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Linceul de Turin : pourquoi la datation au carbone 14 serait invalide

Linceul de Turin
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Entretien avec Fares Melki, Libanais et sindonologue depuis 1978, auteur de plusieurs livres en arabe sur le Linceul de Turin et animateur du site scientifique, unique en langue arabe, Kafan al massih, consacré au Saint Suaire.

Aleteia : La datation au carbone 14, effectuée en 1988, situait l’origine du linceul entre 1260 et 1390. Un véritable coup de tonnerre à l’époque, mettant à bas la thèse de l’authenticité du linceul. Où en-est on aujourd’hui ? Pourquoi une nouvelle datation, grâce aux progrès scientifiques, n’est-elle pas effectuée pour trancher une fois pour toutes cette question ?

Fares Melki : Ce qui est certain, c’est que la datation au carbone 14 n’est pas valide. Les preuves scientifiques de son invalidité ne cessent d’augmenter, sans parler des rumeurs selon lesquelles l’échantillon prélevé devant les observateurs aurait été remplacé par un autre, en catimini, dans une pièce adjacente. Rumeurs soutenues par Fr. Werner Bulst s.j. (+1995) et Fr. Bruno Bonnet-Eymard de la Contre-Réforme catholique. Emanuela Marinelli, sindonologue de longue date et auteur de plus de 30 ouvrages, a même écrit un livre sur ce sujet dans lequel elle donne des détails accablants de ce « complot ». Quoi qu’il en soit, il est certain qu’il y a eu une mauvaise manipulation lors du prélèvement ou durant le test, ce qui a conduit à une fausse date, malgré la fiabilité de la méthode, dans la majorité des cas.

Quels sont les indices concrets qui soutiennent l’hypothèse d’une mauvaise manipulation du carbone 14 ?
Comment se fait-il, par exemple, qu’il existe des documents qui attestent la présence du Linceul bien avant la date donnée par le Carbone 14, comme le Codex Pray de Budapest (1190), la chronique de Robert de Clari (1204), l’homélie de Grégoire le Référendaire (944)… Ceci sans compter la grande découverte de Ray Rogers (+2005), chimiste américain, qui a trouvé que l’échantillon découpé du Linceul pour le test au carbone 14 a une composition chimique différente de celle du reste du Linceul. Rogers a trouvé du coton dans cet échantillon, non pas à la surface, ce qui aurait fait penser à une contamination superficielle, mais filé avec le fil de lin du Linceul. Il a aussi trouvé de la teinture, puis de la vanilline qui, normalement, aurait dû être absente de l’échantillon comme elle l’est du reste de la toile puisque cette matière, présente au début de la fabrication, disparaît des fils vieillissants. Son étude a été reprise et approfondie par Thibault Heimburger, médecin français et sindonologue, venu au Liban avec Sébastien Cataldo pour donner, ensemble, une conférence sur le Linceul à l’université St. Joseph, le 22 février 2012. Le test aurait été fait sur un échantillon qui a subi un « retissage » invisible, comme l’affirment Joe Marino et Sue Benford (+2009) deux chercheurs américains.

De plus, on ferait mieux de savoir comment est apparue l’image d’un homme supplicié sur ce Linceul, avec des traces et des marques concordant en tous points avec le Crucifié des Évangiles. Or, il est absolument certain qu’il n’y a aucune peinture ou teinture ou matière artificielle sur la toile. Il y a des taches de sang humain et une roussissure superficielle des fils de lin qui est à l’origine de la formation de « l’image », laquelle se distingue aussi par sa tridimensionnalité (entre autres caractéristiques). Tout porte à croire qu’il s’agit d’une image acheiropoïète (non faite de main d’homme).

De quelle manière pourrait-on dater le Linceul ? Existe-t-il d’autres méthodes de datation que le carbone 14 ? 
En effet, des scientifiques se sont tournés vers d’autres méthodes de datation que le carbone 14. Giulio Fanti, professeur des mesures mécaniques et thermiques à l’université de Padoue (Italie) et grand sindonologue a publié récemment un livre dans lequel il montre des pièces de monnaies de l’empereur Justinien II (+711) avec son effigie très semblable à l’homme du Linceul. Cette effigie n’aurait pu apparaître si l’artisan n’avait devant lui la figure sur le Linceul. Et ceci n’a rien à voir avec les pièces de monnaie qui auraient été placées sur les yeux.

À la réticence des autorités de Turin d’accepter un nouveau test au carbone 14 de peur d’endommager le Linceul en coupant une pièce supplémentaire, Fanti propose d’utiliser la matière qui a été collectée du Linceul lors de la fameuse restauration de 2002.

C’est pourquoi, suite aux problèmes soulevés par la première datation, le custode du Linceul de Turin n’est pas aussi pressé de donner son consentement pour un deuxième test par le carbone 14. Et je pense qu’il ne le donnera pas avant de savoir pourquoi le premier test a échoué. Et puis, cette fois, il ne faut plus se contenter de prélever un seul échantillon d’un seul endroit du Linceul et le remettre à trois laboratoires seulement qui utilisent tous la même méthode de datation. Il faut que le prélèvement soit fait en plusieurs endroits du Linceul et les analyses effectuées par des laboratoires qui utilisent des méthodes différentes pour tester le taux de carbone 14. Pour cela, il vaudrait mieux organiser un congrès scientifique pluridisciplinaire et établir un protocole strict et clair, approuvé par tous les participants. Est-ce pour bientôt ? Je ne le pense pas !

Quelle est la position officielle de l’Église catholique concernant le Linceul de Turin, sachant que le pape Jean-Paul II avait accepté les résultats de la datation de 1988, avant de déclarer, dix ans plus tard, que le linge était une « provocation à l’intelligence » et recommander la poursuite des enquêtes ?

Le pape Jean Paul II n’a ni accepté ni refusé les résultats du carbone 14. Sa dévotion pour le Linceul de Turin était évidente. Il l’a honoré plusieurs fois à Turin, dont une fois en septembre 1978, en route pour Rome où il devait être élu Pape un mois plus tard. Et puis, suite aux résultats du test par le carbone 14 et la déclaration de Mgr. Ballestrero, archevêque de Turin, qui avait placé le Linceul au rang d’« icône », Jean Paul II l’a implicitement contredit en plaçant le Linceul au rang de « relique ».

D’ailleurs, beaucoup de saints et de papes n’ont pas hésité à montrer leur dévotion pour le Linceul. Il serait long de les nommer tous et je me contente d’en nommer quelques-uns : saint Charles Borromée (+1584), évêque de Milan, qui fit un pèlerinage à pied jusqu’à Turin ; saint François de Sales (+1622), qui le tint dans ses mains durant l’ostentation de 1613 ; le pape Jules II (+1513) qui lui fixa une fête annuelle, le 4 mai, et approuva une messe spéciale pour l’occasion.

Lors de la visite de Mgr. Ghiberti, directeur de la commission de conservation du Linceul, à Beyrouth, j’ai eu un entretien avec lui le 1er novembre 2010 et à ma question de savoir pourquoi le Saint-Père Benoît XVI ne publie pas une lettre affirmant l’authenticité du Linceul, il m’a répondu que « Benoît XVI considère que le Linceul est authentique, moi aussi ; mais la déclaration de l’authenticité n’est pas du ressort de l’Église, mais plutôt de la communauté scientifique, comme l’avait déjà affirmé le Pape Jean Paul II ».

Sur un autre plan, quelles sont les erreurs courantes dans les représentations artistiques (picturales, sculpturales, etc.), les mises en scène cinématographiques, etc., qui ne « collent » pas avec les données scientifiques du Linceul ?

D’abord, les clous doivent être non pas dans les paumes mais dans le carpe (poignet). L’enclouage dans les paumes n’aurait pu faire tenir le corps du supplicié sur la croix  Le coup de la lance doit être du côté droit, au niveau du cinquième espace intercostal. La couronne d’épines doit couvrir toute la tête. C’était plutôt un « casque » d’épines rappelant la tiare des rois orientaux, et non pas une couronne propre aux rois occidentaux.

Pour l’enclouage des pieds, on ne peut pas trancher : s’il s’agit d’un seul clou dans les deux pieds ou de deux clous, un dans chaque pied. Je penche plutôt pour le deuxième cas, plus facile à réaliser, illustré par le crucifix de Saint-Damien et dans l’évangéliaire syriaque de Rabula (VIe siècle).

Pas besoin d’une croix très haute : « Il a été compté parmi les criminels » (Is. 53 :12), donc sa croix est identique à celle des deux larrons. Une croix de deux mètres ou un peu plus suffit. Elle sera en forme de Tau avec un espace en haut pour mettre le « titulus » où Pilate a ordonné d’écrire « Jésus roi des juifs ».

Il est aussi certain que le condamné ne pouvait porter la croix entière, vu son poids, surtout après avoir été torturé, mais seulement la barre horizontale ou « patibulum », la barre verticale restant sur place, au Golgotha, pour des raisons d’économie dans le bois et de rapidité dans l’exécution.

Il y a aussi la branche d’hysope (Jn. 19:29) sur laquelle a été fixée une éponge imbibée de vinaigre pour l’approcher de la bouche de Jésus. C’est impossible, car une branche d’hysope souple et courte ne peut remplir la tâche décrite. Il faut une tige plus longue et plus rigide. Une erreur de traduction a sans doute fait remplacer la lance par l’hysope.

Au cinéma, il faut éviter les excès de sévices comme dans le film de Mel Gibson où j’ai repéré 11 erreurs non conformes au Linceul et même à la vérité scientifique, parmi lesquelles les genres de fouet utilisés pour la flagellation. Si les soldats romains les avaient utilisés, et avec autant d’acharnement, Jésus aurait succombé dans la cour de Pilate et n’aurait pu porter sa croix vers le Golgotha.

Propos recueillis par Ronald Barakat. 

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