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Comment s’occuper de ses parents âgés sans mettre son couple en péril ?

FEMME AGEEE

© pikselstock - Shutterstock

Marie Lucas - publié le 28/05/23

Quand la vieillesse s'annonce et que nos parents ont besoin de nous au niveau matériel, médical ou affectif, comment rester couple dans cette période particulière de la vie ? Si le commandement biblique est clair - "Honore ton père et ta mère, afin que tu vives longtemps dans le pays que te donne le Seigneur ton Dieu" - (Ex, 20), comment faire ?

“Avec mon mari, nous prenons soin de nos mère et belle-mère de 91 et 93 ans” explique Jehanne, mariée depuis 28 ans. “Elles sont autonomes, mais il nous faut être là, les respecter dans leurs envies et veiller à leur sécurité.” Chez Thomas et Florence, mariés depuis 26 ans, la configuration est autre : d’un côté des parents de 85 ans, “en pleine forme” (ou presque) et de l’autre une belle-mère de 93 ans qui sent le poids des années et de la solitude. Enfin, Pauline et Didier s’occupent à distance des parents de Pauline (85 et 86 ans) qui habitent seuls dans une grande maison à la campagne, tout en s’y rendant dès que possible. “Choisir le mode de prise en charge des parents âgés, prendre en compte leurs choix, gérer les comptes et démarches administratives, organiser les visites et les vacances, tout cela est chronophage” explique Geneviève de Leffe, conseillère conjugale et formatrice au Cler. 

Et les couples dans tout ça ? S’ils refusent de parler de “péril”, tous affirment qu’il est essentiel d’être sensible aux “signaux faibles” des premières difficultés pour éviter l’effet “cocotte minute” et l’explosion du couple. 

Attention à l’envahissement affectif

Ainsi en est-il de l’envahissement affectif. “Mon mari me reproche d’être dépendante affectivement des mes parents, il supporte difficilement que je sois aux petits soins” raconte Pauline. Elle aime profondément ses parents et se sent parfois écartelée entre les deux amours de sa vie : son conjoint et ses vieux parents… Parfois même, cet attachement affectif se transforme en “soumission affective”, au motif du devoir filial, le conjoint passant alors au second plan. “Dans ce cas, c’est souvent le conjoint qui alerte le premier sur une prise en charge trop accaparante qui a pour conséquence dans un premier temps de nombreuses disputes puis ensuite un effacement progressif du couple qui pourrait aller jusqu’à sa mort” note la conseillère conjugale. 

Deuxième difficulté : le surinvestissement à deux. À un âge où le couple est fragilisé par le départ des enfants de la maison, le couple peut compenser ce départ par un soin excessif porté au parent âgé. “Ce soin aux parents ne peut pas remplir toute notre vie, ce ne serait pas bon pour nous. D’ailleurs, je sens bien que si je m’investis dans la relation de mon mari avec sa mère, ça ne fait pas de bien à notre couple !” lance Jehanne. Qui poursuit :” On est sur une crête, et il faut sans cesse réinventer notre vie à deux hors de nos parents.” Sans compter que l’un des conjoints peut ne pas être d’accord avec les choix posés. 

Enfin, le risque de mener des vies parallèles dans cette période particulière est réel. “Récemment, ma mère a eu un besoin accru de présence : j’étais tellement fatiguée physiquement et psychiquement, que je ne trouvais plus la force de parler à mon mari” se souvient Florence. Bien plus, cette attention aux vieux parents peut occuper tout l’esprit, angoisser, et entraîner un manque de patience avec le conjoint. “Cela me rend irritée, agressive, indisponible physiquement et d’esprit” conclut Pauline avec lucidité. Fusionnelle ou conflictuelle, il est difficile d’avoir une présence ajustée auprès d’un parent âgé. “Et dans les deux cas, l’empreinte sur le couple est négative, le conjoint se sentant soit mis à distance soit impuissant face aux conflits de loyauté en jeu” explique la conseillère conjugale.

Que faire alors ? 

Pour Pauline, il est essentiel de réagir rapidement aux premiers signaux de malaise du conjoint  : changer une organisation dès qu’on sent que l’autre n’en peut plus, téléphoner quand le conjoint n’est pas là… Et, bien sûr, se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint ! Jehanne, elle, a deux mots à la bouche : la communication et le cadre. “Tant que tu dis ce qui va et ne va pas, la situation ne peut pas dégénérer. Quant au cadre, il évite les dérapages. Par exemple, chez nous, chacun s’occupe de sa propre mère, chacun prend les décisions avec ses propres frère et sœur, sans ingérence.” 

Quant à Thomas, il conseille aux maris de réguler une demande affective trop forte, de dépassionner certaines situations, de rappeler régulièrement leurs responsabilités d’épouse et de mère à leurs femmes et surtout d’oser dire quand “Trop, c’est trop !”

De son côté, Geneviève de Leffe donne les conseils suivants. Le premier est de dialoguer en couple, exprimer ses émotions et ses sentiments parfois ambivalents pour mieux comprendre l’autre. Dire permet de s’alléger, de prendre du recul, de faire preuve de lucidité sur les véritables besoins du parent. Il faut aussi savoir s’adapter. Tout évolue : vie professionnelle, couple, maladie, vieillesse… Ne pas s’enfermer dans un mode de soin et (ré)inventer des (nouvelles) solutions si besoin.

Identifier et prendre conscience du temps réellement investi pour le parent âgé, et repérer ensemble les impacts sur chacun et sur la vie du couple est également essentiel. Tout comme se faire aider, accepter ses limites et sortir d’une sorte de toute-puissance qui consiste à penser que nous sommes seuls à bien nous occuper de notre parent âgé. Enfin, il est nécessaire de dépasser la croyance : “placer son parent âgé en établissement médical ou spécialisé serait l’abandonner” quand ces structures peuvent permettre une meilleure prise en charge dans un environnement sécurisé et adapté aux besoins de la personne âgée. 

S’en remettre à Dieu par la prière

Privilégier les bons moments passés ensemble avec le vieux parent, en couple et en famille est aussi important. Et il ne faut pas oublier de se faire aider si besoin, personnellement ou en couple : thérapeute, groupe d’entraide, groupe de parole d’aidants, … pour trouver du réconfort et surtout d’autres façons de faire / d’être avec son parent et son conjoint. 

Enfin, concluent les couples rencontrés, il est essentiel de remettre régulièrement cet accompagnement dans la prière à deux : intercession, neuvaine, tout est bienvenu dans ce domaine. “Et les choses s’éclairent, doucement mais sûrement, un jour à la fois…” témoigne Jehanne. La preuve ? Alors que l’été de la maman de Florence s’annonçait difficile, le couple vient de s’inscrire avec elle pour un pèlerinage à Lourdes. “C’est la Sainte Vierge qui nous l’a soufflé”… conclut Thomas dans un sourire. 

Tags:
EnfantsFamilleParentsVieillesse
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