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La messe de l’aurore, la plus intime des trois messes de Noël

THE ADORATION OF THE SHEPHERDS

Domaine Public

Adoration des Bergers (1645) - Georges de La Tour

Isabelle Cousturié - Publié le 24/12/18

Si la messe de minuit est bien connue, on oublie parfois qu’elles sont trois messes à célébrer la naissance du Christ. Celle dite de l'aurore, aux premières lueurs du jour, est certainement la plus tangible pour un chrétien

La messe de minuit est terminée. Les portes de l’Église sont refermées et les nefs plongées dans la pénombre, éclairées par les quelques cierges laissés allumés sur le grand autel. Mais dans l’église une poignée de fidèles est restée pour assister à une autre messe, la messe de l’aurore, qui est probablement la célébration la plus intime et la plus familiale pour le croyant. Illustrant déjà le mystère de « la vie donnée », elle fait la jonction entre le passé, le présent et l’avenir.

Le passage des ténèbres à la lumière

Célébrée avant le lever du soleil, cette messe est la troisième des quatre messes célébrant chacune un mystère de la Nativité, entre le 24 au soir et le 25 au matin : la messe dite de « l’Emmanuel » ou messe « de la Vigile », le 24 au soir, dernière cérémonie du temps de l’avent, célébrée au coucher du soleil ; la messe de la nuit célébrant le Christ engendré par le Père depuis le commencement du monde ; la messe de l’aurore célébrant le Christ comme lumière naissante ; et la messe du jour célébrant la naissance du Christ fait homme. Mais de ces quatre messes, seules les trois dernières sont les plus connues. D’où l’appellation un peu générique des « Trois messes de Noël » que l’on appelait jadis « la messe de l’ange », « la messe des bergers » et « la messe du Verbe », symbolisant les trois naissances du Christ : sa naissance éternelle invisible et cachée, sa naissance dans l’âme des fidèles et sa naissance temporelle et corporelle, visible à tous.




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Après l’annonce de la naissance d’un enfant qui, dans le secret de la nuit de Bethléem, « fera se lever une grande lumière sur le peuple », le soleil de justice peut se lever. Les bergers, avertis par les anges, se précipitent à Bethléem et, après avoir vu et honoré le Sauveur, annoncent autour d’eux tout ce qu’ils ont vu et qu’on leur a annoncé (Lc 2, 15-20). La Bonne nouvelle se répand… La messe de l’aurore célèbre ce moment : je reçois la Bonne Nouvelle de cette naissance et je la fais mienne. À chaque Noël, la venue du Seigneur en notre histoire, en notre humanité, devient réalité.

Comme les bergers, nous allons à la crèche à partir de ce que les Anges leur ont dit, introduits auprès de Marie et de Joseph et de l’Enfant-Jésus que nous sommes venus adorer. La scène, pendant la messe de l’aurore, nous est offerte et nous pouvons demander à Dieu de nous aider à agir dans nos vies en fonction de ce que nous y avons vu. Ce moment est important, une étape essentielle avant que le jour se lève : profiter du moment où je me retrouve seul, dans la pénombre et le silence, pour laisser ce qui me touche produire ses premiers effets, pour me laisser interpeler. Car « une lumière nouvelle nous envahit » — dit la prière d’ouverture de la messe de l’aurore — une lumière qui « éclaire déjà nos cœurs par la foi » et nous permet de la faire resplendir dans toute notre vie. Le mystère de la Nativité se déploie. Il se déplace sur l’Homme et les conséquences du don de cet Enfant pour lui.




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Le pape François aime ce temps de silence « avec les bergers ». Lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires, confie-t-il dans un des entretiens avec la presse (Osservatore Romano), « souvent après la messe de la nuit, je passais environ une heure, seul, dans une chapelle avant de célébrer la messe de l’aurore ».

Une martyre à l’origine de la messe

À l’origine, la messe de l’aurore était une célébration que les papes présidaient en mémoire de sainte Anastasie (martyre du IIIe siècle) qui tombe le 25 décembre, et n’avait donc apparemment rien à voir avec Noël. Mais plus tard, cette célébration fut transformée en une seconde messe de Noël, s’inspirant probablement de la coutume de la messe célébrée à l’aube dans l’église de la Résurrection à Jérusalem, et à cause de l’association faite entre le nom d’Anastasie et anastasis (résurrection), explique le père Edward McNamara, L.C., professeur de théologie et directeur spirituel.


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Cette messe était strictement célébrée par les papes avant le lever du jour — Léon XII fut le dernier à pratiquer cet usage exclusif — dans l’église romaine élevée au nom de la Sainte martyre à l’emplacement même de sa maison au cœur de la vieille ville (Palatin), faisant de cette église la première église chrétienne de Rome. L’église existait déjà au temps du pape Damase (312-337) et voué au culte officiel de la cour impériale. Dans la liturgie actuelle, le nom de la Sainte est très peu mentionné, si bien qu’on a pratiquement perdu toute trace des origines de cette messe.

Le martyre de sainte Anastasie remonte au règne de Dioclétien, qui commença vers l’an du Seigneur 287. Élevée dans la foi du Christ, la jeune femme eut beaucoup à souffrir de la brutalité de son époux, un païen, qui s’irritait de sa générosité envers les chrétiens emprisonnés. Après de cruels traitements endurés avec patience, elle fut enfin affranchie du joug qui l’accablait, mais s’étant vouée à la visite et au soulagement des confesseurs de la foi qui remplissaient les prisons de Rome durant la persécution, elle fut arrêtée elle-même comme chrétienne, liée à un poteau et brûlée vive.

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