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Rieurs de tous pays, unissez-vous !

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De Kamil Macniak | Shutterstock
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Entre la journée du Nutella et la journée des droits d’auteur s’est glissée, ce dimanche 6 mai, la Journée mondiale du rire. Venue d’Inde, cette initiative suivie en France depuis 2003, est censée amener à la paix. Rieurs de tous pays unissez-vous !

Le rire, cause internationale, oui, pourquoi pas ? J’écrivais il y a un an dans mon livre que « le rire a déjà trop souvent disparu. On le confine dans les maisons, au coin du feu dans les caves à bon vin, sous la tente hissée sur la lande déserte, sous la couette une fois les voisins endormis. Et parfois, pour que les yeux ne parlent pas à notre insu, on les ferme sur un rire intérieur ». Il n’y a rien à changer. Humoristes et pamphlétaires sont plus souvent encore aujourd’hui qu’hier mis en examen, accusés d’inciter à la haine envers des catégories grandissantes de la population, y compris récemment la moitié de celle-ci : les femmes !

Rabelais écrivait pour justifier sa littérature populaire, moqueuse et jouissive, « en ce que le rire est le propre de l’homme ». Défendre le rire, c’est donc lutter contre tous les tartuffes et les humanistes autoproclamés de notre époque qui, en le censurant, le pénalisant, l’incriminant ou en l’étouffant, récusent tout simplement notre humanité.

Ambivalent et mystérieux…

Mais la tâche est plus ardue qu’il n’y paraît, car l’image du rire est ambivalente. Attirante et positive quand on rit « de bon cœur » ou « à gorge déployée », elle est aussi négative car il est volontiers « iconoclaste », « sardonique », « insolent ». Et puis son mécanisme est mystérieux. Tant de philosophes ont essayé de trouver ses causes. Pour Pascal, il résulte d’une détente après une frayeur, ou lors d’une contrainte de situation trop forte qui provoque l’irrésistible « fou rire » ; pour Bergson, il naît d’une contradiction entre les faits et les idées, entre l’attente et l’événement ; pour Alfred Binet, du défaut de congruence du réel, de la disproportion surprenante entre ce qu’on attend et ce qu’on voit.

… dérangeant ou indécent

Dans une société aux règles de bienséance exigeantes, le rire est dérangeant, incongru. Les « éclats de rire », bruyants, spontanés, incontrôlables dérangent l’ordre établi. On peut aussi le trouver méchant. Comme l’a si bien noté Bergson, on rit quand l’homme qui roulait bien droit sur son vélo tout à coup tombe. Mais ce rire, effet mécanique et passager de la rupture d’équilibre, s’éteint de lui-même si la farce tourne au drame.

Autre grief, il est « indécent ». Pour l’islam, c’est devenu, avec sa fondamentalisation, vraie. Il est interdit de rire en public en république islamique d’Afghanistan et les brigades vertes de l’ordre moral qui sillonnent les rues s’arrêtent pour punir du fouet les contrevenants : « Une femme doit conserver une droiture morale, elle ne doit pas rire fort en public », a affirmé récemment le vice-premier ministre turc, Bulent Arinç

Mais il faut noter que le rire en public n’était pas non plus jadis recommandé chez les jeunes filles de bonne famille. Il a un côté viril, paillard. « Le propre de l’homme », aux dires de Rabelais, il serait moins celui de la femme. Le rire est présumé réveiller les libidos endormies. Et la fille qui rit trop serait une fille facile.

Masque éclatant de la liberté

Pourtant il est inscrit au plus profond de notre culture. De notre culture grecque bien sûr. Les gradins de l’antique théâtre d’Épidaure résonnaient des rires qu’Aristophane déclenchait par ses désopilantes comédies. Cela servait aussi à critiquer le pouvoir, car l’humour est le masque éclatant de la liberté de penser. Dans ce haut-lieu de délassement, dédié à Esculape, le rire était même l’élément d’une thérapeutique générale, du corps et de l’esprit.

Mais de notre culture chrétienne aussi. Certes le rire émoustille les sens, et certains saints austères ont sévèrement mis en garde contre son usage immodéré. Saint Jean Chrysostome est particulièrement sévère avec le rire dans lequel il voit, s’il moque les choses sérieuses ou sacrées, la « marque du démon ».

Un devoir chrétien

Mais le bon rire, le rire de joie est aussi un devoir du chrétien. La décoration des chapiteaux des églises, les gargouilles qui rappellent les masques facétieux de la Grèce antique, ou encore les figures des « mystères » joués sur le parvis des églises montrent une aptitude à la fantaisie, un goût du burlesque, voire du grotesque, qui a fait du catholicisme une réalité charnelle et vivante.

Le christianisme a ses « fous chantants » qui purent néanmoins être saints. Saint François bien sûr, que sa pauvreté absolue inondait de joie. Il a aussi ses prêtres joyeux qui chantent et jouent. Et ce ne sont pas ceux qui entraînent le moins les cœurs des fidèles vers Dieu. Il n’était que de voir l’église Saint-Vincent-de-Paul-des-Réformés pleine à craquer tous les dimanches à Marseille, ou la prolifération des couvents franciscains dans le monde.

Le rire de Jésus ?

« Dans les Évangiles on ne voit pas le Christ rire », objectent certains. Mais peut-on en être si sûr ? Lorsque dans la maison du très convenable Siméon il défend la belle prostituée qui lui inonde les pieds de son très onéreux parfum… Lorsque, parce qu’il n’y a plus de vin au mariage il transforme en vin l’eau… des ablutions rituelles ! Lorsque saint Pierre, voulant le rejoindre, s’élance vers lui sur l’eau… et coule ! Lorsqu’il guérit le jour du sabbat le paralytique devant les têtes ahuries et réprobatrices des pharisiens ? Lorsqu’il voit repartir piteux, un à un, les hommes réunis en cercle pour faire mourir sous les jets de pierres la femme adultère ?

Thomas More, le saint patron des politiques, écrivait dans Utopia : « On me reproche de mêler bourrades, facéties et joyeux propos aux sujets les plus graves. Avec Horace, j’estime qu’on peut dire la vérité en riant. Sans doute convient-il mieux au laïc que je suis de transmettre sa pensée sur un mode allègre et enjoué, plutôt que sur le mode sérieux et solennel à la façon des prédicateurs. » Et dans sa Prière pour obtenir l’humour :

« Donne-moi une âme qui ignore l’ennui,
le gémissement et le soupir, Seigneur,
donne-moi l’humour
pour que je tire quelque bonheur de cette belle vie
et en fasse profiter les autres. »

Chancelier d’Angleterre, Thomas More mourra en martyr de sa foi pour avoir résisté à l’hérésie de son roi, Henry VIII d’Angleterre. Ce qui prouve que le rire n’exclut nullement ni la gravité, ni l’héroïsme, ni la foi ardente.

Érasme dans son Éloge de la folie Moria en latin —, dédié malicieusement à Thomas More, écrit : « Il faut la folie et son frère le rire » pour supporter que « naissent dans la douleur les enfants que le plaisir engendre », pour que « l’enfant et le vieillard supportent leur faiblesse », pour que « chacun s’aime malgré ses disgrâces » et que « tous aiment la vie, quelque tragique qu’elle soit ».

Pour sceller l’amitié

Parenthèse bienvenue dans la tristesse de nos vies qui se heurtent chaque jour à l’imperfection de ce monde, au conflit, à la séparation, au deuil, le rire est aussi émerveillement devant la Création. Il est la fleur qui jaillit, si fraîche et tendre, dans les anfractuosités du rocher gris, et immobile, image de la grâce face à la pesanteur. L’enfant rit très tôt, avant même de parler. Car le rire vient d’un chatouillement de l’esprit qui accompagne la joie d’apprendre, de découvrir, d’aimer, et compense les tensions des efforts que ces actes induisent.

De plus le rire est contagieux, et scelle selon Aristote la philia, l’amitié, qui doit unir les citoyens. Raconter des histoires drôles, faire un trait d’esprit qui rend les autres joyeux fait pâlir dans un décor lointain les tristesses accumulées. Est apprécié en société celui qui a toujours « le mot pour rire ». S’oublier pour rire, s’oublier pour faire rire. Ces rires-là, venus du cœur, sont comme une fenêtre ouverte sur l’éternité.

Surtout, ne vous arrêtez pas de rire, Catherine Rouvier, Éditions Godefroy de Bouillon, mars 2017, 90 pages, 15 euros

Tags:
rire
Avocat, maître de conférences à l’Université d'Aix-en-Provence, auteur de Surtout, ne vous arrêtez pas de rire ! (éd. Godefroy de Bouillon, 2017).
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