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11 septembre : 20 ans après, le retour du passé

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© SETH MCALLISTER / AFP

Jean-Baptiste Noé - Publié le 09/09/21

Les attentats du 11 septembre 2001 ont provoqué l’effroi et la stupeur. Vingt ans après, les États-Unis ne possèdent plus l’hyperpuissance et doivent partager le timon du monde. Les projets de nation building et de démocratie mondiale ont échoué. La crudité du réel semble l’avoir emporté.


La stupeur engendrée par le mode opératoire et la violence des attentats du 11 septembre 2001 ont immédiatement fait prendre conscience que nous étions entrés dans un autre monde. Le XXIe siècle débute dans l’effroi de l’effondrement des Tours jumelles. Ce jour-là, Alexandre Adler évoque une apocalypse, et cet événement est bien une révélation. Le monde ouvert après 1991 et la chute de l’URSS viennent de finir : les États-Unis ne sont plus l’hyperpuissance. Attaqués sur leur sol, touchés par beaucoup plus petit qu’eux, humiliés à la face du monde, une vision de leur puissance s’évapore. 

Mais comme toujours en géopolitique, il y a l’événement médiatique qui bouleverse et l’événement invisible dont on ne prend mesure de l’importance que beaucoup plus tard. En 2001, cela fait à peine un an que Vladimir Poutine dirige la Russie. Il n’était pas encore le tsar mal aimé d’aujourd’hui mais, pensent de nombreux stratèges, un bureaucrate qui va suivre les États-Unis. Toujours en 2001, la Chine fait son entrée à l’OMC. C’est alors les promesses d’une mondialisation heureuse, d’un grand marché d’ouvriers et de consommateurs et d’un monde pacifié où Pékin ne serait qu’un vaste satellite de l’Empire américain. 

Une légitimité intacte

Même les attentats du 11 septembre, en dépit de leur stupeur, ne bouleversent pas fondamentalement l’équilibre du monde. Certes, ils montrent l’importance de certaines organisations terroristes, mais que peuvent bien peser Al-Qaïda face à l’omnipuissance américaine ? L’entrée en guerre contre l’Afghanistan ne souffre aucune contestation tant cela parait normal. Les talibans chassés en quelques semaines, la démocratie va pouvoir s’installer et ce pays intégrer le club de la modernité. S’il y a des « États voyous », parce qu’il faut bien avoir un ennemi, ce sont l’Irak, la Corée du Nord et l’Iran ; somme toute de petits pays sans grand danger. 

Face à la blessure subie par les Américains, toute l’Europe se range derrière eux. L’atlantisme atteint son sommet ; nul ne peut échapper à la soumission de la légitime émotion. Touchés oui mais non affaiblis, sur le papier les États-Unis sortent renforcés de ces attentats, désormais à la tête d’une coalition internationale dont nul ne conteste la légitimité. 

De la puissance à l’hubris

Les lecteurs d’Homère et de Thucydide savent que la puissance enivre et que la force court le risque de devenir démesure et aveuglement. La victoire facile contre Kaboul, le nouveau gouvernement installé, Hamid Karzaï acclamé lors du discours sur l’état de l’Union, tout cela contribuae à faire perdre la raison aux États-Unis. « Qui n’est pas avec nous est contre nous » dit Georges Bush. Et qui peut honnêtement ne pas être avec les Américains ? Mais dès le mois de décembre 2001, ceux-ci négocient mal le projet de nouvel Afghanistan en refusant d’intégrer les talibans aux négociations. Autrement dit, les rejeter dans l’opposition et s’en faire un ennemi pour toujours. Il leur faudra du temps mais, vingt ans plus tard, ils tiennent leur revanche. 

Puis l’hubris fait déclencher la guerre en Irak (2003). Toujours le souci de la démocratie et du nation building. Le crédit américain s’envole face à cette guerre que nul ne peut déclarer juste. Colin Powell ment à la tribune de l’ONU en agitant sa petite fiole de supposées armes de destruction massive. Comment désormais faire confiance à un allié qui trompe, qui attaque sans raison et qui, de surcroît, s’embourbe ? En 2004, la situation tant en Irak qu’en Afghanistan n’a pas grand-chose à envier à celle qui préexistait à la guerre. La poussière des décombres du 11 septembre commence à se dissiper et à montrer les États-Unis sous un autre jour. À la sympathie succède la méfiance, à la blessure, l’arrogance. Les États-Unis sont forts certes, mais ils ne sont pas puissants. 

Émergence d’un autre monde

À l’inverse, de nouvelles puissances émergent. La Russie de Poutine ne cadre pas avec le script du bon élève vaincu de l’OTAN. Moscou rêve de redressement et après les terribles années 1995-2002, l’économie décolle. Des révolutions colorées, variant entre spontanéité et manipulation, éclatent dans les anciennes colonies soviétiques, avertissement à la Russie que l’Oncle Sam n’apprécie aucun débordement de territoire. L’Ukraine devient très tôt un point de fixation et de rupture, aboutissant au déclenchement de la guerre au Donbass et à l’annexion de la Crimée. Et Washington ne peut rien faire contre cela. 

Les empires ont ressurgi : États-Unis, Russie, Chine, dans une balance de la puissance où nul ne peut imposer sa force à l’autre.

La Chine, que l’on pensait à jamais atelier du monde, veut elle aussi jouer les premiers rôles. Xi Jinping accélère le réveil chinois. Mettant ouvertement ses pas dans ceux de Staline et de Mao, qu’il présente comme étant ses inspirateurs, il rêve d’empire et d’expansion via la nouvelle route de la soie. L’exotisme n’est plus de mise, le rival est bien là. Personne ne réagit à l’annexion de Hong Kong et tout le monde attend avec anxiété l’attaque annoncée contre Taïwan. 

Le choc des civilisations

En 2001, les talibans renversés, on peut croire en l’expansion infinie de la démocratie, en l’intégration des aires non occidentales dans la grande mondialisation libérale, à l’expansion économique et à l’uniformisation du monde. Beaucoup se gaussent alors des thèses jugées farfelues de Samuel Huntington qui théorise le choc des civilisations en expliquant que les pays non occidentaux veulent la modernisation mais sans l’occidentalisation. Vingt ans plus tard, son analyse s’avère juste et c’est le mythe de « la fin de l’histoire » qui se dissipe. En 2001, nous devions entrer dans le XXIe siècle. Nous sommes en réalité retournés au XIXe, la technologie en plus. Les empires ont ressurgi : États-Unis, Russie, Chine, dans une balance de la puissance où nul ne peut imposer sa force à l’autre.

Le monde est plus connecté, plus dépendant, plus soumis à l’immédiateté. Mais les mafias tissent leurs toiles et leurs lois, les réseaux criminels échappent à la police des États et se font la face sombre de la mondialisation. En Amérique latine, la révolution n’en finit pas de parcourir le continent et en Afrique, tout recommence toujours comme en 1960, avec ses coups d’État et ses affrontements ethniques. Les États-Unis ont échoué en Irak et quittent précipitamment l’Afghanistan. Le guerrier taliban a pris sa revanche sur la technologie US. La guerre est toujours une réalité et la démocratie ne s’est pas étendue. 2001 ouvrait, dans la stupeur et dans l’effroi, un monde de rêves ; 2021 les a dissipés pour révéler un monde de rapports de force et d’équilibre des grandes puissances. Ce devait être un nouveau monde, mais que de points communs avec le passé !

Tags:
attentatÉtats-UnismondePolitique
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