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Le père Gaston Fessard, cet auteur qui a inspiré le pape François

POPE FRANCIS

Antoine Mekary - Aleteia

Kévin Boucaud-Victoire - Publié le 11/01/18

Philosophe et théologien, le père Gaston Fessard a développé une philosophie de l’histoire chrétienne originale, grâce à laquelle il a su identifier les erreurs du nazisme et du communisme.

Dans un entretien accordé à la chaîne EWTN en décembre 2017, l’archevêque Christophe Pierre, nonce apostolique français aux États-Unis, explique que le père Gaston Fessard serait « le premier auteur important ayant contribué à sa formation [du pape François] ». L’occasion de se replonger dans la pensée de ce jésuite philosophe et résistant.

Appel à la résistance sous l’occupation

Né en 1897, le père Gaston Fessard a été en novembre 1941 le rédacteur du premier numéro des Cahiers du Témoignage chrétien, fondé par prêtre le jésuite Pierre Chaillet, devenu par la suite Témoignage chrétien.  Sous-titré « France, prends garde de perdre ton âme », le journal appelle à s’opposer au nazisme et au régime de Vichy au nom des valeurs chrétiennes. Le jésuite s’inspire des écrits de Carl von Clausewitz, théoricien militaire et politique de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Selon ce dernier, il convient d’obéir au prince lorsqu’il reste souverain et agit au nom du bien commun, mais la résistance s’impose au « prince-esclave » dont la souveraineté est limitée et l’action dictée par l’occupant. Pour Fessard, le régime de Vichy est clairement un prince-esclave.




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Il rédige à la même période Autorité et Bien commun, qu’il publie en 1944. Ce « petit chef-d’œuvre de réflexion politique », selon le père Frédéric Louzeau dans sa préface de la réédition de l’ouvrage en 2015 (Ad Solem), s’interroge sur l’avenir de notre société. « Vouloir de sa propre fin » et « médiatrice du Bien commun », l’autorité, qui est réalité multiple, a pour mission, selon le jésuite, de préserver le lien social. Si le Bien commun se définit comme l’amour. La bonne autorité est alors celle qui se donne cette dernière pour la fin, ce qui n’est pas le cas du régime de Vichy. Le père Gaston Fessard prend comme exemple l’autorité du maître, qui abolit la hiérarchie qui le sépare de son disciple, en le rendant aussi savant que lui. Le jésuite y affirme aussi la dialectique originale, inspirée par Hegel et saint Ignace de Loyola, qui accompagne le restant de son œuvre.

Trois dialectiques

Il retient les exercices spirituels du fondateur de la Compagnie de Jésus, qui se composent de médiations systématiques et progressives et représentent pour lui une grande élévation spirituelle. Chez le philosophe allemand, c’est sa dialectique du maître et de l’esclave (ME), méthode d’analyse permettant de comprendre comment l’opposition de deux contraires comme étant le moteur de l’histoire, qui l’intéresse. De ces deux réflexions, il formule deux nouvelles dialectiques : celle entre homme et femme (HF) et celle du païen et du juif (PJ), qui s’ajoutent à celle de Hegel. Selon lui ces trois dialectiques qu’il perçoit dans les lettres de l’apôtre Paul, sont fondamentales pour comprendre « les trois histoires » naturelle (HF), humaine (ME) et surnaturelle (PJ). Or, Jésus est celui qui a réconcilié ces trois dialectiques. Dans la lettre de saint Paul aux Galates, l’apôtre explique ainsi : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ ».




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Selon lui, ces trois dialectiques sont universelles, même si, comme le relève Ana Petrache dans Fessard, un chrétien de rite dialectique (éditions du cerf, 2017), la dialectique du païen et du juif est « le point central de son analyse sur le mystère de la société, car elle est capable de dépasser les deux autres ». Les identifier lui permet de renvoyer dos-à-dos deux idéologies, même s’il ne les mets pas exactement sur le même pied d’égalité, qui ont pu séduire les chrétiens de son époque : le nazisme et le communisme.

Des mises en garde et un appel à l’engagement chrétien

Ainsi, le nazisme serait le projet d’une société de maîtres, quand le communisme serait le projet d’une société d’esclaves. De même, « le nazisme par l’interdiction de tout commerce sexuel entre le peuple des maîtres et les nations d’esclaves tend à constituer celui-ci comme un Homme sans Femme, et d’autre part, la suppression de tout État, visée par la société sans classes, tend à constituer celle-ci comme une Femme sans Homme ». Enfin, comme le souligne Ana Petrache, le nazisme « réunit  l’idolâtrie païenne de la race, le culte païen de la nature et le sentiment de l’élection juive. La logique nazie arrive à la conclusion qu’il est impossible d’avoir deux peuples élus, d’où la nécessité d’exterminer le « faux » peuple élu. »

De même, « le communisme est l’idéologie qui unifie le millénarisme juif à l’idolâtrie de la classe, tout en gardant le sentiment de l’élection juive et le rationalisme de celui qui rejette Dieu pour se donner sa propre loi. » De manières symétriques, les deux idéologies, pour le père Gaston Fessard, se trompent sur la nature des choses et se condamnent à l’échec. Il met à nouveau en garde les catholiques vis-à-vis du communisme dans Chrétiens marxistes et théologie de la libération, qui paraît juste après sa mort en 1978 et développe la même argumentation. Des mises en garde qui se couplent avec un appel à l’engagement chrétien.

Enfin, le père Gaston Fessard ne fait pas dans l’ »anti-communisme primaire », comme le relève le père Frédéric Louezau dans L’anthropologie sociale du père Gaston Fessard. Au contraire, pour lui, « la fracture entre l’Église et la société ouvrière » est due au rapprochement entre le catholicisme et « la bourgeoisie voltairienne et de Thiers ». D’après lui, les catholiques auraient fini par mettre de côté « les exigences de leur foi ». Il leur rapproche alors d’être « fascinés par la défense de l’ordre social, au point d’en oublier toute réforme efficace. » Pour contrer le marxisme, l’Église devrait, selon lui, retrouver l’esprit de L’Ere nouvelle, journal fondé en 1848 par l’économiste Charles de Coux, l’abbé Maret et Frédéric Ozanam, également fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul quelques années plus tard, pionnier du catholicisme social.

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