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Monseigneur Jesús Emilio Jaramillo, martyr de la paix en Colombie

DANIEL MARTINEZ / AFP
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Le premier évêque d’Arauca sera béatifié le 8 septembre par le pape François, 18 ans après son assassinat par l’ELN qui reconnaît aujourd'hui avoir commis "une erreur".

Le 2 octobre 1989, Mgr Jaramillo est pris en otage par des membres du groupe rebelle de l’Armée de libération nationale (ELN) en compagnie de trois prêtres et d’un séminariste alors qu’il se trouvait en visite pastorale dans la localité de Fortul, à 800 kilomètres à l’est de Bogota. Il est retrouvé mort le lendemain, torturé, frappé de quatre balles (sept selon les sources) dans la tête, et dépouillé de l’anneau épiscopal. « Dans ce sang, injustement versé, nous contemplons le prix élevé payé par l’Église », avait réagi aussitôt la Conférence épiscopale de Colombie, en soulignant la fin tragique du premier évêque d’Arauca. Mgr Jaramillo, premier évêque d’Arauca, sera béatifié ce 8 septembre, en même temps que le prêtre diocésain Pedro María Ramírez Ramos, le martyr d’Armero, tué lui aussi en haine de la foi le 10 avril 1948.

Selon les témoignages recueillis, Mgr Jaramillo se trouvait en voiture, avec quatre religieux, sur une route de l’Arauca, département proche de la frontière venezuélienne. Des guérilleros de ELN l’ont alors enlevé ainsi que le père Elmer Muñoz, et laissé partir les autres. Les rebelles reprochaient à l’évêque d’être proche des militaires. Avant de se retrouver seul avec eux, puis d’être assassiné, celui-ci a demandé au père Muñoz de le confesser, rapportera celui-ci plus tard. L’évêque, estime le clergé local, a été tué pour son « impartialité et sa condamnation de la violence, pour son refus de céder à aucune idéologie ».

Enflammé par l’amour du Christ

Mgr Jaramillo, missionnaire xavérien de l’institut des missions étrangères de Yarumal, a été tué après 18 ans de loyaux services au sein de son jeune diocèse créé par Jean Paul II en 1984. Auparavant vicaire épiscopal pendant 14 ans, il avait largement eu le temps de se faire connaître et apprécier des fidèles pour sa « parole enflammée par l’amour du Christ, et sa vigueur de Prophète », dans une région où sévissaient la contrebande et le trafic de drogue, comme le soulignèrent les évêques colombiens au lendemain de son assassinat.

Mgr Jaramillo avait lui-même confié à Fides, au cours d’un entretien, les problèmes pastoraux complexes qui tenaillaient l’Église diocésaine et son cœur de Pasteur : « L’étendue du territoire, le manque de personnel, la diversité de contextes et de groupes de population, sans compter les nouvelles situations d’immigration et de niveaux de vie venues à se créer suite à la découverte et à l’exploitation du pétrole ».

L’évêque « s’est consacré de manière exemplaire et généreuse, pendant 18 ans, à l’Église particulière d’Arauca, avait souligné la Conférence épiscopale colombienne en annonçant sa mort, il a toujours été au service de l’Évangile, de la paix, de la réconciliation, de la coexistence et de la défense des droits sacrés de la personne humaine… Les violents, ceux qui foulent aux pieds la vie et qui, dans un esprit troublé par la haine et par manque de bon sens, sèment la mort, la tragédie et l’amertume, ne prévaudront pas, mais seuls le bien et l’amour du Christ ».

L’ELN demande pardon

Pablo Beltrán, chef négociateur de la guérilla aux pourparlers de Quito (Équateur), a qualifié « d’erreur » la mort de Mgr Jaramillo. « Nous le reconnaissons et demandons pardon pour cette erreur », a-t-il déclaré dans un entretien rapporté par divers médias. Le responsable de l’ELN confirme que la trêve signée le 4 septembre constitue bien « un geste » à l’occasion de la visite du Pape, pour que le monde sache que « l’on continue à chercher une paix complète en Colombie ». Le nouvel accord est « la preuve oui, que nous pouvons changer (…) C’est le premier miracle de la visite du pape François », a-t-il ajouté.

L’ELN a été fondée en 1964. Après des décennies d’affrontements avec l’État colombien, le groupe rebelle vient de signer un accord de paix similaire à celui qui a permis, dix mois plus tôt, le désarmement de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et sa transformation en parti politique, il y a quelques jours à peine.

D’autres religieux ont fait les frais de cette situation tragique depuis 1984. Selon la conférence épiscopale : deux évêques et 89 prêtres ont été assassinés, 23 autres religieux, dont cinq prélats, enlevés. Et tout récemment, le père Diomer Eliver Chavarría Pérez, a été tué le jour de son 31e anniversaire, au soir du 27 juillet dans la paroisse de Raudal, village de Puerto Valdivia, Antioquia (Fides).

Prière des évêques avant la béatification

« Nous élevons notre action de grâce et nous glorifions Dieu qui donne à l’Église en Colombie ces fruits de sainteté et de témoignage de leur vie, fidèle à l’Évangile, en des moments très difficiles de l’histoire de notre pays », ont déclaré les évêques colombiens en apprenant la nouvelle de la béatification de Mgr Jaramillo, et celle du père Pedro Maria Ramirez Ramos, tué lui aussi en haine de la foi 40 ans plus tôt. « Ils ont mis au premier rang l’amour de Dieu et de leurs frères, le zèle pastoral pour les personnes que le Seigneur leur avait confiées jusqu’à donner leur vie. Qu’ils deviennent un modèle de la sequela Christi en tout moment et en toute circonstance, même lorsqu’il s’agit de remporter la victoire sur le mal, sur la haine et la violence avec la force du bien », ont-ils exhorté en leur rendant hommage. À l’ocasion de la béatification des deux religieux, ce 8 septembre, ils invitent les catholiques de Colombie à « élever des prières au Seigneur par leur commune intercession afin que la Colombie parvienne à la réconciliation et à la paix et que tous les catholiques, prêtres, religieux et laïcs, en vivant saintement la vocation chrétienne, sèment toujours les valeurs de l’Évangile ».

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