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Thérèse d’Avila face à l’homme des douleurs

Thereseavila

Montage Aleteia Shutterstock

Anne Bernet - publié le 10/12/22

L’image qui convertit Thérèse d’Avila est celle d’une statue du Christ flagellé, accablé de souffrances sous le poids du péché des hommes. Emplie d’une force nouvelle, la religieuse mondaine deviendra la grande Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel.

Alors que nous nous satisfaisons assez bien de nos défauts, notre médiocrité, voire nos fautes que nous savons très bien minimiser et finissons, nous comparant volontiers au prochain, par nous croire justes, les saints, et c’est leur force, ne voient, dans leur humilité, que leurs manquements, leurs péchés, leur incapacité à correspondre à la grandeur divine. C’est justement pour cela que, ne comptant plus sur eux mais sur la grâce pour s’amender, ils se sanctifient, et nous pas.

Se méprisant eux-mêmes, convaincus de leur indignité, quand ils sont arrivés à des sommets que nous décrétons inatteignables, se retournant sur leur passé, ils le jugent, et se jugent, avec une sévérité déconcertante, alors même que leurs biographes, quand ils se penchent sur leurs vies, auraient tendance à ne voir que peccadilles dans les crimes dont ils s’accusent. Ainsi « la grande Thérèse », celle d’Avila, l’admirable « Madre » réformatrice du Carmel, s’accuse-t-elle d’avoir été, jusqu’aux alentours de la quarantaine, une religieuse tiède et très en dessous de sa vocation. Tout cela changera en un instant, quand elle se retrouvera à l’improviste confrontée à une représentation du Christ supplicié qui la bouleversera jusqu’aux tréfonds de l’âme.

Religieuse par devoir

À vingt ans, cette jolie fille de bonne famille, coquette, éprise de mondanités, leur a tourné le dos sans crier gare, après avoir « compris la vanité de tout et le néant du monde ». Elle est entrée au carmel. Moins par vocation que dans la conviction que c’est là l’unique moyen pour elle de faire son salut et d’échapper à l’enfer. Prendre le voile est pour elle une espèce d’assurance d’aller au paradis en échange de renoncements qui lui coûtent. Le calcul n’est pas si bon qu’il y paraît. Se donner à Dieu par devoir ou prudence, non par amour, Le servir d’un cœur tiède et partagé, ne pas L’aimer comme Il le mérite, c’est lui faire insulte et bien des mystiques diront que nombre d’âmes consacrées, prêtres, moines ou religieuses, se sont ainsi mises en grand danger de se damner… Cela convient d’autant moins à la jeune Doña Terese Cepeda di Ahumada qu’elle a, dès l’enfance, manifesté un caractère entier et passionné, comme le jour où elle a entraîné l’un de ses frères à l’assaut du monde musulman, prétendant se lancer avec lui dans une croisade personnelle ou mourir en martyrs, projet que les adultes ont, évidemment, brisé net en rattrapant les fugueurs… 

Elle n’a pas tardé à se sentir malheureuse, pas à sa place, chez ces carmélites d’Avila, qui en ont de longue date pris à leur aise avec les rigueurs primitives de la règle et vivent de façon « mitigée » ou plutôt relâchée. D’autres auraient admis leur erreur et choisi de partir mais Thérèse est de ces gens qui, lorsqu’ils se sont donnés, ne se reprennent pas. Certes, entraînée par l’ambiance générale, elle passe une part de ses journées au parloir à papoter avec ses amis de la bonne société, échangeant potins et romans à la mode en buvant du chocolat, mais Thérèse de Jésus reste, malgré tout, plus attachée qu’on le croirait à ses obligations. Alors que les autres ont abandonné l’oraison, elle s’astreint chaque jour à se tenir à la chapelle devant le Saint Sacrement, tente de prier et méditer, malgré un sentiment de sécheresse désolant qu’elle s’obstine à mépriser, fidèle au poste. Lorsque l’on a besoin de quelqu’un à l’infirmerie pour des soins dégoûtants, elle s’oblige à rendre ce service.

Bavardages et chocolat

En réalité, comme elle le dira un jour, elle n’abandonne pas « le Christ avec sa croix ». Sans doute ne lui est-elle que d’un piètre secours, mais, au moins, elle est là et, quoique cette fidélité obstinée ne lui apporte rien en apparence, ce choix est agréable à Dieu. Pour l’heure, Thérèse n’en voit que la stérilité, jusqu’à en tomber gravement malade tant son existence lui répugne. Après son rétablissement, en 1538, elle tente de mener une vie plus conforme à ses vœux de religion, mais ces bonnes résolutions n’ont qu’un temps et, même si le temps passé à l’oratoire augmente, bavardages et chocolat demeurent son quotidien.

Elle voudrait aimer le Christ dont elle est l’épouse, mais n’y parvient pas, faute de Le voir autrement que de manière abstraite et lui donner une réalité.

Que ce n’est pas brillant, elle le sait, mais qu’y peut-elle ? Elle voudrait aimer le Christ dont elle est l’épouse, mais n’y parvient pas, faute de Le voir autrement que de manière abstraite et lui donner une réalité. Pourtant, une prophétie coure de longue date dans ce carmel attiédi ; elle prétend qu’un jour, « une sainte Thérèse sortira de cette maison ». Thérèse de Jésus et une compagne qui porte le même prénom s’en amusent et s’exclament en riant : « Pourvu que ce soit moi ! » Mais elles ne font rien pour qu’il en soit ainsi. Les années passent, sans amélioration. Jusqu’en 1553.

La silhouette d’un homme 

Cette année-là, aux alentours sans doute de la Semaine Sainte et en vue des célébrations de la Passion, l’on a apporté au couvent de l’Incarnation des statues destinées à soutenir les méditations des religieuses. Faute de place, on les a posées là où il s’est trouvé un espace disponible. Comme chaque jour, Thérèse se rend à l’oratoire. D’ordinaire, elle n’y rencontre personne mais, voilà qu’en en poussant la porte, elle voit, dans la pénombre, la silhouette d’un homme… Présence surprenante, mais pas impossible ; il y a longtemps que la clôture ne joue plus son rôle et seule la décence empêche les beaux cavaliers d’Avila d’entrer dans l’espace claustral. L’un d’entre eux aurait-il bravé l’interdit ? Interloquée, un peu effrayée, Thérèse s’approche sans bruit, et ne tarde pas à reconnaître son erreur : il ne s’agit pas d’un homme mais d’une statue.

Thérèse s’est figée face à la statue, en proie à une émotion jamais éprouvée.

Selon la tradition du carmel espagnol, il s’agit du Christ de la flagellation, ou Christ à la colonne, selon d’autres, celle de l’Ecce Homo, le Christ couronné d’épines et ruisselant de sang que Pilate exhibe à la foule dans le vain espoir d’exciter sa compassion. Au vrai, les deux images sont à peu près équivalentes puisque Jésus y est représenté supplicié, sanglant, humilié, les mains liées. La statuaire religieuse espagnole connaît alors un remarquable épanouissement dont la spécificité est un terrible réalisme, rendant compte avec minutie de l’horreur des tourments du Sauveur pour mieux y compatir. Pour l’époque, l’image est aussi choquante, bouleversante, dérangeante que le sont pour nous les images de la Passion de Mel Gibson.

« Mon cœur se brisa de remords »

Thérèse s’est figée face à la statue, en proie à une émotion jamais éprouvée. « Cette statue représentait de si édifiante façon le Christ couvert de plaies que, dès le premier regard, je fus toute troublée du sentiment de ses souffrances pour nous. Je sentis si fortement le mal qui nous a valu de telles plaies que mon cœur se brisa de remords en songeant à mes ingratitudes pour elles. Je me jetai à genoux devant Lui, Le suppliant de me fortifier une fois pour toutes afin que jamais plus je ne pusse L’offenser. »

Alors, en un instant, le miracle obstinément demandé depuis tant d’années de la faire enfin correspondre à sa vocation s’accomplit. Thérèse est changée, une fois pour toutes, emplie d’une force nouvelle qui, bientôt, l’entraînera aux plus hauts sommets de l’union mystique, de l’action et de la sainteté. Désormais, elle est vraiment cette « Thérèse de Jésus » auquel le Bien-Aimé pourra dire : « Et Moi, Je suis le Jésus de Thérèse. »

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