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Quand saint Vincent de Paul était esclave

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Retour sur un épisode de la vie de saint Vincent de Paul, patron de toutes les œuvres charitables et des prisonniers, qui changea le sort de milliers de chrétiens persécutés.

L’humilité de saint Vincent de Paul (1581-1660), sa bonté, sa convivialité, son abandon à la Providence sont bien connus. Des qualités qui ont fait de lui un géant de la charité auprès des plus pauvres, des marginalisés, des orphelins, reconnaissant en eux « la face de son Seigneur ». Cette humilité, cette douceur et cet empressement à soulager de leur détresse tous les « oubliés de la société »  frappent tous ses contemporains et rayonnent aujourd’hui encore à travers le monde. Il doit certainement ces facultés à son tempérament naturel et à son enfance paysanne dans les Landes — dont il rougissait à l’époque mais qu’il assumera au contact de la misère du monde rural. Mais il la doit aussi très certainement à ses 23 mois de captivité et de travaux forcés passés en Barbarie, où il s’est retrouvé en condition d’esclave. Vendu à divers « maîtres », il prendra conscience de la condition insupportable des milliers d’esclaves chrétiens en terre d’islam.

Nous sommes en 1605, c’est-à-dire cinq ans après son ordination sacerdotale, lorsque Vincent est fait prisonnier avec tant d’autres passagers lors d’un voyage en Méditerranée, et emmené à Tunis. À cette époque, le piratage barbaresque, non loin des côtes européennes, est au plus fort. Les captifs sont entassés dans les bagnes de Tunis et d’Alger. 36 000 chrétiens sont alors répartis entre les deux villes. Durant ces deux années, et à son retour, après une traversée périlleuse à bord d’une simple barque, le jeune homme déploiera tous les efforts possibles pour les soulager de leurs souffrances.

Des galères aux bagnes d’Alger

Le premier réflexe de Vincent à son retour est d’aller partager son souci avec les autorités françaises et de venir en aide à tous les captifs qui, s’aperçoit-il, dans son propre pays, vivent dans des conditions déplorables. Nommé aumônier général des galères du roi en 1619, il découvre vite qu’on traite les galériens comme des bêtes. Le sort des « chiourmes », comme on appelait les équipages d’une galère, enchainés et fouettés sans arrêt durant les traversées, sont d’une atrocité qui lui fait honte. Il va alors de port en port, de galère en galère, constater l’horreur de leur traitement. On raconte même qu’un jour, révolté par la brutalité d’un gardien, il a voulu prendre la place d’un de ces pauvres malheureux et ramer à sa place. Grâce à lui et à de bonnes dames charitables, il arrivera peu à peu à améliorer les conditions de vie des prisonniers en général.

Parallèlement, saint Vincent pense aux bagnes d’Alger et de Tunis et à tous ces captifs en terre d’islam. Le temps de fonder sa Congrégation de la Mission, en 1625, puis la Société des prêtres de la Mission (lazaristes) en 1627, et de les voir grandir, il lance, en 1646, son premier projet à l’étranger, envoyant plusieurs missionnaires à Constantinople, au centre de l’Empire ottoman. Il arrivera à faire délivrer plusieurs milliers de captifs chrétiens en échange de rançons, et à mettre en place une sorte d’aumônerie pour apporter soulagement et réconfort aux captifs face aux pressions morales et parfois physiques auxquelles ils étaient soumis dans la tentative de les faire apostasier.

Pour Vincent, envisager des missions sur ces terres était comme le prolongement normal des missions en France. Même si la congrégation de la mission ne prévoyait pas dans ses statuts l’envoi de missionnaires à l’extérieur, saint Vincent n’eut aucun mal à convaincre la communauté que le service des pauvres englobe « toutes les missions, même les plus lointaines ». En revanche il dut braver toutes sortes de réticences et pressions de l’extérieur pour ne pas devoir arrêter ses missions en Barbarie.

La cathédrale de Tunis, érigée entre 1893 et 1897, lui rend hommage en portant son nom. L’un des vitraux retrace la scène du saint apôtre de la charité présentant à Richelieu des négociants français esclaves à Tunis, et montrant au cardinal le contrat signé avec le Bey de Tunis pour le rachat des captifs.

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