Aleteia
Mercredi 21 octobre |
Sainte Céline
Belles Histoires

L'incroyable conversion d'Hermann Cohen, pianiste surdoué devenu carme

CC / zeitgenössischer Maler / Wikimedia

Marguerite Pradère - Publié le 08/06/20

En 1849, Hermann Cohen entrait au Carmel et prenait le nom d'Augustin-Marie du Très Saint-Sacrement. Né dans une famille juive, enfant prodige du piano avec pour maître Franz Liszt, familier des salons d'artistes parisiens, il ne semblait pas destiné à la voie carmélitaine. Il devint pourtant un acteur majeur du renouveau du culte eucharistique.

Né en 1820 d’une famille de commerçants juifs dans un Hambourg en proie à une violente montée de l’antisémitisme, Hermann Cohen traverse le XIXe siècle en France de la seconde Restauration à la Troisième République. Depuis ses quatre ans, il apprend le piano avec passion et ses talents augurent une brillante carrière d’artiste. En 1834, la famille Cohen quitte Hambourg pour trouver refuge à Paris. Dans une biographie magistrale publiée chez Paroles et Silence, le père Stéphane-Marie Morgain revient sur cette figure attachante, reconnue aujourd’hui serviteur de Dieu et dont le procès de béatification est en cours. Il fut en l’un des carmes les plus importants du siècle, contribuant à la fondation de plusieurs prieurés de frères dans le Sud de la France et devenant un acteur majeur du renouveau du culte eucharistique.

La spectaculaire conversion d’un artiste aux mœurs dissolues

Adolescent, Hermann Cohen goûte avec son maître Franz Liszt aux plaisirs d’une vie mondaine et désinvolte dans les salons du Faubourg Saint-Germain. Ensemble, ils parcourent l’Europe pour y donner de nombreux concerts et le jeune prodige éponge ainsi les dettes contractées aux jeux. « Mes leçons de musique me procuraient de l’argent, et l’argent me donnait des plaisirs », confie-t-il plus tard. « Ma vie fut alors un abandon complet à toutes les fantaisies ». Pourtant, « la soif de bonheur qui me dévorait n’en fut point étanchée ».

Sa vie change radicalement en 1847. Alors qu’il accompagne à l’orgue la bénédiction du Saint Sacrement dans l’église Saint-Valère à Paris, Hermann Cohen est saisi par la présence réelle du Christ dans l’hostie : « Quand le moment de la bénédiction fut arrivé, bien que je ne fusse nullement disposé à me prosterner, comme le reste de l’assemblée, je ressentis intérieurement un trouble indéfinissable : mon âme, étourdie et distraite par les agitations du monde, se retrouva, pour ainsi dire, et fut comme avertie qu’il se passait en elle une chose tout à fait inconnue auparavant ». Ce retournement intérieur est vite suivi de la réception successive des sacrements du baptême, de l’eucharistie, de la confirmation et de l’ordination.

Eucharistic adoration
Pascal Deloche / Godong

Un carme extra-ordinaire amoureux de l’eucharistie

Cette conversion s’inscrit dans le contexte d’une extraordinaire exaltation du culte eucharistique, à l’œuvre dans les années 1850. Hermann Cohen devient un acteur majeur du développement du culte eucharistique, en participant notamment au renouveau de la pratique de l’Adoration nocturne du Saint-Sacrement. C’est “pour donner toute son ampleur à son engagement au service de l’Eucharistie” qu’il renonce aux grandeurs et aux fastes pour entrer au Carmel en 1849.

Dans cette passionnante biographie, le père Stéphane-Marie Morgain veut montrer “comment sa vie et sa personnalité font éclater les schémas préétablis de la perfection religieuse au XIXe siècle”. En d’autres termes, Hermann Cohen est loin de l’image que l’on se fait du “carme idéal”. “Là où d’autres prêchent sur les questions de dogmes, de morale ou d’ecclésiologie, il parle de lui-même, de sa conversion, de ses égarements passés, de sa quête de bonheur; là où d’autres gardent la cellule et la clôture (…), il parcourt la France, l’Angleterre, l’Irlande, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, en bateau, train, diligence; là où d’autres fréquentent les gens de leur milieu social et ecclésial, il passe certaines de ses soirées dans les salons d’évêques, de cardinaux, de nonces, de princes, de rois et de reines”, résume le biographe.

La plupart des hommes se trompent sur la nature même du bonheur; et ils le cherchent là où il n’est pas”

CC / zeitgenössischer Fotograf, 1850 / Wikimedia

Prédicateur éloquent animé par un besoin irrépressible de partager les grâces reçues, Augustin-Marie du Très Saint-Sacrement circule à travers l’Europe où il déplace les foules : “Les auditeurs se rassemblent par milliers pour l’écouter dans les chairs des églises de France et d’Europe, ils sont touchés par l’expression de son expérience personnelle, sa recherche du bonheur et le côté spectaculaire de sa conversion.” Descendu de sa chair, Hermann Cohen achève ses sermons en musique, accompagnant à l’orgue quelques cantiques de sa propre composition avant de célébrer l’eucharistie. Musique, prédication, adoration du Saint-Sacrement sont les trois piliers de la vie du Père Augustin-Marie dont la lecture, par sa simplicité et son éloquence, nous touche au plus profond de nos âmes. Son message reste brûlant d’actualité :

“Le bonheur, je l’ai cherché dans la vie élégante, dans l’étourdissement des bals et des fêtes ; je l’ai cherché dans la possession de l’or, dans les émotions du jeu, dans l’intimité des hommes célèbres, dans tous les plaisirs des sens et de l’esprit… La plupart des hommes se trompent sur la nature même du bonheur; et ils le cherchent là où il n’est pas… On aime le bonheur, et Jésus-Christ, seul bonheur possible, n’est pas aimé… Ô mon Dieu ! Est-ce possible ? L’Amour n’est pas aimé ! Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas connu. On étudie tout, excepté Lui… Ô vous tous qui m’écoutez, faut-il donc que ce soit un Juif qui vienne supplier des Chrétiens d’adorer Jésus-Christ ?… Mais, dira-t-on : « Je ne crois pas en Jésus-Christ ». Et moi non plus je n’y croyais pas, et c’est précisément pour cela que j’étais malheureux!”


CONVERSION OF ST PAUL

Lire aussi :
La conversion de saint Paul ou comment chaque rencontre avec Dieu est particulière

Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Tags:
conversionmonastereMusique
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
Domitille Farret d'Astiès
Elles ont appris à les aimer : ces ...
Edifa
Sexualité : comment raviver le désir quand il...
WEB2-SAMUEL PATY-AFP-000_8TB6FJ.jpg
Agnès Pinard Legry
Professeur décapité : des intentions de prièr...
Domitille Farret d'Astiès
Une famille missionnaire sur le plateau de "L...
Edifa
Connaissez-vous vraiment toutes les missions ...
WEB2-ERIC DUPOND-MORETTI-AFP-080_HL_NORCHARD_1209116.jpg
Agnès Pinard Legry
La discrète visite d’Éric Dupond-Moretti à la...
RÓŻANIEC DZIECI
La rédaction d'Aleteia
Un million d'enfants vont prier le chapelet e...
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement