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Saint Claude La Colombière, “sans souci” dans le Cœur de Jésus

SAINT Claude de la Colombiere

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Saint Claude de la Colombière

Anne Bernet - publié le 14/02/24

Désigné pour être le confesseur de Marguerite-Marie, la confidente du Cœur de Jésus, le père jésuite Claude La Colombière faillit mourir dans une prison anglaise. Il priait pour "vivre sans aucun souci". L’Église le fête le 15 février.

Au terme de ses études au collège des jésuites à Lyon, le jeune Claude La Colombière, on dit à l’époque, “de” La Colombière car son père, notaire royal, s’emploie à faire fonctionner “la savonnette à vilains” qui, d’ici une ou deux générations, permettra à la famille, par le biais des charges anoblissantes, de se rattacher à l’aristocratie, n’a qu’une certitude concernant son avenir : jamais il n’entrera dans la Compagnie de Jésus. Ce garçon brillant, passionné de littérature et de poésie, de mondanités car il aime autant danser que le plaisir raffiné de la conversation, s’enivre de ces plaisirs qu’il jugera bientôt futiles. 

Une âme absolue

Comprend-il qu’il cherche ainsi à ne pas entendre l’appel divin et ne pas y répondre ? Certes, et peu de temps suffira à le persuader qu’il se fourvoie et, pis encore, pèche gravement en se dérobant à la volonté de Dieu ; comme Claude est une âme absolue, sa décision prise, il ne se donnera pas à moitié. Ainsi qu’il l’écrit en 1658, à la veille de renoncer au monde, son mot d’ordre sera : “Ne vivre que pour Dieu, Le servir et Le glorifier. “À 17 ans, il estime avoir déjà trop atermoyé …

Il entre chez les jésuites, alors qu’il confie encore éprouver “une grande aversion pour la vie qu’il va embrasser”, mais il l’embrasse car il a compris un moyen infaillible d’avancer vite dans les voies de la sainteté : se renoncer pour prendre la croix et suivre le Christ. Il l’explicitera dans des notes de retraite : “Le pas suprême à franchir, c’est de se détacher de soi-même, de ne chercher que Dieu dans Dieu même ; non seulement de ne rechercher dans la sainteté nul avantage temporel qui serait une imperfection grossière, mais de n’y chercher même pas ses intérêts spirituels. […] N’y chercher que le pur intérêt de Dieu.”

“Mon cœur dans celui de Jésus et de Marie”

Il va plus loin, écrivant lors d’une autre retraite : “Je veux désormais que mon cœur ne soit que dans celui de Jésus et de Marie ou que celui de Jésus et de Marie soit dans le mien afin qu’ils lui communiquent leurs mouvements et qu’il ne s’agite et ne s’émeuve que conformément à l’impression qu’il recevra de ces cœurs.” Comment s’étonner qu’en 1675, avant son arrivée à Paray-le-Monial, le Christ, en annonçant à Marguerite-Marie le directeur spirituel qu’elle lui demandait, présentera le père de La Colombière comme “mon fidèle serviteur et parfait ami” ?

Peu avant sa profession solennelle, cette même année 1675, Claude a jugé bon de prendre l’engagement supplémentaire “d’observer fidèlement la Règle et les constitutions” de la Compagnie sous peine de péché. À l’évidence, il est parvenu à ce détachement de soi qui fait de lui un instrument entre les mains du Dieu dont il cherche la gloire, fidèle à l’esprit de Loyola “ad majorem gloria Dei”, pour la plus grande gloire de Dieu, en obéissant aux supérieurs “perinde ac cadaver” tel un cadavre.

La mission anglaise

Aussi ne s’insurge-t-il ni contre sa nomination à Paray, quand ses proches jugent indigne de lui d’aller s’ensevelir dans la petite cité charolaise, ni, alors qu’il est devenu le directeur de conscience de Marguerite-Marie, véritable raison, gardée secrète, de son envoi là-bas, ni contre, l’année suivante, la décision honorifique de le nommer prédicateur de la duchesse d’York, Marie-Béatrice d’Este, dont le mari est l’héritier de la Couronne britannique. A-t-on prévenu Claude de la méfiance qui entoure le futur roi et sa femme, soupçonnés de vouloir restaurer le catholicisme ? L’a-t-on invité à la prudence ? Si c’est le cas, il ne s’en préoccupe guère, donné à sa mission et, même si elle se limite à la cour, il parvient, non seulement à veiller sur l’âme de la princesse, mais encore à faire abjurer l’anglicanisme à des personnes de son entourage, ce qui agace. 

En 1678, il est compromis dans une prétendue tentative des “papistes” d’en finir avec le protestantisme. Incarcéré à la prison de King’s Bench, il pourrait bien n’en sortir que pour aller au gibet, comme tant d’autres jésuites anglais avant lui. Il ne s’en inquiète guère. D’abord parce qu’il a eu la prémonition de cet emprisonnement : “Je me suis vu traîner en prison parce que j’avais prêché Jésus crucifié. Est-ce que je dois mourir de la main du bourreau ? Déshonoré par quelque calomnie ? Tout mon corps frissonne et je me sens saisi d’horreur” avouait-il après cette révélation, mais cela ne l’a pas empêché d’accepter la mission anglaise, entièrement abandonné à Dieu. N’a-t-il pas écrit cette prière devenue célèbre : 

Mon Dieu, je suis si persuadé que vous veillez sur ceux qui espèrent en Vous et que l’on ne peut manquer de rien quand on attend de Vous toute chose, que j’ai décidé de vivre désormais sans aucun souci, et de me reposer sur Vous de toutes mes inquiétudes.

Insouciant de sa maladie

Il s’y tient. Son incarcération ne dure que trois semaines : il est libéré sur intervention de Louis XIV, indigné que l’on ait jeté en prison un prêtre français. Claude est expulsé vers sa patrie où il débarque à bout de force. Depuis longtemps déjà, la tuberculose le ronge, dont il cache les symptômes, ne rabattant rien de ses veilles, travaux, jeûnes, pénitences, dont la plus redoutable a été son refus de chauffer sa chambre en plein hiver en laissant les fenêtres ouvertes alors qu’il gèle à pierre fendre. Son incarcération, en accélérant la détérioration de sa santé, l’oblige enfin à prendre soin de lui, ce à quoi il n’a jamais pensé ; Dieu lui a en effet demandé d’exercer sa patience et sa charité en prenant soin d’un malade qu’il lui a confié, de tout faire pour permettre sa guérison, et ce malade, c’est lui-même. 

Claude consent à se soigner, insouciant de l’issue de sa maladie puisque le Ciel lui a fait dire de ne se préoccuper ni du passé ni de l’avenir. Le 15 février 1682, “le fidèle serviteur et parfait ami ” rend l’âme à Paray. Il avait eu 41 ans à la Chandeleur.

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