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Faut-il avoir peur de la Chine ?

Chinese President Xi

GREG BAKER / AFP

Portrait de Xi Jinping.

Jean Duchesne - Publié le 05/07/21

L’expansionnisme chinois marque la faillite de l’universalisme occidental mais n’efface pas le besoin qu’a le monde de catholicité.

Nos médias ont dûment marqué le centième anniversaire du Parti communiste chinois. Celui-ci a d’ailleurs fait en sorte que l’événement ne passe pas inaperçu : célébrations fastueuses fournissant l’occasion d’une propagande effrénée, en ciblant aussi bien les citoyens que le reste du monde. Faut-il se laisser impressionner ?

La première remarque à faire est que le parti n’est pas resté le même, en ce sens que ses fondements marxistes-léninistes sont devenus formels. L’horizon n’est plus le triomphe mondial du socialisme, et la « dictature du prolétariat » n’a jamais été que celle de cliques qui s’entredéchiraient. Quand Mao prit le pouvoir à l’issue d’une guerre civile en 1949 et en poursuivant des « purges » dans la tradition stalinienne, il entraîna le pays dans des politiques désastreuses : le « Grand Bond en avant » (1958-1960), puis la « Révolution culturelle » (lancée en 1966), qui firent l’une et l’autre des dizaines de millions de morts. 

Après lui s’est mis en place, à partir des années 1980, un « socialisme de marché » ou un « capitalisme d’État ». Le principe est de renforcer le contrôle du parti sur la population par deux moyens d’un communisme peu orthodoxe. D’une part autoriser et même encourager des initiatives économiques privées, ce qui entraîne une élévation du PIB et une amélioration du niveau de vie qui compense le manque de libertés d’opinion et d’expression. D’autre part développer le patriotisme — donc la discipline et l’obéissance — en faisant de la Chine une puissance mondiale respectée et même redoutée. L’appareil répressif est par ailleurs sans cesse perfectionné et demeure des plus efficaces.

Un néo-impérialisme post-colonial

L’expansionnisme chinois n’est pas celui de la conquête militaire (du genre nazi), ni de la satellisation de pays voisins (dans le style moscovite), ni de l’exportation d’une idéologie révolutionnaire (de type trotskiste-gauchiste). Le mode est plutôt le business : on offre partout des services financiers et technologiques, sous forme d’investissements et de coopération. C’est, jusqu’à un certain point, le modèle du « néo-impérialisme », qu’il soit américain ou que ce soit la manière dont les Européens s’efforcent de rester influents dans leurs anciennes colonies. La différence est que les Chinois ne tiennent pas à « siniser » et ne conditionnent pas, comme tendent à le faire (du moins en théorie) les Occidentaux, leur aide (pas toujours désintéressée) au respect de normes morales, humanitaires, démocratiques, etc.

Les régimes autoritaires, voire tyranniques ne semblent pas gêner les maîtres de Pékin. Eux-mêmes n’ont pas de scrupules vis-à-vis des Tibétains, des Ouighours, des Hongkongais… et laissent planer une menace sur leurs concitoyens indépendants de Taïwan. Ce n’est à vrai dire là qu’un exemple de plus de ce qui semblait devoir disparaître à la fin du XXe siècle : des cliques plus ou moins mafieuses réussissent très bien, par des méthodes répressives, à gouverner des peuples sans leur consentement et même contre leurs protestations. On le voit également au Venezuela, en Corée du Nord, en Biélorussie, dans de nombreux pays d’Afrique, du Moyen Orient (où le « printemps arabe » de 2011 a fait long feu) et du Sud-Est asiatique. La Russie (qui avait suscité tant d’espoirs après la chute du communisme) et la Turquie (qui se « désécularise ») sont sous la férule d’autocrates qui ne tolèrent aucune opposition.

À l’ère de la « post-vérité » 

C’est assurément la fin de l’illusion, nourrie à la fin du XXe siècle, d’une « mondialisation heureuse« . C’est le retour des nationalismes, des particularismes, des égoïsmes éhontés, et le renoncement à des « valeurs » communes. En témoignent les divergences sur les droits de l’homme, l’impuissance de l’ONU, la priorité donnée aux intérêts locaux et immédiats dans le combat contre dérèglement climatique ou la pandémie qui sévit depuis fin 2019. En même temps qu’on ne lutte plus que pour des parts de marché, c’est l’ère de la « post-vérité », où l’on tient pour vrai ce qu’on a envie de croire et où les peurs sont plus contagieuses que jamais. Chacun voit midi à la porte qu’on lui ouvre. Autrement dit est en échec l’ambition qu’avaient les pays les plus riches d’imposer partout leur modèle rationnel de pensée et de vie, où la prospérité et les libertés sont censées s’engendrer mutuellement et vertueusement. 

Il n’y a pas lieu de s’étonner de la déconfiture de cette chimère. Le poids grandissant de la Chine au niveau international et la résistance de l’islam à la « modernité » n’en sont pas la cause, mais des confirmations. Une civilisation qui n’assume pas son histoire, dont le progrès conduit à des désastres écologiques et qui considère que rien n’est plus urgent que de promouvoir les droits des minorités sexuelles ne peut guère prétendre à l’admiration unanime. Et la preuve est désormais faite que la démocratie ne s’impose pas irrésistiblement et comme naturellement, puisqu’armées et polices savent rendre vaines les oppositions et dissidences, que celles-ci se manifestent dans la rue, sur Internet ou via les réseaux sociaux.

La catholicité plutôt que l’universalisme

Cette faillite de l’universalisme occidental n’a bien sûr rien de réjouissant. Certes, elle marque le besoin d’identité singulière à l’échelle des peuples et le refus — si ce n’est l’impossibilité — d’une uniformisation dans un moule dominant. Mais elle signale aussi une multipolarisation instable entre des blocs économico-culturels rivaux qui sont pour une bonne part contrôlés par des despotes. C’est bien l’unité du genre humain qui est menacée. La réalité des interdépendances inspire des solidarités qui ne sont qu’en apparence gratuites et donc facultatives. Car elle repose sur un besoin bien plus profond de ce qui n’a pas de nom plus juste que « catholicité ». 

Être catholique, ce n’est pas seulement appartenir à l’Église romaine. C’est d’abord savoir que tous les humains sont frères parce qu’appelés à devenir enfants de l’unique Père des cieux. C’est ensuite discerner que cette filiation ne signifie pas une indifférenciation : on est toujours catholique et bien d’autres choses, suivant le lieu et le moment où l’on vit. C’est donc encore s’inscrire dans le temps, dans une Histoire qui ouvre à une espérance. C’est enfin apprendre du Christ et vérifier au jour le jour que la vie offerte ne se prend pas, mais est reçue à la mesure où elle est remise à la disposition du Donateur pour être avec lui transmise et partagée. À l’heure où s’épuise l’universalisme de l’Occident sécularisé et où le monde entier tourne à la foire d’empoigne sans idéaux, la catholicité a de l’avenir.

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