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Et si Gunter Pauli avait trouvé la solution pour réconcilier économie et environnement ?

Stephan Röhl | Creative Commons BY-SA 3.0
Gunter Pauli
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Gunter Pauli est un personnage hors du commun. Apôtre des solutions industrielles "zéro pollution", il est à l’origine de quelques 200 projets de développement durable innovants sur tous les continents. À travers de nombreuses fondations, il a suscité ces dernières années cinq milliards d’euros d’investissement, créant ainsi des milliers d’emplois.

« La nature excelle en termes de créativité, d’adaptabilité et d’abondance. On peut l’imiter pour parvenir à une économie non polluante, créatrice d’emplois, de cohésion sociale et même de valeur ». Voilà le crédo de Gunter Pauli, un industriel belge de 56 ans. Cette vision, qu’il appelle « économie bleue », il la porte à travers le monde depuis plus de cinq ans. Et elle semble faire des émules. Son ouvrage éponyme se serait vendu à plus d’un milliard d’exemplaires selon lui et sa théorie inscrite au programme obligatoire de 340 millions d’élèves chinois. Suffisamment vertigineux pour qu’Aleteia s’y intéresse.

« L’économie actuelle est une économie rouge basée sur des économies d’échelle qui ignorent totalement les conséquences induites et empruntent tout et à tous en dépouillant la nature sans penser à rembourser un jour », constate cet entrepreneur, membre par ailleurs du Conseil d’administration de la Fondation science et foi du Conseil pontifical pour la culture. « On a bien pensé à une alternative avec l’économie verte et le bio, reconnaît-il, mais les nouveaux investissements qu’elle induit conduisent les consommateurs à payer plus cher des produits équivalents ou moindres qui seraient soucieux de l’environnement. Or ce qui était une gageure en période de richesse est devenu quasi-impossible en temps de crise. »

Une économie qui s’appuie sur la nature

Aussi, une autre solution s’est imposée à lui. Celle d’une économie qui s’attacherait à régénérer les flux infinis de la nature en s’appuyant sur la science et sur les atouts de chaque situation locale. L’économie bleue. « Il faut suivre la sagesse des écosystèmes qui fournissent énergie et aliments, recyclent les déchets, répondent aux besoins de tous et se régénèrent sans cesse, justifie-t-il. Il faut mettre en place de nouvelles solutions intelligentes et adaptées à chaque situation locale en concevant des cycles de production inspirés du fonctionnement de la nature où il n’y a jamais de déchets et où tout est recyclé dans un processus harmonieux. »

Le secret de Gunter Pauli est – après avoir été le leader de l’équipe scientifique du protocole de Kyoto – de pouvoir s’appuyer sur les connaissances et informations des 3 000 chercheurs. Ce comité scientifique le bombarde d’idées nouvelles : jamais on n’a eu autant de savoir sur les animaux, les plantes, les matériaux, les processus physiques et chimiques et c’est toute cette science nouvelle qui permet de construire des solutions qui surperforment sur le plan économique, en trouvant le moyen de recréer dans les écosystèmes ces cycles comparables aux cycles naturels où chaque production profite des autres.

Un comité d’entrepreneurs

Il s’appuie également sur un comité des entrepreneurs qui rassemble les chefs d’entreprise qui ont travaillé avec lui et qui ont une expérience de terrain. C’est avec leur avis qu’il prend les décisions d’investissement rapidement, au jugé, sans jamais faire de business plan, d’étude de marché ou d’analyse de faisabilité, en dépassant les blocages et les a priori des administrations ou des grands groupes et en combinant à chaque fois en même temps six à sept projets complémentaires.

À l’heure où 15 000 scientifiques viennent de signer un cri d’alarme sur l’état de la planète qui propose comme solution une réduction de la population de la planète, Gunter Pauli estime quant à lui à l’inverse que l’on pourrait sans problèmes nourrir dix milliards d’hommes sur la terre si l’on se mettait dans cette nouvelle logique de l’économie bleue et les exemples et réussites concrètes qu’il donne font comprendre l’intérêt de sa démarche.

Des exemples concrets

Par exemple, lorsque nous prenons un café, nous ne consommons que 0,2% de la biomasse de la plante. Le reste était gaspillé et Nestlé, qui se retrouvait chaque année avec trois millions de tonnes de déchets dont il ne savait pas quoi faire, a soumis le problème à Gunter Pauli. Grâce à l’inventivité de son comité scientifique, il a été possible faire en sorte qu’une fois bouillis, ces déchets deviennent un terreau idéal pour cultiver des champignons pour nourrir du bétail. Et il a été découvert également que les résidus de la caféine pouvaient être utilisés avec profit pour alimenter l’industrie de la chaussure et du vêtement en produits absorbant les odeurs. Gunter Pauli nous assure ainsi qu’il a été possible de changer le problème des déchets en une solution de production offerte à tous et qui a généré la création de 5 000 petites sociétés et 650 000 emplois en quelques années.

« Il ne faut pas polluer un peu moins : il faut arrêter de polluer et c’est possible ! Les mots clés sont flexibilité, innovation, accélération, adaptation. Dans tous nos projets, nous arrivons à zéro déchet comme le fait la nature non par des privations ou de l’austérité, mais par l’ingéniosité et les sauts technologiques », explique Gunter Pauli qui dit n’en être qu’au commencement : « En poursuivant dans la même logique, il va être possible de créer 100 millions d’emplois en dix ans, promet-il. Notre objectif est de répondre aux besoins de base : l’eau, la nourriture, le logement, la santé, l’énergie, l’emploi, l’éthique ».

Gunter Pauli est, comme l’a présenté Jean Staune lors du Zermatt Summit, une sorte de prophète que nous serions bien inspirés d’écouter pour le bien de la planète et de ses habitants, pour éviter les prophètes de malheur qui conduisent à des solutions malthusiennes et pour bâtir une écologie positive et intelligente dans l’esprit de Laudato si’.

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