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N. de Kaniv : "Les monastères sont des laboratoires d’écologie intégrale"

Thomas LOUAPRE/CIRIC

Soeur Anne-Delphine et Soeur Dorothée récoltent des haricots verts dans le jardin potager du monastère de l'Annonciation à Prailles (Deux-Sèvres).

Laurent Ottavi - Publié le 21/09/20

L’historienne Nathalie de Kaniv est l’auteur avec le père François You, abbé de l’abbaye Notre-Dame de Maylis (Landes), de "l’Écologie intégrale au cœur des monastères, un art de vivre" (Parole et silence, 2019). Elle explique en quoi les moines qui vivent l’écologie au quotidien depuis des siècles peuvent nous transmettre de précieux enseignements pour notre conversion écologique.

Aleteia : L’encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison commune du Pape François a-t-elle enclenché un mouvement en faveur de l’écologie intégrale dans les monastères ? L’écologie intégrale n’était-elle pas déjà vécue par les moines depuis des siècles ?
Nathalie de Kaniv : Lorsqu’on lit la Règle de saint Benoît, on perçoit nettement un climat d’écologie intégrale qui embrasse tout le texte fondateur de la vie monastique. Saint Benoît parle du monastère comme étant la « maison de Dieu » et, au long des chapitres de sa Règle, il évoque les mêmes valeurs qui préoccupent Laudato Si’, bien que l’encyclique ne fasse nulle part mention d’un lien avec saint Benoît. Parmi les principaux appels adressés par les deux textes, on pourrait mentionner la vie sous le regard de Dieu, la sobriété heureuse, le lien avec le rythme de la nature, l’attention à l’autre et la relation au plus petit, le climat fraternel de responsabilité commune pour la maison de Dieu, l’attention au réel, enfin le fait que tout soit lié — un concept-clé de Laudato Si’. L’encyclique évoque aussi, souvent, le thème du dialogue qui se trouve, déjà, au centre de l’école du service du Seigneur, comme saint Benoît définit un monastère. 

La Règle de saint Benoit est empreinte du concept d’écologie intégrale, quinze siècles avant l’encyclique Laudato Si’.

Par conséquent, la Règle est empreinte du concept de l’écologie intégrale prônée quinze siècles plus tard par l’encyclique. Depuis les origines, cette préoccupation fut présente dans la vie monastique. Néanmoins, au fur et à mesure de l’évolution de la société et du progrès technique, les monastères se sont parfois laissés entraîner par le climat de consommation et d’abondance qui les entourait. La clôture reste toujours poreuse entre la vie communautaire et le monde extérieur. Il est naturel d’absorber certaines tendances sociétales qui peuvent impacter le rythme de vie plus simple, naturel, prôné au monastère. L’arrivée de Laudato Si’ a réveillé les consciences de beaucoup de communautés. Dans une communauté telle que l’abbaye de la Pierre-Qui-Vire, dès le milieu du XXe siècle, les moines étaient sensibles à l’écologie des plantes et des animaux. Ils ont construit très tôt une centrale hydraulique pour produire leur électricité, ont développé une ferme biologique. Cependant, l’encyclique a permis de faire davantage le lien entre l’expérience de l’écologie environnementale et son prolongement dans la vie communautaire.

En quoi les moines sont des acteurs importants de l’écologie intégrale aujourd’hui ? Avez-vous des exemples ?
Les monastères sont des laboratoires d’écologie intégrale dans le sens où toutes les activités sont vécues sur place et ont un impact les unes sur les autres : travail, détente, prière, beauté de l’environnement. En plus, ils vivent en permanente relation entre l’intérieur de la communauté et le monde extérieur tant au niveau de la production, que de la vente, la distribution, la promotion ou le partage avec d’autres communautés. 

Depuis Laudato Si’, de nombreux monastères ont repris la gestion d’un potager et certains se sont orientés vers la permaculture. Inscrit dans la tradition monastique de l’art de vie, le potager retrouve sa place dans la vie monastique et devient un lieu de relation avec la nature, mais aussi avec l’autre. Souvent, pour le cultiver, on recourt à l’aide des laïcs et des experts. Le potager attire aussi des amis-visiteurs, ce qui suscite souvent de magnifiques échanges sur la culture des plantes, les saisons, la richesse apportée par ce lieu qui semble si simple. Une importante réflexion s’est développée au niveau des magasins monastiques pour qu’ils ne se réduisent pas à être un lieu de vente, mais deviennent un lieu de relations avec les acheteurs qui vivent là leur premier contact avec la vie monastique. De plus en plus, les employés au service de l’abbaye prennent part aux décisions et le travail avec des laïcs experts devient plus fréquent pour conseiller les responsables dans l’organisation matérielle de la communauté.  




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À l’abbaye de Maylis par exemple, pour sauver et protéger leur plante détoxifiante, tout un réseau de relations a été élaboré avec des experts, agronomes, ingénieurs, ornithologues, des laboratoires de production, experts de marketing, etc. Ce réseau est né d’un besoin concret de sauver la plante, mais il a évolué vers un véritable écosystème avec des relations approfondies de voisinage, impliquant des autorités locales ou régionales. Plus encore, ce cheminement pour redonner la vie à la plante, avec les échecs et les réussites, a sensibilisé la communauté autour d’un but commun. Enfin, par ce travail, les moines ont établi des liens avec une association des travailleurs handicapés qui conditionnent la plante pour la vente. 

On pourrait faire le parallèle avec la production de la bière au sein de l’abbaye de Saint-Wandrille où les moines ont d’abord été amenés à chercher l’expertise et une formation à l’extérieur du monastère. Puis, assez rapidement, le projet a suscité une réorganisation de la communauté pour porter ce projet. 

Dans votre livre, vous mettez l’accent sur la capacité des moines à unir, en matière d’écologie, le monde spirituel et le monde physique plutôt que de les opposer comme le font beaucoup d’écologistes. Est-ce d’abord en cela que les monastères ont quelque chose à nous transmettre ?
Au sein de la vie monastique, en effet, tout est lié et il est impossible de séparer le spirituel du physique. L’un rejaillit sur l’autre et le façonne. Le travail est intégré dans la vie de prière et réciproquement. Quant à la vie laïque, elle est plus segmentée et cloisonnée entre la vie de famille, la vie professionnelle, amicale, sociale, etc., et la vie spirituelle qui reste du domaine privé. Le monde monastique peut en effet nous apprendre à unifier davantage notre vie et par là l’apaiser, lui redonner un centre, une orientation qui entraîne toutes les facettes de la vie. C’est d’ailleurs aussi l’appel de l’écologie intégrale qui unit les quatre relations fondamentales dans un tout : la relation à Dieu, la relation à l’autre, la relation à la nature, et la relation à soi. 

Natalie de Kaniv et dom François You, L’Écologie intégrale au cœur des monastères, un art de vivre, Parole et silence, 2019, 280 p., 20 euros




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