Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Mardi 28 septembre |
Saints Laurent Ruiz et 15 compagnons
home iconTribunes
line break icon

Trappes : relire Christian de Chergé pour relire « l’affaire Lemaire »

GoogleStreetView.

L'entrée du lycée de la Plaine de Neauphle, à Trappes (Yvelines).

Xavier Patier - Publié le 16/02/21

Le choc des extrêmes dans les territoires perdus de la République entre le laïcisme brutal et l’islamisme radical, ne peut pas être une solution.

Quand les esprits sont inquiets, un rien les embrase : nul doute que les propos alarmistes du professeur Lemaire, prononcés en d’autres temps, n’auraient pas fait tant de bruit. La querelle, jusqu’ici verbale, qui agite le monde médiatique au sujet de la présence islamiste à Trappes dans les Yvelines, est envenimée par le tour malencontreux pris depuis deux semaines par le débat sur la loi « séparatisme » et sans doute aussi par l’approche des élections régionales. 

Des propos graves

Il convient donc de regarder les faits paisiblement. Au commencement, il y a les sorties médiatiques répétées d’un professeur de philosophie du lycée de Trappes, Didier Lemaire, qui affirme se sentir menacé par les islamistes. À en croire Didier Lemaire, les islamistes radicaux, qui ont pris le pouvoir dans son quartier, le menacent physiquement. Mais Didier Lemaire va plus loin : il présente une description apocalyptique de la ville, dont il affirme que, du fait des « atteintes à la laïcité », elle est d’ores et déjà « complètement perdue ». Selon Lemaire, la laïcité a perdu la bataille contre l’islam, et la France est en train de le payer. Quoi qu’on pense de l’argument laïciste brandi contre les musulmans, ce sont des propos graves qui, venant d’un homme du terrain, méritent d’être entendus.


policiers devant le collège

Lire aussi :
L’irréligion d’État peut-elle vaincre le terrorisme islamiste ?

Cependant le préfet des Yvelines, dont on peut penser qu’il connaît son département au moins aussi bien que le professeur de Trappes, a nuancé les propos de cet enseignant volubile propulsé sur la scène médiatique. Le préfet n’a pas seulement relativisé le diagnostic de Didier Lemaire, il l’a aussi invité à ne pas jeter de l’huile sur le feu en stigmatisant une ville tout entière dans laquelle un travail patient de réconciliation conduit par l’État permettait, peu à peu et au jour le jour, de recoudre le tissu social et d’empêcher une explosion. « Nous faisons un travail de dentelle, ne saccagez pas tout », a exprimé en substance le représentant de l’État. 

Laïcisme ou espérance ?

Que n’avait pas dit le préfet ! La foudre médiatique lui est immédiatement tombé dessus : il y a le feu à Trappes, l’État est dans le déni, le préfet capitulard a cédé aux terroristes. Tout le monde s’y est mis : la droite, la gauche, les populistes et les identitaires. Pour un peu, dans la bouche de nombreux politiques, le préfet des Yvelines est déjà coupable de l’assassinat programmé de Didier Lemaire. Le point commun dans la meute qui accable le fonctionnaire d’autorité tient à ceci que tous les propos tenus aboutissent à la même conclusion, qui est que la France est une cause perdue. Cette idée offense la vertu d’espérance. Mais pas seulement. À jouer au pompier pyromane, les polémistes offensent aussi le bon sens : imaginer que la solution à l’extrémisme réside dans le seul rapport de force entre un laïcisme brutal et un islam apeuré ne peut conduire qu’à la guerre civile. Bientôt, les mêmes qui accusent le préfet de laxisme dénonceront une situation plus tendue qu’auparavant : « On vous l’avait bien dit ! » Ils foncent dans une impasse. 

Le signe de Tibhirine

Prétendre défendre la civilisation chrétienne sans manifester ni foi, ni espérance, ni charité, est un contresens théologique. Ce que nous enseigne le père Christian de Chergé, martyr de Tibhirine, est un signe pour notre temps : « La paix est un don de Dieu, dit-il. Ne disons pas qu’elle n’existe pas, elle est là : il faut la faire émerger. » Et encore ceci, qui figure dans son dernier écrit, rédigé la veille de son assassinat : « Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ. »

Comme nous voilà loin du christianisme identitaire ! Et pourtant, en donnant leur vie, les moines de Tibhirine ont exprimé la véritable identité chrétienne de la France. Notre identité, si elle existe, est récapitulée dans ce témoignage. Il n’y a pas eu plus Français que ces sept moines capables de ne rien préférer à l’amour. Il faut se réjouir qu’un préfet de la République ait, semble-t-il, éprouvé quelque chose de cet ordre en défendant l’action de l’État. 


TIBHRINE

Lire aussi :
Les portraits spirituels des moines de Tibhirine

Tags:
IslamMoines de TibhirinerepubliqueYvelines
Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
1
Caroline Moulinet
Ce geste tout simple à faire lorsque tout va de travers
2
Dressing Club
Marzena Devoud
Le Dressing Club, la meilleure adresse pour dénicher sa robe de m...
3
184833616
Marzena Devoud
Que dire à un proche en fin de vie ? Sept pistes pour vivre ce te...
4
Cecilia Pigg
Les astuces des grands saints pour bien dormir
5
Anna Ashkova
Prière à saint Côme et saint Damien pour demander une guérison
6
WEB2-AD LIMINA-VISIT-AFP-000_9MK7MX.jpg
Agnès Pinard Legry
Ce qu’a dit le pape François aux évêques français
7
HOUELLEBECQ
Henri Quantin
La pilule de Benoît XVI et la pilule de Houellebecq
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement