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De quoi avons-nous peur ?

Blvdone - Shutterstock
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Incertain de son avenir, notre monde s’angoisse. Les chrétiens n’ignorent pas l’angoisse. Mais c’est celle sans laquelle l’espérance ne serait qu’optimisme.

Notre époque est inquiète. On parle de décadence. Ce n’est pas une nouveauté. Les précédents abondent : depuis le sentiment de fin d’un monde (sinon du monde) lors de la chute de l’Empire romain jusqu’à la « Grande Peur » dans les provinces qui a accompagné et amplifié les événements de 1789 à Paris et à Versailles, en passant par la crainte que soit un châtiment la peste noire s’ajoutant aux misères dues à la Guerre de Cent Ans. Ce qui est toutefois inédit dans l’anxiété contemporaine et sécularisée, c’est qu’elle n’est plus inspirée par un constat que les forces du Mal semblent l’emporter sur celles du Bien. Le trouble vient plutôt du délitement des notions de « bon » et de « mauvais ». Quand on ne sait plus très bien pour quoi vivre ni ce qui y fait obstacle, les peurs sont d’autant plus angoissantes qu’on n’identifie plus ni tout ce qui est en péril ni d’où viennent au fond les menaces. C’est le cauchemar d’une apocalypse dont on exclut qu’elle révèle quelque Vérité que ce soit.

Populistes et élites : mêmes « valeurs »

L’homo economicus qui a émergé victorieux de la Guerre froide n’a pas d’autre raison d’être que de consommer des biens (immédiats et multiples) qui le dispensent de s’interroger sur le Bien (en soi et intemporel). Et parallèlement il sait, parce qu’on le lui répète à l’envi, que sa boulimie risque de bouleverser l’environnement et d’entraîner des catastrophes. Mais une majorité totalement informelle trouve insuffisante sa part du gâteau et estime que c’est à ceux qui contrôlent « le système » et en profitent le plus qu’il revient de se serrer un peu la ceinture pour à la fois corriger les inégalités et parer aux risques de désastre écologique. Il n’y a pas de désaccord sur l’objectif à court terme, qui est la sécurité dans la jouissance.

Comme le fait justement remarquer Olivier Roy dans L’Europe est-elle chrétienne ? (Seuil 2019, p. 90), « le populisme est tout aussi individualiste, hédoniste » et aussi peu conservateur que les élites post-soixante-huitardes actuellement au pouvoir qui prônent le multiculturalisme. « Simplement, les populistes ne veulent jouir qu’entre eux ». Ils s’aperçoivent également que le « bio » est un luxe trop cher pour eux. Par ailleurs, la promotion sociale des minorités sexuelles ne leur paraît pas plus une priorité que l’accueil des migrants. Non qu’ils se déclarent racistes ou s’accrochent à la morale traditionnelle. Mais ceci veut dire que, de même que l’idéal du Bien est remplacé par des « valeurs » empiriquement bricolées, il n’y a pas de consensus sur ce qui est nuisible à l’homme et à la société, tandis que les problèmes déplaisants que posent le vieillissement et la fin de vie sont refoulés autant que possible et traités à un niveau quasi exclusivement technique.

Mieux lire Fukuyama

Pour comprendre cette situation, il suffit de reprendre ce qu’écrivait l’universitaire américain d’origine japonaise Francis Fukuyama dès 1989. Il se demandait si l’effondrement du communisme ne signifiait pas « la fin de l’Histoire ». L’idée était que le libéralisme démocratique n’avait plus d’adversaire et que son triomphe mettait un terme définitif aux affrontements multiséculaires entre les nations déjà absorbées dans l’un ou l’autre bloc idéologique, le monde entier devenant un unique marché. On a pu voir là non seulement une prophétie de la « globalisation » (stimulée par l’essor des communications : transports et médias numériques), mais encore ce qui justifiait les interventions des États-Unis loin de chez eux pour faire respecter l’ordre devenu universel dont ils étaient les champions et les gardiens.

Mais c’était lire un peu vite. Car le titre complet du livre de 1992 développant l’article de 1989 était La Fin de l’Histoire et le dernier homme. Pour Fukuyama, l’homme résultant du renoncement irréversible aux guerres totales était bien installé dans une espèce de « meilleur des mondes possibles ». Mais il y était condamné à « une vie d’esclavage sans maître » par les mécanismes de la consommation, parce que privé de motivation transcendant ses convoitises égoïstes et l’incitant au courage, au dépassement et, si besoin, au sacrifice. La question était même posée de savoir si une irrépressible nostalgie de combats titanesques mobilisant les énergies ne suffirait pas à faire repartir l’Histoire.

L’Histoire n’est pas finie

En fait, tout est allé plus vite encore. L’hégémonie américaine a fait long feu. La Russie ne s’est pas libéralisée et entend se faire respecter. La Chine toujours communiste est montée en puissance économique. La croissance générale est contrariée dans ce qui fut le Tiers Monde par la corruption et par des dictatures incompétentes ou kleptocratiques. Et des guerres, certes localisées, se sont multipliées. Qui plus est, elles sont pour la plupart alimentées par ce qui est appelé en Occident un « retour du religieux ». C’est un phénomène qui fait peur, précisément parce qu’il réintroduit une radicalité du Bien et du Mal alors que « la fin de l’Histoire » était censée ne laisser subsister qu’un relativisme se contentant de « valeurs » sur mesures.

On accuse les médias de profiter l’anxiété. Mais ils ne la créent pas. Ce qu’ils montrent et formulent fait brutalement ressurgir des questions réprimées par le besoin de sécurité dans la jouissance. L’homo economicus se sent agressé et victime tout en culpabilisant un peu d’être pris de court. La presse l’aide alors à s’en sortir en lui offrant quelque bouc émissaire. Cela lui évite d’avoir à trop réfléchir mais accentue son angoisse, car il se sent désarmé devant des « méchants » imperméables à sa logique et enfermés dans leur folie homicide et suicidaire.

De l’angoisse à l’espérance

Aux côtés des pollueurs, exploiteurs, technocrates, fanatiques et envahisseurs pauvres qui revendiquent des droits qu’on n’a pas les moyens de leur reconnaître, l’Église est en bonne place parmi les têtes de turc. Ce qui est ouvertement critiqué ces temps-ci est l’indifférence de sa hiérarchie aux agissements révoltants de quelques rares prêtres. Elle est pourtant loin d’avoir le monopole de ce genre d’abomination. Et il est permis de se demander si l’acharnement contre elle ne vient pas plus profondément de ce qu’elle assure avoir reçu, la révélation de ce qui est bon et mauvais pour l’homme et a de tout autres craintes que la faillite des « valeurs » du modèle libéral-libertaire de la société de consommation.

Or cela ne veut pas dire que les chrétiens n’auraient peur de rien. Ils savent où sont le Bien et le Mal, c’est-à-dire que la grandeur de l’homme réside dans sa liberté et qu’il risque de la perdre en oubliant qu’il la reçoit et est appelé à la partager en se donnant lui-même. Ils savent être eux-mêmes tentés de s’emparer des dons de Dieu et de les détourner en instruments de domination. Mais ils savent aussi devoir et pouvoir, à la suite du Christ, affronter l’épreuve de la désappropriation et l’angoisse qu’elle suscite. L’espérance, qui n’est pas un simple optimisme, naît de cette anxiété-là, laquelle n’a donc pas grand-chose à voir avec la hantise des menaces qui pèsent sur ce monde.

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