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700 ans après, le cardinal Paul Poupard commémore la papauté d’Avignon

Le palais des papes à Avignon.
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Le cardinal Paul Poupard sera l’envoyé spécial du pape François, du 23 au 25 juin 2017, pour les célébrations du septième centenaire de l’enclave des papes en Avignon (France). Le prélat français, président émérite du Conseil pontifical de la Culture, sera accompagné d’une mission pontificale. A cette occasion, le cardinal Paul Poupard confie sa vision des rapports entre la France, la papauté et Rome.

M. MIGLIORATO/CPP/CIRIC

Pourquoi le Pape a-t-il tenu à commémorer les 700 ans de la présence pontificale en Avignon, qui a débuté officiellement en 1317 ? 
Dans la lettre qu’il m’a envoyée, le Pape explique bien pourquoi le pape Jean XXII a pris cette décision de fixer provisoirement les États pontificaux dans cette province, ainsi que son prédécesseur Clément V : il s’agissait de pouvoir exercer son ministère de successeur de Pierre en toute liberté, loin des turbulences de Rome. Il faut se souvenir de l’agitation populaire qui y règne à cette époque, les turbulences quotidiennes, l’insécurité croissante… Il faut aussi conserver en mémoire qu’avant même l’épisode d’Avignon, plusieurs papes ne sont pas venus à Rome durant leur pontificat. Enfin, rappelons aussi que le Comtat-Venaissin n’était pas un territoire français. Il appartenait au comte de Provence, vassal du roi de France, qui l’avait lui-même légué au pape.

Comment expliquer que les papes y soient restés 70 ans ?
Comme souvent dans les choses humaines, le provisoire a duré longtemps. Jean XXII, successeur de Clément V, a voulu rester en Avignon et n’a pas eu envie d’aller mettre les pieds dans le guêpier de Rome. Il a fallu que sainte Catherine de Sienne vienne voir le pape Grégoire XI pour le supplier de revenir, en lui disant : « Il vaut mieux surveiller son troupeau du haut des collines de Rome que de celles d’Avignon ». Le Pape revient alors à Rome d’où il est chassé, puis il rentrera définitivement dans Rome et soumettra les rebelles en 1377. Il faut aussi imaginer les disputes entre familles cardinalices, comme les Colonna, les Orsini, ou encore les Odescalchi. Grâce à Dieu, sept siècles après, nous sommes sortis de ces querelles de pouvoir. Pour le dire clairement, il s’agissait d’assurer le libre-exercice du ministère de Pierre hors de la pression temporelle de ces grandes familles romaines.

Quel est le lien qui relie la papauté à Rome ?
En 1963, le pape Paul VI, après mûres réflexions, délibérations, et prières, décide de retourner au lieu de départ de Pierre, à Jérusalem. Cette décision avait suscité la stupeur à Rome, d’autant plus que pour la première fois, le pape prenait l’avion. Lors de son retour à Rome, il est alors saisi par d’émotion de la foule. Un million de personnes l’attendaient le 6 janvier au soir ! Cette manifestation souligne bien le fil singulier qui atteste et relie le Christ, le successeur de Pierre, et Rome. À travers les siècles, la papauté conserve son rôle singulier, celui qu’a confié Jésus à Pierre : « Confirme tes frères dans la foi ». Malgré tous les troubles, les rivalités entre familles, l’exil du pape en Avignon, le Seigneur dans sa providence, fait venir une humble laïque, Catherine de Sienne, pour implorer le pape de rentrer à Rome. Elle deviendra grâce à Paul VI, un docteur de l’Église, et à Jean XXIII une co-patronne de l’Europe. C’est dire l’importance que l’Église lui accorde.

Que vous inspire le fait d’aller à Avignon, en tant que Français, pour y parler de la papauté ?
Lorsque l’Italie a voulu faire son unité, et que Rome est devenue la capitale du nouvel État italien, on chantait dans les chaumières en France : « Sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Cœur… » La question fondamentale qu’il faut se poser est celle-ci : comment le pape peut-il exercer librement le ministère de Pierre ? [Après la perte des États pontificaux ndlr], il lui était très difficile de le faire sans une assise temporelle. Il a fallu la conjonction de deux personnalités aussi particulières que celle de Pie XI et de Mussolini pour arriver aux accords du Latran, qui a permis de créer l’État de la Cité du Vatican.

Avignon est-il une étape dans la construction du gallicanisme ?
Le gallicanisme est un conglomérat socio-politico-religieux. Il y a en France, une sorte d’irrédentisme, un esprit d’indépendance. Mais Napoléon lui-même reconnaissait, car il était grand homme d’État, que la France avait de besoin de l’Église et que la papauté avait besoin de la France. À l’époque l’Allemagne était protestante et l’Angleterre anglicane, alors Napoléon a « fait monter les enchères » avant de signer le concordat en 1801 avec Pie VII.

Il me revient une boutade du cardinal Tardini, quand il était secrétaire d’État qui avait dit à un de ses collaborateurs, très remonté contre la France : « Mon cher, quoique les apparences soient contraires, le Saint-Siège n’a jamais eu d’interlocuteur plus fidèle que la France ». Même Clemenceau soutenait les missions, en France et dans nos anciennes colonies. À la suite de la coupure révolutionnaire, nous avons eu deux France qui ne sont toujours pas réconciliées. Nous avons encore beaucoup d’efforts à faire pour les réconcilier, sous l’égide de Rome. Comme disait Charles Péguy, « nous sommes tombées dans le filet de Pierre, puisque c’est Jésus qui nous l’avait tendu ».

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