkyina, la capitale du pays Kachin, près de 30.000 catholiques se sont rassemblés pour célébrer leur nouvel évêque. Pourtant, cette région est au cœur du conflit et des déplacements massifs. Mais rien n’a empêché les fidèles de venir en nombre, remplis de gratitude. Notre peuple porte une foi inébranlable, une certitude que, tôt ou tard, Dieu rétablira la justice et répandra ses bénédictions. Des milliers de personnes ont tout perdu, des églises ont été détruites, mais la prière ne s’est jamais arrêtée. Dans la jungle, au milieu du chaos, l’adoration continue, et la paix est invoquée sans relâche. La foi de notre peuple est plus solide que n’importe quel bâtiment. Jusqu’à présent, aucune souffrance n’a réussi à l’ébranler. Ils savent que, derrière chaque Vendredi saint, l’aube de la Résurrection finit toujours par se lever.