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L’appel aux sorcières de Marlène Schiappa, une manipulation ?

© Ludovic MARIN / AFP
La Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlene Schiappa, au palais de l'Elysée à l'issue du conseil de cabinet du 22 novembre 2017.
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Dans une tribune publiée par le « Journal du dimanche » dimanche 3 novembre 2019, Marlène Schiappa et près de 200 personnalités expriment leur souhait de réhabiliter la figure de la sorcière afin d’en faire un symbole féministe. Une revendication qui est loin d’être anodine.

« Sorcières de tous les pays, unissons-nous ! ». Tel est le cri émis par Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que par des personnalités telles que Muriel Robin ou la femen Inna Shevchenko. Elles sont signataires d’une tribune lancée par Sandrine Rousseau, ex-cadre EELV, et Coralie Miller, auteur et metteur en scène. Leur objectif ? Réhabiliter la figure de la sorcière pour la transformer en symbole féministe. « Sorcières ! En Europe surtout, mais aussi en Amérique, elles sont mortes assassinées par dizaines de milliers aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, dans des chasses d’une cruauté sans limite. […] Nous, femmes, disons combien nous sommes les héritières, filles et sœurs de celles injustement appelées sorcières. Nous reconnaissons en elles les actrices parfois involontaires d’une des luttes les plus longues et difficiles de l’humanité : celle pour l’égalité et le droit des femmes », affirment celles qui se revendiquent comme « filles spirituelles des sorcières, libres et savantes ».

Une commercialisation du propos

Responsable de l’accueil Saint-Michel, le service de l’exorcisme pour les huit diocèses d’Île-de-France, le père Jean-Pascal Duloisy voit derrière cette expression « un procédé de manipulation » lié à la question brûlante des féminicides. « La sorcière est une figure mythologique, elle n’a jamais existé », confie-t-il à Aleteia. Il distingue le personnage légendaire et la prêtresse démoniaque « qui a fait un pacte avec le diable ». « Tout le monde surfe sur un événement pour en faire un événement à soi. Il y en a qui utilisent les sorcières pour du féminisme, et d’autres pour faire du commerce, comme le montre la fête d’Halloween. Chacun veut tirer la couverture à son niveau », détaille le prêtre.

« On propose un panthéon féminin dont les sorcières font partie. Le but, c’est de promouvoir la femme, mais au prix de réveiller le diable, indépendamment de toute objectivité. »

Le père Jean-Pascal Duloisy invite à la prudence dans l’utilisation du langage. « On commercialise un propos, on joue avec le sens. On va charger un mot de réalité inconnue d’une réalité connue ». Pour lui, cela traduit un combat mené au détriment de la vérité. « Le débat féministe essaie de régler le problème de l’image de la femme en faisant la chasse à tout ce qui est négatif dans l’ordre du féminin, pour rectifier ou pour construire une femme moderne. Tout ce qui est féminin va devoir devenir positif : il sera interdit d’être désagréable au féminin. On est en train de faire de la femme une espèce protégée en inventant un vocabulaire et en faisant la chasse à toutes les images qui ne valorisent pas l’idée que certains en ont. On propose un panthéon féminin dont les sorcières font partie. Le but c’est de promouvoir la femme, mais au prix de réveiller le diable, indépendamment de toute objectivité ».

Lire aussi : 5 choses à savoir sur le diable pour ne plus en avoir peur

Le prêtre dénonce un retour à un paganisme évident. « Derrière cela, il y a aujourd’hui un autre phénomène plus préoccupant, plus global. Un monde néo-païen se met en place qui, pour régler les peurs contemporaines, a des réactions et des comportements païens tels qu’invoquer les esprits, par exemple. On est dans une situation où la notion de puissance démoniaque n’existe plus ».

Un « rapport au monde défaillant »

Ce n’est pas la première fois que Marlène Schiappa évoque la sorcellerie. Dans un entretien accordé au magazine Elle publié le 4 octobre dernier, elle confiait sa passion pour ce qui y avait trait, même si elle reconnaissait toutefois ne pas la pratiquer. « J’ai des amies qui tirent les cartes ou m’envoient des SMS avant des moments importants : “Je t’ai dit une formule de protection”. Pas moi. Mais c’est comme la plume de Dumbo l’éléphant : cela donne confiance ». Elle avait ensuite justifié cela par ses origines corses. « Je suis originaire de Corse et, dans mon village, les mythes et la magie font partie de nos légendes depuis toujours. On y pratique encore parfois des rituels pour enlever le mauvais œil. Par exemple, j’ai du corail autour du poignet et un bracelet avec le chiffre 4. Ces croyances donnent confiance ».

« Sur ces choses-là, il y a deux niveaux : le psychologique et le spirituel », avait alors réagi auprès d’Aleteia le père Emmanuel Faure, exorciste pour le diocèse de Belley-Ars (Ain). « Les deux sont importants. On attaque souvent immédiatement le deuxième niveau. Ce n’est pas faux car on joue avec le feu, mais nous avons à réfléchir sur le premier point ». Pour lui, ce genre de pratique est d’abord le signe d’un rapport au monde défaillant. « Qu’est-ce que cela signifie dans ma réalité au monde ? Il y a un problème dans mon humanité. Avec ma raison, j’ai en effet la capacité de chercher et de trouver le bien. Là, on sort de la réalité humaine ». Insistant sur le fait que l’homme est capable de réfléchir, d’exprimer une volonté et de poser des choix, il regrette dans ce genre de pratique une mauvaise utilisation de ses capacités humaines. « On ne s’utilise pas avec soi-même, d’une certaine façon. On ne respecte pas notre raison et notre intelligence », soulignait alors le prêtre.

« Les forces invisibles se réjouissent du paganisme avant même d’avoir à être toxiques. Les personnes qui promeuvent cela font leur travail. Elles renvoient les gens à des rites païens. »

« Tout ce qui est ésotérique fait allusion aux puissance invisibles et tôt ou tard, il y a ce que j’appelle un culte à Satan », dénonce quant à lui le père Jean-Pascal Duloisy qui voit là une instrumentalisation et une vaste escroquerie qui ne sont pas sans danger. « Quand il y en a un, le danger est à plusieurs niveaux. Un ignorant ne pèche pas, mais le démon peut très bien aller chez des gens qui ne pèchent pas. Il s’attaque aussi aux saints ». Enfin, selon lui, le risque est aussi d’être escroqué financièrement… pour un résultat nul. Il déplore qu’en France, plusieurs milliards soient dépensés dans des soins soi-disant « thérapeutiques » et que des gens consultent des voyantes ou des cartomanciennes qui les manipulent psychologiquement et invoquent les puissances invisibles. « Ce sont des tartufferies, des placebo au malaise social ! », s’exclame-t-il. Il est périlleux d’évoquer le monde invisible, « surtout si on le fait avec un cœur qui n’est pas pur », insiste-t-il. « Avec le démon, tout est payant. C’est du donnant-donnant ».

Lire aussi : Pourquoi les exorcistes insistent-ils pour que le démon dévoile leurs noms ?

« Les forces invisibles se réjouissent du paganisme avant même d’avoir à être toxiques. Les personnes qui promeuvent cela font leur travail. Elles renvoient les gens à des rites païens ». Remettre sa vie entre les mains d’un caillou ou d’un bracelet, « c’est de la superstition, du fétichisme », dénonce le prêtre avec vigueur. Le travail des exorcistes est de délier pour relier. Or, avec la superstition, on se lie au non-sens, à la non-vie, à l’absurde, aux forces des ténèbres. Ceux qui la répandent « écartent les gens du Christ qui a dit “je suis le Chemin, la Vie” (Jn 14,6) et les conduisent sur des chemins où ils seront davantage la proie des démons parce qu’ils ne sauront pas distinguer le vrai du mal, la lumière des ténèbres », poursuit-il. « Quelqu’un qui met sa vie entre les mains d’un talisman, une pierre par exemple, quel recours va-t-il avoir pour affronter un événement malheureux dans sa vie comme la perte d’un proche ? Il perdra l’esprit de sagesse, son jugement s’effritera. D’un seul coup, il deviendra très vulnérable aux influences de toutes sortes dont il ne pourra même plus percevoir le danger ». Ceux qui répandent la superstition, « c’est en cela qu’ils font l’œuvre du mal : c’est parce qu’ils lient les gens à de fausses croyances, à des réalités invisibles qui n’apportent pas le bien ».

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Cet article a été modifié le 7 novembre 2019 à 13h47 : la citation initiale du père Jean-Pascal Duloisy « En France, ce sont plusieurs milliards qui sont dépensés dans des soins psycho-thérapeutiques ou à travers des puissances invisibles. Ce sont des tartufferies, des placebo au malaise social ! » a été modifiée afin de préciser sa pensée : « Il déplore qu’en France, plusieurs milliards soient dépensés dans des soins soi-disant “thérapeutiques” et que des gens consultent des voyantes ou des cartomanciennes qui les manipulent psychologiquement et invoquent les puissances invisibles. “Ce sont des tartufferies, des placebo au malaise social !” ».

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