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Face au nazisme, les martyrs de l’ombre

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En portant à l’écran l’histoire de Franz Jägerstätter, exécuté par les nazis pour avoir refusé de servir dans les armées d’Hitler et béatifié en 2007, Terrence Malick révèle l’enfouissement et l’anonymat qui firent la spécificité de la résistance catholique austro-allemande. Et son héroïsme singulier.

Il aura fallu attendre 1964 et la publication du livre du sociologue américain Gordon Zahn, In solitary witness : the life and death of Franz Jägerstätter, pour qu’émerge de l’oubli le nom de ce paysan catholique autrichien, décapité en 1943 dans la prison de Brandebourg, pour avoir refusé de servir par les armes le projet criminel du national-socialisme. C’est cette dimension solitaire que Terrence Malick a voulu souligner dans Une vie cachée, dont le titre est extrait de Middlemarch, l’un des chefs d’œuvre de la romancière britannique George Eliot : « Car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et si les choses ne vont pour vous et moi aussi mal qu’elles auraient pu aller, nous en sommes redevables en partie à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes délaissées ».

Guillotinés ou pendus à la hâte dans des prisons sordides, gazés dans les centres d’euthanasie du Reich, rongés par le typhus et la famine dans les camps de concentration, les catholiques allemands qui s’opposèrent à Hitler au nom de leur attachement à l’évangile furent bien souvent considérés comme des traîtres à leur patrie, voire des lâches, et mis à mort dans la solitude, loin de toute place publique où leurs sacrifices auraient été vus de tous pour porter un fruit plus immédiat. Franz Jägerstätter « savait qu’au-delà de sa famille et de sa communauté, sa mort passerait presque inaperçue, n’aurait aucun impact sur le parti nazi et ne précipiterait pas la fin de la guerre » a ainsi pu écrire l’auteur américain Jim Forest dans l’introduction de Franz Jägerstätter. Letters and writings from prison. C’est d’ailleurs ce scandale aux yeux du monde – l’apparente absence d’utilité immédiate de son geste – qui tisse la trame du film de Malick et en fait la puissance.

Mais la poignée de catholiques allemands qui se sont engagés dans une résistance pacifique étaient-ils si persuadés de l’inutilité de leur geste ? L’historien Xavier de Montclos, dans son étude sur Les chrétiens face au nazisme et au stalinisme, estime pour sa part que ces hommes et ses femmes savaient que « la seule valeur (de leurs faits de résistance) étaient le témoignage, et l’issue la plus probable, la mort ». Ce n’est pas par fanatisme ou exaltation qu’ils ont agi. Consciemment ou non, même à la barre de tribunaux iniques, derrière les barbelés de Dachau ou du fonds de leurs cachots, ils ont sauvé une certaine vision de l’homme et de sa dignité. « La vraie grandeur est sans doute dans cet obscur combat où, privés de l’enthousiasme des foules, quelques individus mettent leur vie en jeu, défendent, absolument seuls, une cause autour d’eux méprisée », écrit ainsi dans La Rose Blanche Inge Scholl, la sœur d’Hans et Sophie Scholl, 24 et 21 ans, jeunes protestants influencés par saint Augustin, guillotinés le 22 février 1943 dans la prison de Stadelheim, près de Munich, pour avoir distribué dans leur université des tracts antinazis imprégnés de références chrétiennes.

Alors quel fut le fruit du sacrifice de ces sacrifices ? De celui du journaliste Fritz Gerlich assassiné dès le 30 juin 1934 à Dachau ? Du directeur de l’Action Catholique Erich Klausener, assassiné le même jour à Berlin par les tueurs d’Heydrich ? Des 94 prêtres allemands et autrichiens morts à Dachau, dont beaucoup avaient relayé les sermons de Mgr von Galen, l’évêque de Münster ? Des pères Franz Reinisch, Bernhard Schwentner, Max Josef Metzger, Joseph Müller, Bruno Binnebesel, exécutés à la prison de Brandebourg comme Frantz Jägerstätter ? De l’objecteur de conscience tyrolien Josef Mayr-Nusser, mort dans un wagon à bestiaux le 24 février 1945 et béatifié en 2017 ? Et de tant d’autres ? 

« Notre conduite prouvera que la liberté des hommes subsiste. Il s’agit de sauvegarder la valeur humaine pour qu’un jour elle puisse triompher », disait Christoph Probst, l’un des conjurés de la Rose Blanche, décapité avec Hans et Sophie Scholl après avoir demandé à recevoir le baptême. Dans une Allemagne asservie par le totalitarisme brun, ces témoins ont incontestablement préservé dans l’obscurité une haute vision de l’humanité sur laquelle l’Allemagne pourra se fonder à l’heure de la reconstruction. Mais surtout, leur humble sacrifice sonne comma la réactualisation brûlante de la phrase de saint Paul : « J’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». C’est bien la force de ces martyrs de l’ombre, dont la foi fut la source première, qui permet d’affirmer que par leur sacrifice ils avaient vaincu d’avance ceux qui les asservissaient.

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