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Faire des sacrifices ? Oui, mais comment ?

MŁODA KOBIETA

Leszek Glasner | Shutterstock

Jean-Michel Castaing - Publié le 23/03/21

Le sacrifice ne sert pas à amadouer Dieu, mais à conforter notre amitié avec Lui.

Durant le carême, les chrétiens sont appelés à « faire des sacrifices ». Ces efforts entrent dans le cadre plus général de la pratique pénitentielle. À ce propos, deux questions surgissent : tous les sacrifices sont-ils des réparations que nous devons à Dieu et à autrui en compensation de nos péchés ? Le sacrifice est-il forcément douloureux ? 

Pour répondre à ces interrogations, il vaut la peine de redécouvrir la définition qu’en donna saint Augustin, le plus grand Père de l’Église d’Occident : « Le vrai sacrifice est toute œuvre qui contribue à nous unir à Dieu dans une sainte société, à savoir toute œuvre rapportée à ce bien suprême grâce auquel nous pouvons être véritablement heureux » (La Cité de Dieu, X, 6). Pour Augustin, la finalité du sacrifice est de nous établir en communion avec Dieu. Nulle mention n’est faite d’une souffrance inhérente à cette pratique, pas plus que d’un impératif rituel. La conception d’Augustin s’apparente plutôt aux mises en garde des prophètes de l’Ancien Testament contre le ritualisme : « C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice » (Os 6,6). 

Le sacrifice est le signe concret de la charité. Aimer son prochain ou Dieu en intention ne suffit pas : il faut passer à l’acte.

Si les notions de souffrance et de compensation de notre péché ne sont pas les seules composantes de la nature du sacrifice, cela tient à ce que toute œuvre de miséricorde envers le prochain constitue déjà un sacrifice. Or il n’est point besoin de souffrir ou d’avoir péché pour porter secours à notre frère. Certes, il existe des cas où la charité coûte : prendre sur son temps de loisir, venir en aide à une personne envers laquelle on ne nourrit aucune sympathie, dépasser ses préjugés, etc. Cependant, l’essentiel est dans le mouvement du cœur — et du corps ! Car le sacrifice est le signe concret de la charité. Aimer son prochain ou Dieu en intention ne suffit pas : il faut passer à l’acte. Tel est le sacrifice : le signe visible du mouvement intérieur. La souffrance n’en constitue pas toutefois l’élément déterminant. 

Le sacrifice est au service de notre bonheur

De plus, saint Augustin précise que le sacrifice trouve son terme dans le bonheur de l’homme : « Toute œuvre rapportée à ce bien suprême — [Dieu] — grâce auquel nous pouvons être véritablement heureux. » C’est là une conséquence logique de la définition que le docteur nous livre. En effet, le but du sacrifice étant de nous faire entrer en communion avec Dieu, et comme Celui-ci est le Bien suprême, il est dans l’ordre des choses que le sacrifice s’achève avec notre bonheur. Ici aussi, la Croix est le modèle par excellence de tous les sacrifices parce qu’elle aboutit à la communion parfaite de Jésus avec Dieu par la Résurrection. 

Dans cette optique, c’est notre existence tout entière qui est appelée à devenir un sacrifice. Voilà pourquoi saint Paul nous exhorte « à offrir vos corps en victime vivante, sainte, agréable à Dieu : tel est le culte que la raison demande » (Rm 12, 1). Nulle mention n’est faite ici d’une obligation rituelle. Nous n’aurons pas assez de toute notre vie pour entrer en communion avec Dieu. D’ailleurs, le Christ, qui est le chef de l’humanité, en s’offrant au Père, nous a offerts avec lui. Telle est l’œuvre qui se réalise à chaque messe. Saint Augustin dira à ce sujet : « Dans ce qu’elle offre, l’Église est elle-même offerte » (Cité de Dieu X,6). Le sacrifice chrétien, fondée sur la Passion, est prolongé dans l’ensemble des actes des chrétiens. « Le sacrifice en sa totalité, c’est nous-mêmes », précise Augustin. 

Renouer une communion que Dieu n’a jamais rompue

Dans le sacrifice chrétien, il ne s’agit donc pas d’amadouer Dieu ou de se Le rendre favorable. Cette vision païenne est erronée. Dieu n’a besoin de rien. De plus, Il nous a toujours été favorable. C’est nous qui nous sommes éloignés de Lui. Le sacrifice est le moyen de renouer, de notre côté, la communion avec Lui. Et dans ces retrouvailles, la souffrance n’entre pas en considération, sauf quand elles exigent un arrachement à des mauvaises habitudes. Telle est la révolution considérable apportée par St Augustin à la compréhension de la notion de sacrifice. Elle aidera ceux qu’une dimension doloriste trop marquée avait détournés de cette notion, à dissiper quelques malentendus et à mieux saisir l’enjeu des efforts de carême.

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