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Jésus de Nazareth était grand et fascinant, mais pas « beau »

CHRIST PANTOCRATOR

Carulmare CC BY 2.0

Gelsomino Del Guercio - Publié le 30/09/17

Les Évangiles et le Saint-Suaire sont les meilleurs interprètes du vrai visage de Jésus reproduit dans de célèbres œuvres d’art.

Jésus était-il un bel homme ? D’aspect noble et majestueux pour certains, si négligé et ordinaire pour d’autres que les soldats, au Jardin des Oliviers, n’ont réussi à le reconnaître que grâce au baiser de JudasEn 1931, le prix Nobel de littérature, François Mauriac, osa une réflexion inédite sur cette question. Publié sous le titre « Jésus était-il beau ? », il ressort de cet ouvrage que la beauté du Christ résidait en réalité dans son regard. Qu’il n’était peut-être pas très « beau », mais qu’il avait des yeux qui « parlaient » et lui donnaient un charme unique. Son regard, profond, dégageait comme une intense lumière. Cette particularité deviendra d’ailleurs le dénominateur commun dans toutes les toiles qui le représentent.

François Mauriac écrit :

« Il semble bien que ce fut par sa parole et par ses miracles bien plus que par son apparence ou son attitude qu’il subjuguait la foule, et ceux qui dès le début de sa vie publique n’ont cru ni à ses prédictions ni à ses prodiges, n’ont rien discerné de divin dans les traits de ce visage. La Samaritaine dénonce d’abord en cet étranger un Juif ordinaire, et se moque de lui ».

Un regard majestueux

Pour Mauriac, l’épisode du Jardin des Oliviers est emblématique. « Au moment de le leur livrer, Judas ne leur dira pas : “Vous le reconnaîtrez à sa stature. Celui qui nous domine tous de la tête et dont la majesté éclate aux regards, c’est lui qu’il faut saisir”. Il ne leur dira pas : “Vous distinguerez d’abord le Chef et le Maître…” Non, il est nécessaire qu’un d’eux le leur désigne. C’est donc qu’en dépit des torches, les soldats ne pourraient le reconnaître au milieu des onze pauvres Juifs qui l’entourent ».

Mais il n’en est pas moins vrai qu’en beaucoup de rencontres, Jésus, lorsqu’il a été aimé, l’a été au premier regard, et que souvent il a été suivi dès la première parole et même avant tout miracle. « Il a suffi d’un appel pour que des hommes abandonnent tout ce qu’ils possédaient en ce monde et le suivent, Il fixait les êtres d’un œil irrésistible dont le pouvoir, la toute-puissance s’affirment, chaque fois qu’une créature en larmes tombe à ses genoux, dans la poussière ».

Une beauté spirituelle

Sans doute Jésus fut-il « semblable à beaucoup d’êtres dont la beauté, très secrète à la fois et très éclatante, éblouit certains regards, échappe à d’autres, — surtout quand cette beauté est d’ordre spirituel. Une lumière auguste sur cette face n’était perçue que grâce à une disposition intérieure », nous dit Mauriac.

Head of Christ
Rembrandt (1606–1669)

Nombreuses sont les œuvres d’art de célèbres peintres qui reproduisent le visage et le corps de Jésus. Comme des photographies pour faire admirer cet homme. Pour Mauriac, parmi tous les peintres, Rembrandt est celui qui a le mieux interprété son image : « Il me semble avoir donné du Christ l’image la plus conforme au récit évangélique. Je pense surtout à la toile du Louvre où le Dieu exténué et presque exsangue est reconnu par les deux disciples avec qui Il rompit le pain, dans l’auberge d’Emmaüs. Rien de plus ordinaire que ce visage souffrant… Il faudrait oser dire : rien de plus commun ».

Tour d’horizon des représentations du Christ :

Une fascination pour le Saint-Suaire

La plupart des artistes renvoient à une image fascinante et majestueuse du Christ qui est celle reproduite sur le Saint-Suaire. Voici ce que dit Mauriac à ce propos :

« Si nous acceptons pour véridique cette image dont la manifestation, après tant de siècles, était réservée à notre époque, grâce à l’une de ces découvertes dont elle se montra si orgueilleuse, nous ne pouvons plus nier que Jésus fut d’une stature majestueuse et que son visage auguste appelait l’adoration plus encore peut-être que l’amour. L’étrange est que, par une filiation mystérieuse, presque toutes les images du Christ triomphant qu’inventèrent les peintres, depuis les premières effigies byzantines jusqu’aux Christs de Giotto et de l’Angelico, de Raphaël, du Titien ou de Quentin Metsys, procèdent de ce dessin mystérieux enseveli dans le Saint-Suaire ».

Article traduit de l’italien par Isabelle Cousturié.

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