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Le rite zaïrois, modèle inédit d’adaptation liturgique à la culture africaine

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Alessia GIULIANI/CPP/CIRIC

Femmes s'habillant, avant le début de la messe célébrée par le Pape, selon le rite zaïrois, décembre 2019.

I.Media - publié le 30/01/23

Le pape François va célébrer ce mercredi 1er février une messe sur le tarmac de l’aéroport Ndolo à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) et qui devrait intégrer des éléments du rite zaïrois. Explications.

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L’un des temps forts du voyage du pape François en République démocratique du Congo sera la messe célébrée le 1er février 2023 devant au moins 120.000 personnes rassemblées sur le tarmac de l’aéroport Ndolo, à Kinshasa, et qui devrait intégrer des éléments du rite zaïrois. Cette liturgie avait été rendue possible par le concile Vatican II. Son élaboration a nécessité près de deux décennies de travail et de dialogue entre Rome et l’épiscopat zaïrois. Si quelques spécificités existent dans certains diocèses en vertu de traditions plus anciennes, comme par exemple avec le rite ambrosien à Milan, le rite zaïrois représente, pour le moment, un exemple unique d’inculturation de la liturgie catholique à l’échelle d’un pays.

Les mélodies de ce rite intégrant à la liturgie catholique romaine des éléments spécifiques à la culture africaine ont résonné à deux reprises sous les voûtes de la basilique Saint-Pierre, le 1er décembre 2019 et plus récemment, le 3 juillet 2022, lors d’une messe qui avait été célébrée devant la communauté congolaise de Rome pour compenser le report de la visite papale en raison de son état de santé.

« Inculturation de la liturgie »

Le secrétaire du dicastère pour le Culte divin, Mgr Vittorio Francesco Viola, avait rappelé le lien fréquemment évoqué par le pape François entre « l’engagement pour la nouvelle évangélisation » et « l’inculturation de la liturgie ». Il avait pris la parole le 20 juin 2022 lors d’une conférence de présentation de l’édition française du livre de sœur Rita Mboshu Kongo, Le pape François et le Missel romain pour les diocèses du Zaïre, publié par la Librairie Éditrice Vaticane.

Le franciscain italien avait expliqué que « tout en étant pleinement romain, ce Missel présente des adaptations particulières : l’évocation des ancêtres au début de la célébration, l’acte pénitentiel après l’homélie, le rite de la paix après l’acte pénitentiel ».

Dans une lettre envoyée à l’occasion de la présentation de ce livre, le pape François avait décrit le rite zairois, appelé aussi “rite congolais”, comme un « modèle pour les autres Églises en quête d’expression liturgique appropriée pour porter à la maturation les fruits de l’entreprise missionnaire de l’évangélisation des cultures et de l’inculturation de l’Évangile ».

Des échos jusqu’en Amazonie

Mgr Viola avait mis en parallèle ce travail sur le rite zaïrois avec l’idée d’un rite propre à l’Amazonie, un thème évoqué lors du Synode de 2019. Dans son exhortation Querida Amazonia, le pape a demandé que « le patrimoine culturel soit mis à profit dans la recherche d’une liturgie qui puisse répondre à un effort d’inculturation des peuples indigènes » , a-t-il rappelé.

Mgr Viola a précisé que l’inculturation est la « nouvelle frontière » de la réforme liturgique issue du Concile. Lors du concile Vatican II, la Constitution Sacrosanctum concilium, avait en effet ouvert la possibilité d’adapter la liturgie aux cultures locales, en précisant que l’Église « ne désire pas, même dans la liturgie, imposer la forme rigide d’un libellé unique : bien au contraire, elle cultive les qualités et les dons des divers peuples ».

Pourvu que soit sauvegardée l’unité substantielle du rite romain, on admettra des différences légitimes et des adaptations à la diversité des assemblées.

« Pourvu que soit sauvegardée l’unité substantielle du rite romain, on admettra des différences légitimes et des adaptations à la diversité des assemblées, des régions, des peuples, surtout dans les missions, même lorsqu’on révisera les livres liturgiques », précisaient les pères conciliaires dans ce texte qui fut voté avec un très large consensus, par 2.158 voix pour et seulement 19 voix contre.

Pour le moment, le rite zaïrois reste la seule illustration concrètement appliquée de cette inculturation liturgique rendue possible. Le chantier d’élaboration d’un potentiel « rite amazonien » demeure « en haute mer », a reconnu Mgr Viola, évoquant comme action concrète à ce jour la simple mise en place d’une commission censée réfléchir à la faisabilité d’une telle démarche. 

En communion avec Rome pour ne pas devenir une secte

Dans les années d’ébullition intellectuelle et liturgique qui suivirent le Concile Vatican II, l’épiscopat congolais a veillé au maintien de la pleine communion avec le successeur de Pierre. « Pour être catholique, le culte eucharistique que nous célébrons au Zaïre doit justifier son origine apostolique. Autrement, nous deviendrions une secte », assuraient alors les évêques du pays engagés dans la promotion du rite zaïrois. 

Le dicastère pour le Culte divin et la Discipline des sacrements a donc joué et joue encore un rôle central dans l’accompagnement de ces efforts. De 1969 à 1988, un dialogue intense et régulier a été mené sous l’impulsion du cardinal Joseph-Albert Malula (1917-1989), archevêque de Kinshasa durant 25 ans. Ce personnage central pour l’Église post-coloniale en Afrique fut nommé par Jean XXIII membre de la commission liturgique préparatoire au concile Vatican II, et a ensuite identifié avec ses confrères congolais une méthode pour « chercher un cadre africain et zaïrois » dans l’adaptation du Missel romain édité par Paul VI. 

Ce rite a évolué, comme un corps humain qui naît et a besoin de se développer

Un lent travail de près de deux décennies s’est étalé entre la demande de l’épiscopat local, en 1969, et l’approbation de ce Missel romain pour les diocèses du Zaïre, en 1988. Les dicastères pour le Culte divin et pour la Doctrine de la foi ont notamment étudié les célébrations menées ad experimentum. Dans les années 1980, le cardinal Joseph Ratzinger s’était rendu lui-même sur place pour observer la mise en application de cette liturgie et formuler ses observations.

Sœur Rita Mboshu Kongo a précisé que son étude sur « la réception et l’adaptation de la liturgie conciliaire en République démocratique du Congo » a été, pour certains, « une source de curiosité » et pour d’autres, « un motif de réveil ». Le rite zaïrois a en effet été délaissé dans certaines paroisses et dans certains diocèses, notamment en raison de la complexité ethnique et linguistique de cet immense pays.

« Ce rite a évolué, comme un corps humain qui naît et a besoin de se développer », a ajouté la théologienne congolaise, en remarquant que « c’est ce caractère évolutif qui nous plonge dans l’histoire, pour comprendre qu’il s’agit d’une œuvre laborieuse de la deuxième évangélisation du Congo ».

Tags:
LiturgiePape FrançoisRDC
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