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Mgr de Sinety raconte comment il a préparé les funérailles de Johnny Hallyday

Johnny Hallyday

LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Mgr Benoist de Sinety

Kévin Boucaud-Victoire - Publié le 15/12/17 - Mis à jour le 21/12/17

Mgr Benoist de Sinety, vicaire général de l'archidiocèse de Paris, raconte aux lecteurs d'Aleteia comment il a préparé les funérailles de Johnny Hallyday.

Le 9 décembre dernier, Mgr Benoist de Sinety a été entendu par des millions de téléspectateurs. Le vicaire général de l’archidiocèse de Paris présidait la célébration en hommage à Johnny Hallyday. Il y a prononcé une homélie remarquée. Un événement sur lequel nous voulions revenir avec lui.

Aleteia : Vous avez présidé la cérémonie religieuse en hommage à Johnny Hallyday. Comment avez-vous été choisi ?
Mgr Benoist de Sinety : Cela s’est passé comme pour tous les autres enterrements. La famille et moi avons été mis en contact par un ami en commun. C’est ce qui se passe quand la famille n’est proche d’aucun prêtre.

Préparer une homélie en sachant que des millions de personnes la regarderont, qu’est-ce que cela change ?
Cela n’a pour moi absolument rien changé. Je ne savais pas au départ que la cérémonie serait suivie par autant de monde, même si je me doutais qu’il y en aurait plus qu’à l’habitude. J’ai donc préparé normalement mon homélie, en rencontrant la famille du chanteur auparavant.

Connaissiez-vous bien l’œuvre de Johnny Hallyday ou sa vie ?
Je le connaissais comme tout le monde. Je connaissais quelques chansons et le personnage médiatique, mais pas plus qu’un autre. Je l’ai cependant un peu écouté dans ma jeunesse et je me suis même rendu, il y a un moment, à un concert.




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Cette homélie était-elle pour vous une occasion d’évangéliser ?
Ce genre de cérémonies funéraires sont toujours une bonne occasion pour évangéliser, car ce ne sont pas des fidèles qui viennent à l’église. C’est l’occasion de toucher en dehors des milieux catholiques. Là, je savais en plus qu’il y aurait un peu plus de monde qu’en temps normal.

Lors de votre homélie, vous avez fait des références à deux chansons de Johnny : « Que je t’aime » et « Avec une poignée de Terre ». Pourquoi ?
Lorsqu’on prépare ce type d’homélie, il faut toujours chercher dans la vie du défunt des éléments spirituels qui pourraient toucher l’assistance. Dans le cas d’un chanteur connu, il est alors naturel d’aller chercher dans son répertoire. J’ai découvert « Avec une poignée de Terre », lors de ma préparation. J’ai écouté sur YouTube et les paroles m’ont plu. Pour « Que je t’aime », il s’agit d’une chanson emblématique que tout le monde connaît, donc moi. Je l’ai choisie parce qu’elle parle d’amour, qui est la base de l’Évangile.

Justement, votre homélie sonnait comme un hymne à l’amour. Parlant de Johnny vous dites : « À sa manière, tout au long de sa vie, il a cherché l’amour et il a compris que le moyen le plus certain d’y parvenir était d’aimer, d’aimer sans compter, d’aimer toujours ». En quoi Johnny est un exemple d’amour ?
Johnny n’était pas « un exemple d’amour ». Mais comme tous les hommes, il aimait et aspirait à être aimé. L’amour est la chose la plus importante pour tout homme. Cette dimension se retrouvait dans ses chansons. Il était aussi beaucoup aimé. C’est pour cela que j’ai insisté sur ce point.


CROSS JOHNNY HALLYDAY

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Et qu’avez-vous trouvé de spirituel dans « Avec une poignée de Terre », du coup ?
Dans cette chanson, Johnny évoque explicitement la création du monde par Dieu. Depuis, il parle du « Seigneur ». Il s’agit d’une belle illustration de l’évolution de notre époque. En 1961, année où Johnny interprète cette chanson, il est alors possible d’évoquer le Seigneur. Quelques décennies plus tard, c’est devenu impossible. Cela ne viendrait pas à l’esprit du chanteur, le public n’apprécierait pas et les producteurs ne laisseraient pas passer.

Le rapport du chanteur à la foi a toujours été compliqué. Il a même failli être excommunié dans les années 1970. Johnny était-il vraiment chrétien ?
Il a eu un chemin très compliqué avec Dieu. Mais c’est pareil pour beaucoup d’autres personnes. On en parle parce qu’il est connu. Mais plein d’autres gens ont des parcours similaires, faits de doutes. Certes, certains ont un chemin qui reste rectiligne du début à la fin. Néanmoins, il ne s’agit pas de la majorité. Johnny était juste un homme comme les autres. On peut toutefois dire que sa famille a voulu qu’il ait un enterrement chrétien avec une liturgie classique, contrairement à beaucoup qui ont des demandes extravagantes. Il s’agit peut-être du plus beau témoignage de sa foi.

Mais s’agit-il d’une vraie demande de Johnny ou d’une demande de sa famille ?
En tout cas, il n’a jamais exprimé de vœu contraire. Je pense que cela vient bien de lui.

L’hommage à Johnny, l’« idole des jeunes » ne tourne-t-il pas à l’idolâtrie ?
Cette tentation est toujours présente. Dès qu’on aime quelqu’un, on peut être tenté de l’idolâtrer. C’est surtout vrai pour ceux qui manquent d’enracinement et de spiritualité. Cette tendance doit se retrouver chez certains fans. Mais il semble que Johnny ne voulait pas qu’on l’idolâtre. Enfin, la mort rappelle toujours l’homme à sa condition.




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Cette tendance à l’idolâtrie n’est-elle pas encouragée dans notre société entre le star-system et la télévision ?
Non, c’est une tendance vieille comme le monde. C’est pour cela que dans les dix commandements, Dieu énonce : « Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi » (Exode 20, 3). Il faut voir que nous pouvons idolâtrer autre chose qu’une star : soi-même, un proche ou l’argent. Nous n’avons donc pas besoin de télévision pour cela. Aujourd’hui, nous idolâtrons les chanteurs et les joueurs de foot, à Rome, ils idolâtraient l’Empereur et les gladiateurs.

Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire. 

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