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Gaultier Bès : « Être disciple du Christ implique de prendre soin de la nature toute entière »

GAULTIER BES
Yves Samuel/Ciric
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À 27 ans, après avoir été l’un des initiateurs des Veilleurs, Gaultier Bès a fortement contribué à l’émergence d’un renouveau de l’écologie catholique. Directeur-adjoint de la revue Limite, il vient de publier "Radicalisons-nous", ou notre époque vue sous l’angle de l’écologie intégrale.

Aleteia : Votre essai paraît deux ans après la publication de Laudato Si’. Où en est la conversion écologique des catholiques ?
Gaultier Bès :
Je ne sais pas. Une conversion, ce n’est pas comme un chiffre d’affaires : ça ne se mesure pas ! C’est un processus impossible à quantifier, tout simplement parce qu’il s’opère dans le secret de nos cœurs, d’abord, dans la discrétion de nos vies, ensuite. Certes, Laudato Si’ a puissamment, et très concrètement, formulé l’urgence de la conversion écologique pour les chrétiens (et pour tout le monde), mais elle l’a confirmée, et non pas inventée. Beaucoup de catholiques – j’en rencontre régulièrement – cherchent depuis longtemps à vivre plus sobrement, à mieux respecter la Création par leur mode de vie, leur façon de produire, de consommer, de se déplacer, etc. L’encyclique du pape François me semble être pour eux un vibrant encouragement à approfondir cette démarche, notamment sur le plan spirituel. Et pour les autres, qui ne voyaient jusqu’à présent pas trop le rapport entre l’Évangile et l’écologie (ou pire, croyaient y déceler une contradiction), elle a, je crois, permis de lever toutes les ambiguïtés. Il apparaît désormais de plus en plus clairement qu’être disciple du Christ implique de prendre soin de la nature toute entière, et donc de réorienter son existence selon les exigences de l’écologie intégrale.

« La politique se meurt de n’être plus qu’une grande surface, elle se meurt de n’être plus qu’un écran », écrivez-vous. L’élection présidentielle vous a-t-elle fait changer d’avis ?
Je ne pense pas être le seul à trouver que, davantage encore peut-être que d’habitude, le battage électoral révèle les failles de notre système démocratique. L’élection présidentielle n’aura été, une fois de plus, qu’un grand rodéo commercial. On s’est réjouit de voir d’anciens présidents éjectés, puis d’anciens Premiers ministres mordre la poussière. On en a chassé certains qui sont revenus au galop. On a vociféré, applaudi, persiflé, déchiré des affiches, jeté des tracts à la poubelle. On a lu les projets des candidats comme les programmes télé, l’œil distrait et le réflexe conditionné.

De ce rodéo présidentiel, le gagnant aura su, mieux que les autres, coller à l’esprit du temps, manier les leviers d’influence, mettre en scène l’éternel recommencement du même… Faire le spectacle, en somme, en distribuant à chacun ce qu’il rêvait d’entendre, et en abreuvant à flux continus, surtout, la déesse aux cent bouches. À chaque élection, c’est le même cirque : le peuple français est fougueux, qui saura le dompter ? Qui saura le mieux apprivoiser la bête, domestiquer sa colère ? Qui sera le dernier ?

Il faut reconnaître au nouveau président (bien servi, il est vrai, par la machinerie médiatique, toujours bien huilée) un grand pouvoir de séduction et de dédoublement. Il a en effet réussi à incarner à la fois le centre de gravité du pouvoir en place et l’excitation de l’échangisme électoral, la constance et le lifting (ceci étant la condition de cela).

Vous préférez les petites victoires au grand soir, les actes modestes aux grands discours. C’est aussi cela votre radicalité ?
Ce n’est pas une question de préférence, mais de politique. Il s’agit de savoir si nos vies dépendent d’un système, opaque et lointain, dont les ressorts nous échappent toujours un peu plus, ou d’un ensemble de liens qu’on s’efforce, jour après jour, de maintenir vivaces. L’idée même d’un « grand soir » me semble dangereuse : une soirée peut être infiniment grisante, elle n’en sera pas moins stérile si elle s’achève en gueule de bois. Faute d’espérance incarnée, c’est-à-dire partagée par le commun des mortels, les révolutions peuvent tourner en rond et ne destituer un pouvoir tyrannique que pour un instaurer un autre. Je vous renvoie à Tintin chez les Picaros. Bien plus politique est l’effort quotidien pour construire quelque chose qui tienne, qui se partage et « marche » — non pas sur les eaux, sur les écrans ou sur le papier glacé des magazines people, mais sur cette terre qui nous est commune, là où nous (en) sommes !

À la querelle récente entre identité et universalité, vous apportez votre contribution : ni citadelle close ni fétus de paille…
Tant qu’on opposera « identité » et « universalité », on sera mal barrés… Aimé Césaire a beaucoup médité leur complémentarité. Je cite, dans mon petit livre, un passage d’une tragédie qu’il a publiée en 1958, Et les chiens se taisaient. L’un des personnages décrit le monde comme une forêt dont les arbres, « différents de bois, de port, de couleur / mais pareillement pleins de sève », se rejoindraient « très haut dans l’éther égal à ne former pour tous / qu’un seul toit. » C’est une belle image pour illustrer l’idée selon laquelle ce sont nos ancrages, et pas nos survols, nos attachements, et pas nos arrachements, qui permettent d’incarner l’universalité, de la rendre plus vivante qu’abstraite. À cette double caricature, de l’identité comme citadelle et de la liberté comme errance, du fantasme obsidional et de l’individualisme hors-sol, j’oppose l’image de l’arbre, d’autant plus élancé qu’il est enraciné.

« Combien d’entre nous n’ont plus aucun lien direct avec la nature ? ». Pourquoi cette question est essentielle pour comprendre la crise post-moderne ?
Nous habitons de plus en plus un « monde-fantôme » (Gunther Anders), qui fait écran avec les réalités naturelles les plus substantielles. Nous respirons un air conditionné, mangeons des aliments industriels, socialisons « en ligne », arpentons du macadam, vivons sous des lumières artificielles,  etc. Plus nous sommes connectés et « branchés » (c’est-à-dire pendus), moins nous sommes reliés à notre « maison commune », à ses équilibres et à nos conditions d’existence.

Il nous faut donc urgemment prendre la clef des champs, choisir le recours aux forêts chèreser à Ernst Jünger ?
Non, même si ce peut être, pour certains, une bonne idée ! L’urgence est à la simplification de vie, sous toutes ses formes, ce qui est en soi possible partout, même dans une capitale mondialisée ! Préférer la convivialité à la compétitivité ; sortir des usines à gaz pour revenir aux foyers : la conversion écologique n’est pas un slogan publicitaire, mais une alternative radicale.

Propos recueillis par Thomas Renaud.

Radicalisons-nous ! : la politique par la racine, 128 pages, 7 euros

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