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La spiritualité ignatienne, ou comment mettre sa singularité au service de Dieu

PRAYER FOR LIFE,NEW YORK CITY,ROE V WADE
Jeffrey Bruno
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L’expérience spirituelle de saint Ignace est parfois méconnue. Certains l’imaginent d’abord comme un homme d’action. Ce fut pourtant un maître de spiritualité et celle-ci irrigue encore aujourd’hui de très nombreux mouvements chrétiens.

Dans un ouvrage intitulé Consolation et action, le père Guilhem Causse, jésuite, revient sur la spiritualité ignatienne en nous révélant toute sa pertinence pour nos contemporains. Aleteia est allé à sa rencontre.

Aleteia : Vous débutez votre ouvrage en évoquant un pèlerinage à Hiroshima à la suite des martyrs chrétiens. Méditant sur la bombe atomique, vous y voyez une image pour comprendre à contrario la vision qu’avait Ignace de Loyola de Dieu. Pouvez vous nous en dire plus ?
Père Guilhem Causse : Oui, c’est à l’occasion d’un pèlerinage que j’accompagnais avec des sœurs auxiliatrices. Quand nous sommes arrivés à Hiroshima, c’était la veille du jour anniversaire de la bombe atomique. Pour accompagner les pèlerins, je leur ai proposé une contemplation qu’Ignace de Loyola propose dans les Exercices spirituels et qui s’appelle la contemplation de l’incarnation. Elle propose d’imaginer comment la trinité regarde le monde après la création et avant l’incarnation. Contemplant le monde, voyant tout ce qui s’y passe, Dieu décide d’envoyer son fils. Ensuite, en visitant le musée dédié à la mémoire de la bombe atomique, j’ai vu, grâce à une simulation la manière dont fut jetée la bombe depuis le ciel. J’y ai vu un mouvement similaire avec un sens absolument contraire. Le contraste est autant dans la visée, puisque le Christ s’incarne pour sauver alors que la bombe vise à détruire, et aussi dans la manière de faire. L’incarnation du verbe se fait extrêmement discrètement, à petits pas, sans bruit. Une seule personne est d’abord au courant, Marie, puis deux, trois, et tout se fait progressivement, respectant chacun, sa maturation, son intériorité, avant d’atteindre en fin de compte toute la terre et toute l’humanité. J’y ai vu une image de la puissance de Dieu dans la vision ignatienne.

Vous écrivez que « la contemplation n’est pas d’abord le fait de prier ou de regarder avec émerveillement, mais une attitude de réceptivité à l’action de Dieu, attitude à vivre aussi bien dans la prière que dans le service des autres. » Vivre la contemplation, c’est donc déjà se rendre sensible à l’action de Dieu ? C’est une manière de comprendre le lien entre prière et action ?
Effectivement, dans l’expérience d’Ignace de Loyola, ce rapport à l’action de Dieu est fondamental. Ignace est clairement un homme d’action, dès avant sa conversion. Il est également porté par l’époque qui est celle des grandes explorations, une époque d’expansion et de mouvement. La conversion d’Ignace ne consistera pas à quitter l’action pour une contemplation statique, mais à rechercher d’abord l’action de Dieu et la manière de s’y joindre. C’est Dieu qui œuvre et son œuvre est visible, de manière plus explicite quand on regarde le Christ, depuis l’histoire du salut que vit le peuple hébreu jusqu’à l’incarnation de Jésus, sa vie publique, jusqu’à la croix et à la résurrection. C’est donc à partir du Christ et du don de l’Esprit, qu’il nous est donné de voir et de contempler la manière dont Dieu poursuit son œuvre de salut et nous appelle à sa suite. Ce n’est donc pas de l’activisme à tout prix : c’est goûter l’action de Dieu, désirer s’y joindre, et y aller avec Dieu.

Dans le Récit du pèlerin, Ignace évoque son « grand et vain désir de gagner l’honneur ». Vous soulignez l’importance de ce désir. Pourquoi ? La spiritualité ignatienne est-elle une spiritualité du désir ?
Tout à fait, c’est une spiritualité qui aide vraiment à partir du moment où il y a un désir qui est présent. Une des conditions selon Ignace pour entrer dans l’expérience spirituelle, c’est d’en ressentir le désir. Il prend l’exemple des exercices physiques : pour tirer profit d’exercices, il faut du désir, car cela suppose une certaine constance, un effort mesuré afin d’acquérir plus de souplesse ou davantage d’endurance, une attention aux progrès. L’exercice va consister essentiellement à purifier ce désir, c’est-à-dire à l’orienter de plus en plus vers Dieu. Au début de l’expérience spirituelle on peut avoir un grand désir mais qui est un peu dispersé, tourné vers différentes choses, des attachements. Les exercices visent à ordonner le désir vers Dieu, à repérer les attachements autre, pour les dénouer avec l’aide du Christ. Cela a pu donner lieu à des contresens, on a pu voir dans cette spiritualité des éléments volontaristes. Ignace avant sa conversion était certes volontariste. Mais sa conversion a été de comprendre que la liberté est une rencontre de volontés, alors qu’être volontariste, c’est tenir à tout prix à sa volonté propre, au dépend de celle de Dieu. La véritable expérience spirituelle, c’est la rencontre de deux volontés : la mienne et celle de Dieu, et c’est la recherche d’une manière de vivre et d’agir ensemble.

Comment cette spiritualité parle à l’homme et à la femme d’aujourd’hui ?
Cette spiritualité est très attentive à ce que chacun porte en soi de singulier. Or, aujourd’hui, nous sommes dans une culture qui valorise beaucoup la personne, le développement personnel. C’est donc une spiritualité qui peut rejoindre cette manière de faire, pour ensuite décentrer ce désir vers le Christ, et découvrir ce que le Christ propose comme vie, comme style de vie plus libre, plus joyeux, et faire grandir la vocation de suivre le Christ. Les Exercices spirituels rejoignent donc les personnes dans leur désir d’accomplissement personnel, avec toute l’ambiguïté que cela comporte dans un premier temps. Ces Exercices spirituels sont accessibles à tous, et pas seulement à quelques initiés que ce soit auprès d’un centre jésuite ou à travers des applications mobiles dédiées. Ensuite, c’est une spiritualité qui porte une grande attention à la sensibilité. Et nous sommes dans un monde qui met en valeurs les émotions, ce que l’on ressent. Là aussi, c’est une expérience qui rejoint ces émotions, ces sensations, pour apprendre à écouter leur sens et petit à petit à faire le partage entre ce qui conduit à Dieu et ce qui en éloigne. C’est donc une expérience qui permet de qualifier la qualité spirituelle des émotions qui nous traversent, pour apprendre peu à peu à choisir celles qui nous conduisent davantage vers Dieu, et en ce sens c’est une expérience qui rejoint nos contemporains. En même temps, elle nous rend sensible à ce qui se passe dans la durée, plutôt qu’à l’immédiateté ou à l’intensité de l’émotion. En effet, certaines idées ou projets provoquent en nous des enthousiasmes, mais qui ne sont qu’un feu de paille: dès que nous cessons d’y penser, nous restons secs et sans élan. Au contraire, d’autres projets nous rendent enthousiastes, mais cet enthousiasme reste présent sous la forme d’une paix heureuse longtemps après avoir cessé d’y penser : ce sont ces seconds projets qui nous disent quelque chose de la vie à laquelle Dieu nous appelle.

De nos jours, les changements rapides induits par les sciences et les techniques, la rapidité des échanges, la fragilisation de l’environnement, mettent à l’épreuve les cadres de réflexion et d’action existants, et souvent, chacun est renvoyé à un discernement afin de choisir ce qui est davantage, comme le dit saint Ignace, « au service et à la louange de Dieu ». Il devient vital d’avoir cette structuration intérieure ainsi que des lieux et des personnes pour la nourrir, la faire vivre. Apprendre le discernement de ce qui se passe en soi, c’est découvrir la possibilité d’un dialogue intérieur avec Dieu. Mais cela ne met pas à l’écart de l’Église, bien au contraire : c’est le même Seigneur qui parle en chacun et qui parle dans le corps ecclésial. Car c’est à une même mission que nous sommes appelés, chacun avec son charisme, et tous ensemble : annoncer au monde la Bonne nouvelle. Pour les jésuites, cela passe par le vœux spécial d’obéissance au pape pour les missions : pour Ignace, la parole du pape incarne l’envoi missionnaire du Christ. C’est ce qui permet un décentrement : écouter en soi cette voix qui indique le Christ, puis se tourner vers lui et, en Église, le suivre.

Quelle mission particulière pour cette spiritualité dans l’Église de demain ?
Il s’agit de revenir aux fondamentaux de nos spiritualités. Une grande mission de réconciliation nous attend : de l’homme avec Dieu, de l’homme avec lui-même, avec les autres, de l’homme avec la création. Les crises que nous traversons sont porteuses de violences, où les hommes s’élèvent les uns contre les autres. Nous pouvons aider à les traverser en demeurant dans la douceur de Dieu, en nous y aidant les uns les autres, et en y conviant les autres autour de nous. Pour œuvrer à la réconciliation, la tradition ignatienne propose une porte d’entrée : aborder l’opinion d’autrui avec un a priori de bienveillance. Quand quelqu’un dit quelque chose, surtout si je ne suis pas d’accord ou si je ne comprends pas, j’apprends à faire un pas de côté, à écouter davantage. Cela permet de mieux comprendre où se situe l’autre, son désir, sa manière de l’exprimer. En retour, je reviens vers mon désir et ce à quoi Dieu m’appelle : cette œuvre de fraternité aide à traverser la crise. Ce qu’il faut garder, c’est cette capacité à formuler nos désaccords sans que cela se transforme en guerre. Les Exercices Spirituels apprennent ce long travail, et appellent à la patience, avec soi-même comme avec autrui. Le désir, comme élan de vie, est bon : mais l’orienter vers Dieu est un long chemin, jamais achevé. C’est ainsi que se construit ce qu’on pourrait appeler une culture de confiance, de sorte que comme le dit le psaume : « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent. »

consolation et action

Consolation et action : la spiritualité jésuite pour aujourd’hui, par Guilhem Causse, Tallandier, 2019, 16,90 euros.

Six façons de trouver un but à sa vie selon saint Ignace de Loyola :
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