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Bioéthique, réchauffement : où est passée la nature ?

KOBIETA OŻYWICIELKA
Aleksander Soroka/Unsplash | CC0
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Les débats autour des menaces sur l’avenir de la planète comme à propos du projet de loi de bioéthique tourne autour de la même question : existe-t-il une « nature » dont il serait dangereux et peut-être fatal de transgresser les lois ?

Les avant-gardes qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé campent sur des positions qui, à bien y regarder, sont contradictoires. D’un côté, en effet, l’humanité est accusée de saccager son environnement au point de compromettre sa propre survie. De l’autre, on présente comme un progrès inévitable, à transformer en droit garanti par la législation, de fabriquer des enfants qui n’auront pas de père ou de se faire aider pour mettre fin à ses jours quand on en a assez de soi et du reste. Autrement dit, il s’agit ici de respecter et préserver la « nature », et là il n’est question que de la piétiner au gré de ses envies ou abdications.

La logique de l’irrationnel

De part et d’autre, les motivations sont en partie irrationnelles. Ici, c’est la hantise d’une mégacatastrophe universelle : dans un monde plus sécurisé qu’il ne l’a jamais été (du moins en Occident et même si c’est encore loin d’être le paradis), le dérèglement climatique inspire des sentiments de précarité (voire de culpabilité) comme jadis le retour récurrent des famines, des épidémies, des invasions et des guerres. Là, c’est la primauté du désir immédiat et un égalitarisme enragé qui font s’indigner que les couples de même sexe soient privés de se marier et (de même que les personnes seules) d’« avoir » des enfants comme n’importe qui. C’est encore la même impatience niveleuse qui laisse entendre que la seule limite qui puisse — voire doive — être imposée à la vie humaine, quand on ne peut plus en profiter comme tout le monde, est une mort « vite fait, bien fait », grâce aux possibilités technologiques dont on aurait en cas bien tort de se passer.

Ces diverses attitudes n’ont pas les mêmes fondements « objectifs ». La crainte d’un désastre environnemental repose sur des mesures et constats scientifiques. Mais on n’a pas trouvé de gène de l’homosexualité bien qu’elle existe indéniablement et on n’ose pas (pas encore ?) déterminer les critères (d’âge ou d’état physique ou mental) suffisant à expédier les gens dans des établissements spécialisés où, comme dans Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, on les traitera proprement et sans drame comme des déchets. Quoi qu’il en soit, les défis demeurent : face au réchauffement, comment préserver son confort en épargnant les ressources ? Dans quelle mesure la sexualité autrefois déclarée « contre-nature » peut-elle être présentée comme « normale » et devant ne constituer aucune différence à aucun égard ? Et quelle liberté garde l’être humain diminué à la fin de sa vie ?

Un monde moins stable et moins compréhensible

Pour affronter ces difficultés, il est devenu difficile d’invoquer les « lois de la nature », car la notion d’un ordre immuable et universel est battue en brèche par la double expérience d’une part que l’homme peut l’enfreindre (à ses dépens pour l’écologie ou bien à son avantage pour répondre à des désirs particuliers), et d’autre part que l’organisation des êtres et des choses n’est pas satisfaisante ni irréversible. Il n’y a pas seulement que la « nature » peut être cruelle et que l’activité humaine peut la dérégler davantage, comme l’enseignent les « Verts ». Car il y a aussi et surtout que les percées scientifiques à partir de la fin du XIXe siècle ont mis à mal l’idée d’un monde stable et compréhensible pour le commun des mortels.

Galilée, Descartes et Newton avaient imposé que tout fonctionne de façon mécanique, prévisible et invariable. Le scientisme qui en est issu est bien dépassé. Darwin a fait reconnaître que les espèces animales évoluent. Einstein a révélé que la matière est énergie et courbe l’espace, tandis que celui-ci est inséparable du temps. Hubble a montré que l’univers est en perpétuelle expansion et n’a pas de centre ni de frontière. Tout cela défie bien sûr non seulement l’expérience quotidienne, mais encore l’imagination. Le résultat est néanmoins que, dans le substrat culturel au sein duquel chacun pense et agit, il n’y a plus de « nature » intelligible qui pourrait servir de référence dans le discernement entre ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. On ne sombre pourtant pas dans l’irrationnel complet : comme les lois de la physique et de la biologie d’avant les découvertes de l’époque contemporaine continuent de fonctionner au quotidien, la rationalité qui n’est plus englobante s’exerce dans des domaines restreints où elle s’avère efficace, sans se soucier des dégâts causés ailleurs.

La nature : création attaquée mais pas anéantie

C’est ainsi que, pour répondre à des désirs analysés comme des besoins dans des cadres bien circonscrits, on en est venu à faciliter et légitimer le divorce, la contraception, le bébé-éprouvette, l’avortement, le mariage « gay »… Les étapes suivantes sont l’eugénisme, le suicide assisté, l’euthanasie systématique, le transhumanisme… On pourrait avoir ensuite, au nom du droit sacralisé à l’autodétermination et en vertu de ce qui est rendu techniquement et/ou juridiquement possible, la répudiation de tel ou tel membre de sa famille (ou de sa famille entière) — comme déjà on peut se séparer de sa femme ou de son mari, déclarer immorales les transmissions intergénérationnelles et se faire « débaptiser ». Il faut encore ne pas exclure les mariages pour un temps contractuellement limité, à plus de deux, avec un ou des animaux ou robots (humanoïdes ou non)… Tout cela, bien entendu, si les survivants au désastre écologique ne sont pas réduits à subsister comme à l’âge des cavernes.

Devant un tel horizon, le chrétien a d’excellentes raisons de rester serein. Non parce qu’il s’accrocherait à l’idée de « nature ». Il ne la rejette pas non plus. Mais il l’insère dans l’histoire cosmique qui lui est révélée. La Création n’y est pas un événement du passé, mais la dynamique qui ne cesse de porter le monde. L’œuvre de Dieu est abîmée mais pas compromise par la Chute. C’est ce qui incite à ne pas s’étonner que demeure une bonne part de l’harmonie originelle, et à ne pas se résigner non plus à ce que la terre tremble, le loup mange l’agneau et tout vivant soit mortel. Ce sont là des scandales qui laissent tragiquement impuissant. Or ils ne viennent pas uniquement de ce que l’homme use mal de la liberté dont il a été doté pour aimer. Car d’autres libertés créées, également faillibles bien que nulle chair ne les conditionne, tentent la sienne en même temps qu’elles font gémir toute la création (Rm 8, 22) : il existe des êtres spirituels qui, en se montrant le moins possible, engagent à se comporter comme eux, qui dominent ce qui est à leur portée, l’isolent du reste et l’y opposent au lieu de le remettre à la disposition du Donateur pour l’offrir avec lui à d’autres.

Dieu sans stratégie face à la tactique du Diable

Ceci ne veut pas dire que le Bien et le Mal s’affronteraient dans un combat titanesque à l’issue incertaine, dont le monde et l’humanité seraient les enjeux passifs. La « tactique du diable » (comme disait C.S. Lewis) est de développer l’anarchie globale en encourageant des logiques étroitement particulières, incompatibles entre elles et qui se font fatalement la guerre. Il n’y a pas en face une stratégie consistant à rendre l’homme capable de tout remettre en ordre une bonne fois pour toutes. Car aucune capacité humaine ne peut absorber la déconcertante logique divine de réconciliation, de communion et de fécondité : il faut plutôt se laisser entraîner dans la dépossession par laquelle le Fils de Dieu fait homme a rendu vaine la mort, parce que la vie qui se donne n’a pas peur de se perdre.

Il importe d’ajouter qu’une telle abnégation ne condamne pas à l’inaction ni au silence. Jésus ne s’est pas privé de dénoncer l’hypocrite monstruosité des systématisations à courte vue. Le suivre requiert d’essayer au moins d’en faire autant, sans se bercer de l’illusion que cette insolence n’attirera que des bravos reconnaissants.

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