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Droit à la « parentalité »: les enjeux éthiques et psychologiques de l’extension de la PMA

© Shutterstock

Sabine Faivre - Publié le 15/09/17

Droit à la « parentalité » : voilà de quelle manière les lobbies LGBT justifient l'extension de la PMA et de la GPA aux couples homosexuels.

Ce concept de «  parentalité » est délibérément choisi car il permet de s’affranchir de la dimension biologique de la maternité et de la paternité. Ce glissement sémantique subtil permet de ne pas utiliser les termes de père et de mère, mais de « parents », entendu au sens social. Les promoteurs de ce concept refusent de considérer le rôle du lien biologique et de la complémentarité des sexes dans la construction identitaire de l’enfant.  

Pourtant ce biologique représente malgré tout un enjeu déterminant pour les défenseurs de la GPA, et de l’élargissement des techniques de PMA. Car la vie continue de passer par « le biologique », quoi qu’on en dise : pas de conception sans rencontre entre un ovule et un spermatozoïde. « Les besoins fondamentaux, après la survie individuelle, passent pas assurer une descendance », lit-on en conclusion du rapport dans un paragraphe consacré « au droit à fonder une famille ». Donc pas de « descendance » sans procréation initiale.

La négation « a priori » du rôle du père

Cependant, cette revendication du droit à la PMA pour toutes se heurte à plusieurs obstacles. Elle suppose que l’enfant conçu sera délibérément privé de père, ce qui suppose en amont la négation « a priori » du rôle du père dans l’éducation d’un enfant, et la négation du droit de l’enfant à accéder à l’identité de son géniteur. La volonté « d’éradiquer le père » contient une violence symbolique extrême, dont on ne mesure pas les effets, dans une société où tant d’enfants souffrent de l’absence d’un père. Simultanément, la PMA semble vouloir tirer un trait sur la question de l’accès aux origines pour l’enfant.

Or un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme stipule que « le droit de connaître son ascendance se trouve dans le champ d’application de la notion de “vie privée” qui englobe des aspects importants de l’identité personnelle dont l’identité des géniteurs fait partie ».

Des milliers d’enfants issus de dons de gamètes (IAD, insémination artificielle avec donneur), aujourd’hui trentenaires, demandent des comptes au milieu médical sur leur filiation biologique. Que répondent les lobbies à ces enfants que la société, par défaut de réflexion, a floués d’un droit élémentaire : celui de connaître leurs origines ? Cette réalité est une des conséquences induites par l’absence de réflexion en amont sur les effets à long terme des pratiques d’insémination artificielle avec tiers donneur.

Conscients que la recherche de l’origine constitue une question inévitable, certains ont émis depuis plusieurs années le souhait que l’État lève l’anonymat du donneur de gamètes, car « pour constituer leur identité et pouvoir se figurer leur propre narratif, les enfants ont besoin d’accéder à l’identité de leurs géniteurs ».

Ainsi le think tank de gauche, Terra Nova, a demandé dès 2010 une refonte du droit de la filiation, visant à rapprocher la filiation par AMP de la filiation adoptive, ce qui reviendrait, en réalité, à redonner aux donneurs de gamètes leurs statuts de géniteurs et à les inscrire de facto dans une démarche de filiation.

La question légitime des conséquences psychologiques

En reconnaissant la part essentielle, dans la construction psychique de l’individu, de la connaissance de l’origine de la conception d’un enfant, Terra Nova a posé la question légitime des conséquences psychologiques induites par les techniques de IAD sur les enfants issus de ces techniques.

Il est un fait normalement bien connu des psychanalystes, qui accompagne la maturation psychique de l’enfant : c’est le passage du scénario « fantasmé » à la prise de conscience de la réalité objective, des limites du corps et de l’identité sexuée. Or ce passage est un cap décisif dans le développement individuel. C’est le cap de l’adéquation avec une réalité existentielle, avec la prise de conscience de repères dont dépend la construction de l’identité de l’enfant.

Savoir d’où l’on vient, de qui on est né, de quel désir on est issu : l’enfant qui grandit se pose ces questions, en passant du « comment je suis né », au « pourquoi je suis né». Flouer un enfant d’une de ces réponses, ou pire, lui mentir sur l’origine de sa conception, constitue une forme de violation grave de ses droits et de sa dignité fondamentale.

Des perspectives abyssales pour l’humanité

L’extension de la PMA aux couples homosexuels induit de très nombreuses questions, puisqu’elle vient brouiller les repères générationnels de filiation, et de compréhension du lien entre l’altérité des sexes et la procréation. Puisque l’on sait congeler l’embryon, l’engendrement peut avoir lieu désormais des années après la fécondation, après la mort du père, voire même après celle de la mère ce qui introduit la question de la filiation post-mortem. L’enfant conçu peut aujourd’hui avoir trois « mères potentielles » : la mère légale, la mère génétique et la mère porteuse avec l’extension des pratiques de GPA.

Aucune réflexion sérieuse ne pourra faire l’économie d’un débat sur ces enjeux, qui ouvrent des perspectives abyssales pour l’humanité. Une part de plus en plus grande devra être donnée à l’avenir à la « psychologie de la conception », à la prise en compte du rôle essentiel des conditions liées la conception elle-même, mais aussi à l’impact des évènements de vie traversés in utero dans le développement de l’enfant.

L’interpellation de Jean Léonetti prend alors tout son sens : « Jusqu’à quand allons-nous manipuler le biologique pour répondre à nos désirs ? Il est étrange de constater que nous appliquons le principe de précaution à l’environnement et bien peu à l’humanité ».

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