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Comment Bazin dévoila Foucauld, le « témoin des deux patries »

PD
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Sans René Bazin, les Français ne connaîtraient pas Charles de Foucauld. De cette amitié intellectuelle et spirituelle d’exception, naquit la biographie indépassable du futur bienheureux, « Explorateur au Maroc, ermite au Sahara », publiée en 1921.

À l’occasion du 160e anniversaire de la naissance du bienheureux Charles de Foucauld, il est bon de revenir aux sources. L’académicien René Bazin, dont je suis l’un des arrière-petits-fils, a été le premier biographe de Foucauld. C’est lui qui a attesté la double fidélité, catholique et patriotique, de l’ermite du désert. Livre à succès jusqu’aux années 1945, puis épuisé, il a été réédité à de multiples reprises, depuis 2003, aux éditions Nouvelle Cité et Via Romana, et encore en juin 2017 ! C’est le document de référence. Convaincu qu’il était en présence d’un saint, René Bazin révélait au grand public une figure encore assez peu connue.

Un message d’une brûlante actualité

D’expérience, j’ai la profonde conviction de l’intérêt actuel de Foucauld. Pendant mes quarante-trois années de vie militaire, j’ai servi à plusieurs reprises dans les pays marqués par l’islam, du Maroc aux Balkans, en passant par l’Afrique noire, sans omettre de cette liste l’Europe du XXIe siècle. Au moment où les tensions intercommunautaires se multiplient chez nous, le message de Foucauld apparaît dans toute sa force d’une brûlante actualité.

Sans jamais désavouer — ni même dissimuler quoique ce soit — de ses affinités militaires et de ses convictions patriotiques et spirituelles, Foucauld a réussi à approcher le monde musulman, le connaître et le comprendre, témoignant aux personnes considération et respect de leur dignité, multipliant les actes de charité en toutes circonstances. En retour, il a clairement obtenu l’estime et même l’admiration des musulmans. Prêchant par l’exemple, il est devenu une grande figure spirituelle de notre temps.

Une rencontre inattendue

Pourquoi Bazin s’est-il lancé dans cette biographie de Foucauld, alors qu’il avait près de soixante-dix ans ? La genèse de cette première biographie, c’est la rencontre inattendue de deux hommes, qui se portaient une profonde estime mutuelle : « Pour avoir compris cette âme comme vous l’avez comprise, il fallait lui ressembler », écrivait à Bazin une proche parente de Foucauld. Si Bazin et Foucauld ne se sont jamais rencontrés physiquement, l’écrivain connut une profonde intimité de cœur avec le religieux du désert, à travers leur correspondance, un travail de longue haleine qui a duré près de quatre années, avant la publication du livre en 1921.

Sans tomber dans l’hagiographie facile, on peut faire le constat de certaines similitudes : cinq ans d’écart seulement, mêmes convictions familiales et religieuses, même amour de leur pays ; travailleurs acharnés tous les deux, ils partageaient la même démarche d’analyse scientifique et sociologique. Enfin, les deux hommes sont aussi des voyageurs impénitents, avec la même attirance pour les personnes les plus simples, pour la nature, le silence, la Méditerranée et ses couleurs…

Le rôle de l’abbé Huvelin

Comment ces deux hommes d’exception se sont-ils rencontrés ? En 1907, Charles de Foucauld écrit une lettre prémonitoire à son directeur spirituel, l’abbé Huvelin de la paroisse Saint-Augustin à Paris, qui a été l’instrument de sa conversion. Il exprime le souhait d’un bon livre, écrit par un laïc pour émouvoir sur la condition misérable des populations d’Afrique. L’abbé lui répond : « Un seul nom me vient à l’esprit : l’auteur des Oberlé, M. Bazin. »

Il y a aussi un échange moins connu : quelques mois avant d’être assassiné en 1916, Foucauld déclare à Massignon : « Il est un homme… dont les écrits sont en grande harmonie avec mes pensées : M. René Bazin. Je lui ai écrit récemment, lui demandant de nous aider dans l’œuvre de christianisation de nos sujets infidèles. » Enfin, il faut citer la longue lettre de Foucauld à Bazin, datée du 29 juillet 1916, diffusée un an plus tard par le bulletin du Bureau catholique de presse en octobre 1917, sur la France et l’islam.

« Compagnon de caravane »

Évoquons encore les démarches croisées, à partir de 1917 de Louis Massignon et du père Girault — Père blanc et ami d’enfance de Bazin, au petit séminaire de Mongazon à Angers, pour convaincre l’académicien de se lancer dans la biographie de Foucauld. C’est un appel à la France qui n’a pas rempli tout son devoir envers les peuples d’Afrique française, en délaissant l’éducation et l’évangélisation. Dans ce contexte, il s’agissait d’une requête de la compagnie des Pères blancs, qui, à la suite du cardinal Lavigerie, a été fondée pour l’évangélisation du monde musulman.

À l’occasion de la réédition de la biographie, le cardinal Poupard, aujourd’hui président émérite du Conseil pontifical de la culture et du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, déclarait : « C’est pour moi une joie profonde de présenter la réédition de l’ouvrage de René Bazin, publié en 1921. René Bazin, mon compatriote, esquisse magnifiquement la biographie de Charles de Foucauld, […] pages lumineuses au style incomparable. Cet ouvrage remarquable m’a donné, voici bien un demi-siècle, de découvrir et d’aimer Charles de Foucauld. » Le cardinal employait aussi cette image : « René Bazin fut un peu un compagnon de caravane de Charles de Foucauld » au service des peuples d’Afrique tellement démunis et éprouvés.

L’apôtre de l’amitié

En fait, Foucauld s’était déjà révélé, comme jeune officier en Algérie dans les années 1880, un excellent soldat. Dévoué pour ses hommes, il savait se faire aimer. De ces peuplades arabes, il voulait comprendre la culture. Il n’est pas allé au Maroc en dilettante, comme tant de touristes sans culture. À propos du Maroc, on se réfère aussitôt au maréchal Lyautey, ami de Bazin à l’Académie française, qui écrivait : « Être colonial, c’est faire de l’amitié. Je ne suis pas venu annexer des terres, mais rallier des âmes. »

Pour conclure, rappelons simplement que la conversion de Foucauld fut le fruit d’un long cheminement personnel, de l’ombre à la lumière, entretenu par une recherche assidue et volontariste. J’y ajoute l’accompagnement irremplaçable de sa famille.

Son témoignage demeure aujourd’hui celui d’un exemple réussi de simplicité et sobriété, constantes et légendaires, avec l’apostolat de l’amitié ; sans omettre son rayonnement missionnaire : il défriche, il suscite l’amitié et l’admiration par son exemple, précisément parce que jamais, il ne renie sa foi. Recherche du silence et abandon à la volonté du Père… un témoin engagé pour ses deux patries, celle de la terre et celle du ciel.

Charles de Foucauld, explorateur au Maroc, ermite au Sahara, René Bazin, Nouvelle Cité, réédition 2003, 543 pages

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