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Court traité sur l’abjuration de sa foi à l’usage des martyrs de notre temps

Un paysan est forcé de cracher sur un crucifix que lui tend l'inquisiteur, scène du film Silence de Martin Scorsese.
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Les coptes égyptiens ont été exécutés un par un par les assassins de l’Etat islamique après avoir refusé de “renier leur foi”.

Si ce que l’on raconte est vrai, ces coptes devraient être déclarés saints par leur Église, et cet acte héroïque retenu par toutes les Églises pour servir de matière à réflexion. Nous avions évoqué récemment la nécessité de remettre entre les mains du citoyen un « guide de survie » contre les attaques terroristes afin de le conseiller quant aux réactions adéquates à adopter face à la Terreur noire, selon les cas de figure qui se présentent habituellement (une bien triste habitude).

Lire aussi : Martyrs coptes de Minya : les récits poignants de leurs derniers instants

La question qui devrait se poser, ici, est celle de savoir s’il convient pour un chrétien d’abjurer ou non sa foi, au cas où il serait forcé de le faire, sachant que sa décision ne se répercute pas seulement sur lui, mais sur ceux qui l’accompagnent et sur des enfants qui n’ont pas voix au chapitre. En effet, décider pour soi n’accorde pas le droit de le faire pour les autres aussi, sans les avoir consultés, étant bien entendu qu’un enfant n’est pas « consultable » sur ce point. L’intransigeance concernant des principes jugés « sacrés » se voit naturellement et forcément remise en cause lorsque la vie des autres est en jeu, laquelle est tout aussi sacrée.

Abjurer ou ne pas abjurer ?

Mais qu’il s’agisse de sa propre vie ou de la vie des autres, quelle est l’attitude à adopter, dans une situation aussi extrême, selon l’éthique et la morale chrétiennes ? Quelles sont les recommandations de l’Église sur ce point ? Faut-il abjurer sa foi chrétienne et avoir la vie sauve, ou faut-il refuser de le faire et perdre sa vie ? Avec la certitude de la « regagner » au Ciel ? Que nous dit le pape ? Que nous disent les patriarches des différentes Églises ? Les conférences épiscopales ? Que dit le clergé à ces croyants pris dans ce dilemme cornélien ? L’abjuration mènera-t-elle à leur condamnation ? Voire damnation ? Pourraient-ils nous éclairer ? À moins qu’ils ne l’aient déjà fait et que nous soyons dans l’ignorance ?

Il est vrai que Jésus a dit que « celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera » (Mc 8, 35), mais cette affirmation s’inscrit, je suppose, dans un autre contexte, dans un cheminement de vie en LUI, dans une démarche rédemptrice, et non une marche ou un bond suicidaire vers la mort. Le christianisme ne promeut pas ce genre de sacrifice, celui de la chair, car l’Agneau de Dieu s’en est chargé par le Sacrifice ultime. En effet, cet Agneau a tout pris sur Lui pour enlever le péché du monde, nous pardonner et nous justifier sur toute la ligne, même s’il nous arrive de le renier ! Et à plus forte raison si ce reniement est forcé, commis sous la contrainte, exprimé par la bouche, et non par le cœur ! Jésus a bien pardonné à Pierre, qui l’a renié trois fois ! Et sciemment ! Sachant que s’il ne l’avait pas fait il aurait péri sans avoir pu accomplir sa mission et mener à bien et à terme son ministère. Or, nous avons, chacun de nous, chrétiens, une mission à accomplir, un ministère à exercer, et nous devons tout faire pour les mener à leur terme, en évitant toute « interruption » à moins qu’elle ne soit involontaire et voulue expressément de Dieu.

Écouter son cœur

Le film « Silence » de Martin Scorsese, inspiré d’un vécu et de témoignages véridiques, est une magistrale réponse à la question. Les missionnaires qui avaient abjuré leur foi chrétienne l’avaient fait du bout des lèvres, du bout du pied, en piétinant l’image (technique du « fumi-e »), pour sauver des vies, mais pas avec le cœur. Leur cœur est resté chrétien, même si leur corps s’est vêtu de l’habit de moine bouddhique. Se charger de sa croix consiste peut-être, aussi, à devoir abjurer sa foi sous la contrainte, en apparence, pour mieux la vivre et la faire vivre dans la réalité intérieure, dans l’intimité et dans la clandestinité.

Conclusion : vous pouvez Le renier, vous pouvez Le piétiner, Il sait que vous Le reconnaissez et que vous L’aimez. Il est si miséricordieux qu’Il ne vous en tiendra pas rigueur. Il sait que le cœur n’y est pas. Il voit dans le secret (Mt 6, 6). Il n’est pas là pour vous juger (Jean 12, 47). Il ne vous prendra ni pour des traîtres, ni pour des lâches, mais il vous prendra avec amour, connaissant votre loyauté intérieure et le courage que cela nécessite de supporter cette croix de culpabilité, et moins pour se sauver que pour sauver les autres. Le christianisme est une religion de Vie, pas de mort. Vous pouvez y aller, sans crainte et sans honte. Il l’a d’ailleurs bien chuchoté au prêtre missionnaire dans le silence opaque, lors de la coupure de son dans le film, en lui disant : « Marche ! ». C’est comme s’il nous disait, en guise de rappel : « Je me suis fait crucifier pour vous ; vous n’avez pas à me le rendre, mais à le témoigner, autant que possible, en répandant la Bonne Nouvelle. Et j’ai besoin de vous, bien vivants, pour le faire ! »

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