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PMA, fin de vie… les Français loin du consensus

BLANCHE STREB
Corinne SIMON I CIRIC
Blanche Sreb, directrice des études chez Alliance VITA.
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Blanche Streb, directrice de la formation et de la recherche d'Alliance VITA, revient pour Aleteia sur le rapport de synthèse des États généraux de la bioéthique que le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu public ce mardi 5 juin.

Elle se donne, se transmet, se soigne et, un jour, se quitte. Elle ? C’est la vie. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), présidé par Jean-François Delfraissy, a rendu public son rapport de synthèse des États généraux de la bioéthique qui se sont tenus autour du thème « Quel monde voulons-nous pour demain ? ». En quelques 200 pages, ce rapport synthétise les 270 débats organisés dans toute la France entre janvier et avril, les 154 auditions de professionnels, associations et responsables des cultes et les réactions de plusieurs dizaines de milliers d’internautes recensées sur Internet.

« Le CCNE s’est donné pour mission de produire un rapport de synthèse rendant compte objectivement de la consultation citoyenne, destiné à éclairer les acteurs publics qui porteront, à l’issue des États généraux, la révision de la loi de bioéthique », précise le document en introduction. « Pour cela, le présent rapport relate l’ensemble des arguments entendus au cours du processus, par thématique et par type d’acteurs mobilisés. » Blanche Streb, directrice de la formation et de la recherche chez Alliance VITA – qui fait partie des associations auditionnées par le CCNE – et auteur d’un livre intitulé Bébés sur mesure : le monde des meilleurs revient pour Aleteia sur ce rapport.

Aleteia : Le rapport du CCNE vous semble-t-il fidèle aux échanges qui ont eu lieu lors des Etats généraux de la bioéthique?
Blanche Streb : Ce document est dense, il expose et résume les nombreuses contributions, et révèle un certain nombre de problématiques et des éléments contradictoires de manière, semble-t-il, assez transparente. De nombreux enjeux éthiques, pas tous mais beaucoup, ont été mis en évidence durant ces États généraux et semblent se retrouver dans le rapport. À sa lecture, qui méritera dans les jours qui viennent une fine analyse, on ne peut que constater qu’il y a du « bon sens éthique » de la part des citoyens quand il s’agit de sujets qu’ils connaissent. Il ressort aussi que les français sont attachés à des principes fondamentaux comme l’intérêt supérieur de l’enfant et son droit à ne pas être privé d’un de ses parents. On voit également qu’il y a des inquiétudes fortes sur les dérives possibles des biotechnologies : « transhumanisme, eugénisme, création d’embryons à partir de gamètes et d’embryons chimériques, différenciation en gamètes des cellules souches, « clonage »reproductif. Sur tous ces points, une demande consensuelle est que la loi pose des limites à ne pas franchir » précise ainsi le rapport. Il est notable de relever qu’en introduction le CCNE rappelle que ces questions touchent « directement le « noyau dur » de l’humain, raison pour laquelle il est essentiel que chacun se sente concerné ». Le comité légitime ainsi la parole de chacun sur des sujets aussi importants, qui concernent vraiment toute la société et pas uniquement l’une ou l’autre minorité se prétendant « l’unique concernée » autorisée à s’exprimer. Enfin, c’est rassurant de relever que la notion de non-marchandisation du corps humain ressorte parmi les valeurs et principes fondamentaux à protéger. C’est un principe qui devra donc être défendu avec fermeté par le CCNE, nous allons être vigilants à ce qu’il le soit vraiment !

Dans ce document il n’y a pas de prise de position ou de préconisation (ce sera le rôle de l’avis du CCNE rendu fin septembre). Que pensez-vous de cette méthode, à savoir lister les arguments des uns et des autres sans hiérarchie ?
C’est tout l’objet de ce rapport, nous espérons qu’il soit d’ailleurs un état des lieux objectif de ce qui s’est exprimé dans ces états généraux. Consulter les Français sur ces sujets est une bonne chose, c’est même indispensable puisque cela concerne l’humain, et concerne donc chacun ! Certes, cette méthode est limitée, imparfaite, car il est parfois difficile pour les personnes d’appréhender toute l’épaisseur, la complexité et les implications des problématiques bioéthiques en l’absence d’explications approfondies. Pourtant on voit bien que lorsque l’on se donne la peine d’expliquer les enjeux, le bon sens éthique suit. Ces États Généraux ont suscité le désir de formation de beaucoup de français. Le président du CCNE se félicite de « ce temps de démocratie sanitaire », du nombre de contributions et des nombreux débats en région, mais il précise en même temps en relativiser « le poids contributif »…  Il est compliqué de juger les intentions et de prédire ce qui sera fait de tout ce travail. En tout cas ce rapport démontre des rapports de convictions et atteste les principes auxquels sont attachés les Français et qui devront être entendus. Une majorité, par exemple, est opposée au fait de quitter le cadre actuel de l’AMP pour l’ouvrir aux femmes seules ou en couples. Si cette position qui émerge n’est pas respectée, ce serait un déni de démocratie dont notre pays n’a pas besoin.

RAPPORT DE SYNTHÈSE DU COMITÉ CONSULTATIF NATIONAL D’ÉTHIQUE
Le rapport relève l’existence de « points de tension » sur deux sujets principaux : la PMA et la fin de vie. Pourquoi ?
Ce document confirme que la PMA et la fin de vie ont été les sujets les plus débattus de ces États généraux. Une majorité de Français demande à ce que les droits de l’enfant soient respectés. Autoriser la PMA pour toutes basculerait vers un nouveau paradigme de la médecine au service des désirs individuels. Ce n’est pas ce que les Français attendent. Sur la fin de vie, le rapport du CCNE confirme que s’il n’y a « aucun consensus sur le suicide assisté et l’euthanasie », il existe « une ferme opposition à ses pratiques de la part des professionnels de santé», donc des personnes confrontées aux réalités de la fin de vie dans leur travail quotidien. En parallèle la majorité des Français se rejoignent sur l’idée qu’il faut développer les soins palliatifs.

Pendant ces États généraux, les Français semblent s’être moins emparés des sujets liés au progrès de la science (recherche sur l’embryon, médecine génomique, don d’organes, intelligence artificielle, neurosciences…). Comment l’expliquez-vous ?
Les Français ont fait part de leurs craintes en ce qui concerne l’eugénisme et les dérives du transhumanisme. Mais beaucoup de sujets liés à la science ont été mal ou peu traités, car ils sont compliqués et pas assez connus. Je pense notamment à la FIV-3 Parents, aux gamètes artificiels, à la modification du génome. Ce sont pourtant des questions bioéthiques très importantes qui portent d’importantes implications pour le futur, notre regard sur la procréation humaine et « ce monde que nous voulons demain »….

Globalement, le rapport de synthèse du CCNE peut-il changer la donne ? Avez-vous l’impression d’une volonté de diabolisation de certaines parties prenantes ?
Ancien président du CCNE, le professeur Didier Sicard a dénoncé la tentative de diabolisation des opposants à la PMA pendant les débats. C’est le sujet sociétal le plus sensible car il suscite le plus d’émotion. On constate qu’il y a une tentative de museler ceux qui défendent le droit pour tout enfant, dans la mesure du possible, de connaitre ses parents et d’être élevé par eux, proclamé par la Convention internationale des droits de l’enfant, rappelons-le. Pour cela est évoqué, injustement et de manière caricaturale, une soi-disante homophobie, alors même que les problématiques – PMA pour femmes seules, GPA, sélection embryonnaire,  embryons congelés, marchandisation des gamètes etc-  sont des enjeux éthiques majeurs qui ne se résument pas à la question de l’homosexualité ! Les procédés victimaires, tristes et regrettables, ne sont pas à la hauteur de ce travail de réflexion essentiel à mener, il y a des limites sur lequel nous devrions tous nous accorder ! Finalement, le président du CCNE L’atteste, nous constatons que ce qui ressort de ces États Généraux est qu’il n’y a pas de consensus sur la « PMA pour toutes », dont, finalement, seule une petite minorité exige son extension. A la suite de cette consultation citoyenne qui « retiendra aussi que le respect du droit à la différence et la protection des plus faibles, des plus vulnérables, sont largement ancrés dans la société aujourd’hui » nous serons vigilants et nous attendons de la politique qu’elle réaffirme que la loi bioéthique n’est pas aux ordres du marché, des désirs individualistes ou des délires transhumanistes, mais au service de la protection des personnes et du bien commun.

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