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Bartholomée Ier : « Il faut sauver la présence chrétienne dans “notre Orient chrétien” »

© Massimo Finizio CC
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Notre confrère l'abbé Dominique Fabien Rimaz, modérateur du blog Le Suisse Rom@in, a eu la chance de rencontrer le patriarche Bartholomée Ier au cours de sa visite à Fribourg et de lui poser quelques questions.

Lundi soir 24 avril 2017 à 17 heures passées de quelques petites minutes, un événement œcuménique unique et historique s’est déroulé en la cathédrale de Fribourg. Le Prévôt Mgr Claude Ducarroz et le Chapitre cathédrale ont accueilli le Patriarche Bartholomée Ier de Constantinople. Le Patriarche de Constantinople est le premier parmi ses pairs des chefs des Églises autocéphales formant les Églises orthodoxes. C’est la première fois qu’un patriarche de Constantinople se rend en notre cathédrale où il est venu vénérer les reliques de saint Nicolas, puis prononcer une conférence à l’Université de Fribourg.

Le Suisse Rom@ain : Vous venez à Fribourg, dans la ville protégée par saint Nicolas de Myre, originaire de Turquie, votre cher pays. Une relique du saint, un fémur, fait partie du patrimoine historique et spirituelle du chapitre de la cathédrale, via les moines de l’abbaye d’Hauterive. Pourriez-vous nous partager vos impressions ?
Bartholomée IerSaint Nicolas est un grand saint originaire d’Asie mineure, une région qui, comme nous le disons, génère des saints. Elle est « hagiotokos ». Nous sommes profondément touchés de pouvoir vénérer une parcelle de ces saintes reliques dans une cathédrale catholique au cœur de l’Europe, comme nous nous sommes aussi rendus en pèlerinage à son tombeau à Bari en décembre dernier.

Chez les orthodoxes, nous ne connaissons aucune église qui n’ait pas une icône de saint Nicolas.

La sainteté est une catégorie centrale de notre vie ecclésiale. C’est un autre nom pour la vie en Christ. Chez les orthodoxes, nous ne connaissons aucune église qui n’ait pas une icône de saint Nicolas. Il est le protecteur des navigateurs. Il est un saint très aimé et très proche des fidèles.

Vous vous engagez en faveur de la sauvegarde de la création, et vous êtes même cité dans l’encyclique Laudato Si’ du pape François. Alors que les chrétiens orientaux sont persécutés, comment voyez-vous l’écologie comme facteur de paix ?
L’environnement naturel est notre maison commune. Nous ne pouvons pas nous préoccuper des hommes et en même temps détruire leur domicile. La destruction de l’environnement produit la pauvreté, la famine, l’animosité. C’est pourquoi notre engagement pour les questions écologiques est lié avec notre lutte pour une culture de la solidarité et la justice sociale.

C’est pourquoi l’écologie est un facteur de paix, et la paix et la justice sont des conditions positives pour un environnement sain. Les villes bombardées et les enfants massacrés sont l’expression d’une humanité éloignée de Dieu.

Quel est votre message essentiel pour les chrétiens en Turquie ?
Qu’ils restent sur place, chez eux, dans une région qui fut le berceau du christianisme, et qu’ils continuent de témoigner d’une coexistence pacifique avec la majorité des autres habitants, en dépit de traditions religieuses diverses. La foi chrétienne est une force de la paix, et il faut en témoigner par notre exemple.

Vous serez en Égypte du 28 au 29 avril prochain à côté du pape des copte Tawadros II. Les attentats ont très durement frappé les chrétiens. Vous êtes l’invité du grand imam de l’université Al-Azhar du Caire, plus haute autorité sunnite. Pourriez-vous nous révéler quelques mots de votre message que vous adresserez au Caire aux côtés du pape François ?
Nous sommes émus de nous rendre en Égypte en même temps que le pape François, de rencontrer les plus hautes autorités musulmanes du pays et de parler de la religion en tant que facteur de la paix, surtout après les récents attentats sanglants survenus le dimanche des Rameaux dans les églises coptes de Tanta et d’Alexandrie.

Pour nous, un crime commis au nom de la religion est un crime commis contre Dieu et la religion. L’humanité attend de la religion un engagement plus résolu et un témoignage plus délibéré contre la violence et pour le respect et la protection de la dignité humaine. Nous sommes tous des créatures de Dieu.

Qu’est-ce que les catholiques occidentaux et les chrétiens peuvent faire concrètement pour promouvoir l’œcuménisme ?
Pour promouvoir l’œcuménisme, nous devons concilier la fidélité à notre propre tradition avec l’ouverture vers les autres chrétiens. Le dialogue et la rencontre avec les autres est toujours un enrichissement et non pas un compromis ou reniement de notre identité. Nous ne perdons pas notre identité à travers le dialogue, mais au contraire, en rejetant la communication et en nous repliant sur nous-mêmes. Le homo clausus est un appauvrissement de l’être humain.

Quelles sont vos grandes préoccupations et les intentions de prières qui vous tiennent le plus à cœur ?
Sauver la présence chrétienne dans « notre Orient chrétien ». Servir l’unité de l’orthodoxie et l’unité des chrétiens. Œuvrer pour la paix des religions et des cultures. Sauvegarder la création de Dieu. Protéger les enfants et la jeunesse. La vie en Christ comme liberté et agapé.

Propos recueillis par Le Suisse Rom@in

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