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[CONTE DE NOËL] La trop petite fille qui voulait voir l’étoile de la crèche

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Bertrand Galimard Flavigny

Bertrand Galimard Flavigny - publié le 18/12/22

Dans ses “Contes de Noël et autres contes des familles” (éditions IBAcom), l'écrivain et journaliste Bertrand Galimard Flavigny raconte des histoires inspirées par les enfants et les familles qui l'entourent autour de la "nuit sainte" de la Nativité. Aujourd'hui, c’est l’histoire d’une petite fille, trop petite, qui cherchait l’étoile de la crèche. Trop petite pour voir l’étoile, mais pas trop petite pour se glisser parmi les santons…

Les ailes du moulin, lissées par un vent imaginaire, tournent, tournent, tandis qu’à ses pieds, un gros sac sur l’épaule, le meunier peine à hisser sur le dos de son âne sa lourde charge. Le paysage est fait de broussailles et d’arbustes moussus qui émergent de pierres à la chaude couleur de miel, comme celles des maisons du village. Où se niche donc l’église ? Ah, ici, un peu plus bas, juste après le pont qui enjambe la rivière. Des moutons paissent dans un pré, sous le regard de leur berger immobile ; contre ses jambes, son chien dort. Le curé, devant le portail à demi ouvert, tient un parapluie rouge à la main. Le temps n’est pourtant pas à la pluie. D’autant que le ciel est si loin qu’on ne le distingue pas.

Se haussant sur la pointe des pieds, les mains posées sur le rebord de la table, elle cherche cette étoile parmi les maisons enchevêtrées, les escaliers, les passages qui les séparent, ces collines et ces bosquets.

La petite fille, les yeux grands ouverts, cherche l’étoile. Celle-là ne doit pas être loin. L’enfant sait qu’elle doit indiquer l’emplacement de l’étable. Oui, l’étable, l’unique. Celle qui a accueilli l’Enfant Jésus et la Sainte Famille, car il n’y avait plus de place dans l’auberge. Se haussant sur la pointe des pieds, les mains posées sur le rebord de la table, elle cherche cette étoile parmi les maisons enchevêtrées, les escaliers, les passages qui les séparent, ces collines et ces bosquets. En cette fin d’après-midi, le jour commence à baisser. Les lampes du salon n’ont pas encore été allumées. Les bruits familiers de la maison sont assourdis grâce à la porte close. La fillette fait encore un effort pour repérer l’étoile. En vain. 

« C’est pas juste ! »

Sa maman lui avait bien dit de rester jouer dans sa chambre, mais Aliénor a décidé d’aller contempler la crèche que son grand-frère et son père ont installée dans la matinée. Elle a assisté à l’ouverture de la boîte en carton vert foncé ornée d’une vignette colorée sur laquelle elle a reconnu un sapin enneigé. À l’intérieur, elle a entraperçu les petits paquets protégeant chacun des personnages en argile coloré et les éléments du décor. « Moi aussi, je veux faire la crèche, avait-elle dit à son frère.

— Tu es trop petite ! lui avait-il rétorqué, les sourcils froncés.
— Tu n’es pas gentil ! » Léandre craignait simplement que sa sœur laissât tomber sur le sol des précieux santons. « C’est pas juste ! » La petite fille, les yeux humides, les poings serrés, a tapé du pied et a couru se réfugier dans la bibliothèque qu’occupe d’ordinaire son grand-père. Il était bien là, assis devant l’écran de son ordinateur, entouré de volumes ouverts en vrac. « Léandre a dit que j’étais trop petite et que je n’ai pas le droit de faire la crèche » lui explique-t-elle entre deux sanglots. Grand-père avait ôté ses lunettes, saisit la petite-fille et l’avait hissée vers ses genoux. 

« Écoute-moi, Aliénor. Tu es presque grande. Ainsi que tu me l’as dit un jour, je suis un peu vieux. Bientôt je serai très vieux et tu seras très grande. Cela ne me dit rien d’être trop âgé, mais j’apprécie d’être “un peu”, comme toi. Tu devrais découvrir l’avantage d’être encore petite. Imagine que si tu étais toute petite-petite, tu pourrais entrer dans la crèche et te promener dans son décor, saluer les personnages et qui sait, te parleraient-ils ? Tu pourrais aller voir Marie et Joseph, caresser le dos de l’âne et les flancs du bœuf, plonger tes petites mains dans la toison des moutons. Ce serait merveilleux, ne crois-tu pas ? » La petite fille avait opiné de la tête, effacé ses larmes en passant la paume de sa main sur ses yeux et avait demandé : « Grand-père si j’entre dans la crèche, comment pourrais-je trouver l’étable ?

— Oh ! C’est simple, avait-il répondu, tu n’aurais qu’à repérer l’étoile qui doit briller sur son toit. Allez ouste ! Va jouer ou attrape un livre et assieds-toi à côté de moi. Ce soir, je te prendrai dans mes bras et tu pourras voir l’étable où tu déposeras l’Enfant-Jésus. » La perspective d’être l’autre héroïne de la soirée de Noël avait réjoui Aliénor. Mais cela ne lui suffisait pas. Les paroles de son grand-père avaient tourné dans sa tête : « Ah ! je suis petite et bien je vais devenir encore plus petite et rapetisser pour entrer dans la crèche. »

« Je vais te conduire »

Aliénor surprend un bruit de pas dans le couloir menant au salon. Le sapin, malgré les boules et les guirlandes éteintes, luisant faiblement, ressemble à un fantôme. Le claquement des talons s’approche. L’enfant se glisse prestement derrière la nappe recouvrant la table. Elle entend la porte s’ouvrir, un frottement sur le tapis, puis distingue à travers le voile, une lueur. Quelqu’un vient d’allumer les lampes, peut-être aussi le sapin ou la crèche ou les deux ? La porte est refermée. Aliénor sort de sa cachette. « Oh, c’est beau ! »

« Viens, viens, je vais te conduire à l’étable”, entend-elle.

Le sapin illuminé brille, clignote, lance des éclairs blancs et rouges et fait briller à leur tour les boules et les guirlandes. Le décor de la crèche est aussi éclairé. L’enfant repart à la recherche de l’étoile. Pas facile. Sous le pont, les canards barbotent sur le miroir figurant la rivière, ils ne semblent pas effrayés par la lavandière ; dans un escalier une vieille femme un panier à son bras bavarde avec le marchand de vin, tandis que deux musiciens cheminent entre des oies oubliées par leur gardienne. Quelle musique jouent-ils, se demande l’enfant ? Elle a l’impression d’entendre une mélodie familière. Elle se penche davantage pour mieux écouter. Tiens, le meunier s’est déplacé vers eux, suivi par son âne chargé de deux sacs rebondis d’où s’échappent des fumerolles de farine. Un jeune garçon, une guitare en bandoulière, l’accompagne. Elle ne l’avait pas remarqué tout à l’heure près du moulin. Sans doute gravissait-il la pente y menant ? On dirait qu’il lui fait signe : « Viens, viens, je vais te conduire à l’étable, entend-elle.
— Comment ? je suis trop grande. 
— J’ai entendu dire que tu étais trop petite, lui dit le garçon. Profites-en. Tu vas voir, c’est facile. Prends ma main. »

« Marie nous attend »

En quelques instants, Aliénor se retrouve près de lui. Le sonneur et le joueur de pipeau entament une chaconne qui lui donne envie de danser. « Je m’appelle Christophe, lui dit le garçon. Autrefois, j’écrivais des chansons, c’est la raison pour laquelle je porte une guitare.
— Pourquoi n’en écris-tu plus, demande la petite fille ?
— C’est une longue histoire, je te la raconterai plus tard. Allez, suis-moi. Regarde là-bas, l’étoile n’est pas loin, Marie nous attend dans l’étable. »

Le petit groupe se faufile alors entre les maisons, les arbustes, saute sur les cailloux, évite les rochers, foule l’herbe, projette de la poussière. Il croise le ravi, les bras toujours levés, le garde-champêtre qui cherche les baguettes de son tambour, le maire vraiment trop fier de lui, et encore le rémouleur et le vannier, et aussi le bohémien et les bohémiennes… Tous les villageois sont présents et en marche. Tous ? Sauf l’endormi, puisqu’il dort. Chacun, en passant lui dit : « Bonjour Aliénor ! » Son nouveau compagnon Christophe s’arrête enfin et ils pénètrent dans l’étable. Elle sent le souffle du bœuf et entend le raclement des sabots de l’âne sur le sol. Une bonne odeur de paille fraîche l’enveloppe. Marie lève la tête et lui sourit avec un regard aussi doux que celui de sa maman.

Mais où est-elle passée ?

« Aliénor ! Aliénor ! Où est-elle passée ? » demande à voix haute sa mère. On la cherche dans la maison. Où s’est-elle dissimulée ? Il est temps de se préparer pour se rendre à la messe. Nous allons être en retard, il n’y aura plus de place assise ! Les commentaires vont bon train, tandis que les uns et les autres cherchent dans tous les recoins la petite fille. Grand-père, plus calme, a soudain une intuition. Il se dirige vers le salon et s’approche de la crèche. Son idée est bonne, il aperçoit sa petite-fille, ravie parmi les santons, en grande conversation avec les musiciens, les bergers et aussi Marie. Il vérifie qu’aucun autre membre de la famille n’est dans les parages. 

« Aliénor ! » appelle-t-il à voix très basse. La petite-fille lève les yeux et voit son grand-père, plus géant que jamais. « Viens, maintenant tu sais que tu n’es pas trop petite. » L’enfant saute dans ses bras, non sans avoir auparavant déposé un baiser sur la joue de son ami Christophe. « Aliénor est avec moi, lance à la cantonade, le grand-père tout heureux.
— Mais où était-elle donc passée, demande sa mère ?
— Je l’ignore, répond-il, en, mettant un doigt sur les lèvres de sa petite-fille. Cela doit être un nouveau mystère de Noël. « 


Extrait de Contes de Noël et autres contes des familles, par Bertrand Galimard Flavigny, éditions IBAcom, 2022, 285 pages, 20 euros.
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EnfantsHistoireNoël
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