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Présidentielle : l’imprévisible match à quatre

© PHILIPPE LOPEZ, JOEL SAGET, ERIC PIERMONT / AFP
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Qui sera le prochain président de la République : Fillon, Macron, Le Pen, Mélenchon ? À dix jours du premier tour, chacun de ces quatre candidats paraît capable de se qualifier pour le second tour.

« Fillon affaibli mais combatif, Le Pen le vent en poupe, Macron fragile favori, Mélenchon conquérant, Hamon distancé, Sarkozy, Hollande, Valls hors-jeu: jamais une campagne présidentielle française n’a été aussi riche en rebondissements, jusqu’au sprint final marqué par un suspense inédit » récapitule LCP à dix jours du premier tour de l’élection présidentielle. Ces derniers jours, l’ascension des favoris Emmanuel Macron et Marine Le Pen semble rencontrer un trou d’air, le premier parce que les Français commencent à se demander s’ils ne risquent pas d’élire « un acteur » remarque entendue dans l’émission des « grandes gueules » sur RMC vendredi 14 avril , la seconde parce que la sortie de l’euro qu’elle préconise effraie les épargnants, les retraités notamment. « Selon le sondage Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde réalisé les 12 et 13 avril, les écarts entre les quatre candidats sont très faibles. (…) À dix jours du premier tour de scrutin, dimanche 23 avril, l’on se retrouve dans une situation sans précédent depuis un demi-siècle : quatre candidats – François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon – ont la possibilité de se qualifier pour le second tour. »

Fillon pied au plancher

Le meeting de François Fillon mercredi 12 avril à Lyon est bien dans la tonalité des rassemblements de ces partisans : « Ils étaient 6000 à se retrouver à Eurexpo » témoigne Le Progrès : « Haro sur Emmanuel Macron et méthode Coué – on va gagner communs à tous ». « Nous sommes le peuple de droite et en 2017, nous nous débarrassons des socialistes », a lancé Laurent Wauquiez : « Acclamé par la foule (…) il a agité les noms qui électrisent systématiquement ce “peuple de droite”, ceux de Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem. Succès garanti. » Quant au candidat Fillon, « très offensif », « il a développé son programme : moins d’impôt, embauche de 10 000 policiers, suppression de l’ISF, restauration de l’autorité ». « Toujours en troisième position dans les sondages, le candidat LR entend négocier la dernière ligne droite de sa campagne pied au plancher » annonce L’Express (13 avril) qui déroule le programme « infernal » de la fin de campagne du candidat des Républicains et du Centre. « Alors que François Fillon doit enchaîner quatre meetings en moins d’une semaine, son équipe promet une montée en puissance très séquencée sur le terrain et sur les réseaux sociaux. »

Les sondages… personne ne s’y fie, mais chacun les consulte plus ou moins fébrilement. Les derniers en date montrent qu’entre Fillon et Macron, « l’écart se réduit encore », relève Paris Match (12 avril) : avec 19% des intentions de vote au premier tour, « le candidat de la droite ne compte plus que 3,5 points de retard sur le candidat d’En Marche, en légère baisse ce mercredi (-0,5) [soit 22,5% ]». Du coup, la question : « François Fillon peut-il encore être président de la République ? » ne paraît plus  « incongrue ».

L’ascension de Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon confirme et amplifie sa percée. D’après un sondage Ipsos paru mercredi 12 avril, Jean-Luc Mélenchon est la personnalité politique qui rencontre actuellement la faveur des Français : 56 % d’opinions favorables. D’où vient le succès de Mélenchon ? Ouest-France croit les connaître : « Il s’est adouci sur la forme », quoique, tempère Claude Patriat, professeur émérite de science politique à l’université de Bourgogne, « il se fâche moins, mais il ne lui faudrait pas grand-chose pour qu’il se refâche. Il y a un contraste entre la forme, adoucie, et le fond, avec ses propositions faramineuses. » Par ailleurs, « Il profite des divisions au PS » : « C’est la faiblesse de Hamon combinée à la poussée de Macron qui a entraîné une radicalisation du vote de la gauche » qui s’est trouvé un nouveau champion. C’est surtout un formidable tribun, mais « faire le show » ne garantit pas, il s’en faut, l’élection.

En tout cas, les attaques contre Mélenchon fusent tous azimuts, observe Le Monde : « Du candidat de la droite, François Fillon, de celui d’En marche !, Emmanuel Macron, mais aussi de Pierre Gattaz, le président du Medef, (…) Sans oublier Le Figaro, qui titrait son édition de mercredi Mélenchon, le délirant projet du Chavez français” ». Mélenchon serait-il la « dernière chance de Fillon ? » s’interroge Marianne. Si l’on voit mal qu’il puisse prendre des voix au candidat des Républicains, le tribun de La France insoumise qui siphonne les voix de Hamon, peut mobiliser davantage le camp filloniste. « Lors de son grand meeting à Paris, dimanche [9 avril], François Fillon a ainsi réservé une formule travaillée à Mélenchon, qui se rêve en capitaine du cuirassé Potemkine, mais qui négociera la ferraille du Titanic. Par ailleurs, des gens de gauche qui avaient quitté Hamon pour Macron pourraient finalement aller vers Mélenchon, ce qui affaiblirait Macron. C’est une opportunité pour nous, calcule un proche de François Fillon. »

Macron : les « hollandais » l’aiment, les familles le craignent

Dans une tribune publiée dans Le Monde, quarante économistes se prononcent en faveur du programme du fondateur d’En marche !. « La plupart ont soutenu François Hollande par le passé » relève La Tribune. Mais les familles françaises ont du souci à se faire : la nouvelle étude annuelle de l’OCDE sur les impôts frappant les salaires montre que les familles de France sont de loin les plus lourdement imposées de tous les pays de l’OCDE selon le résumé qu’en fait Le Figaro (11 avril). Un salarié moyen parent de deux enfants acquitte une charge de 40 % sur ses revenus bruts en France, contre 38,6 % en Italie, 34 % en Allemagne, 26,1 % au Danemark, 25,8 % en Grande-Bretagne et 20,8 % aux États-Unis. Qui donc était le ministre de l’Économie co-responsable de cet écrasement fiscal sous le quinquennat de François Hollande sinon un certain Emmanuel Macron ? Mais celui-ci fuit comme la peste le soutien du président : « Alors qu’il va quitter l’Élysée, François Hollande est confronté à son bilan, et il est vertigineux. Au bout de son mandat, il laisse le PS en miettes et se tourne vers Macron, qui lui a claqué la porte au nez » relève Mediapart.

Parmi les déçus du quinquennat de Hollande, les musulmans. Ils sont tentés par l’abstention constate Le Figaro (14 avril) : « Plutôt à gauche, la communauté musulmane (…) représente 6 millions de personnes. Selon une enquête de l’Ifop, pas moins de 86 % des Français musulmans auraient voté François Hollande au deuxième tour de la présidentielle en 2012. Mais depuis, les choses ont changé. Pour Jérôme Fourquet (Ifop) : Après 2012, la gauche a commis l’erreur de croire que cet électorat lui serait acquis définitivement.” »

Marine Le Pen sur la défensive

Invitée de « 8h30 Aphatie », sur Franceinfo, vendredi 14 avril, Marie Le Pen, au coude-à-coude avec Emmanuel Macron dans les sondages (24% des voix chacun), a connu une semaine difficile. La justice française a demandé au Parlement européen de lever son immunité parlementaire, alors qu’elle est visée par une enquête sur des soupçons d’emplois fictifs de ses assistants. En outre sa déclaration sur le plateau du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI sur le Vel’ d’Hiv’ dont la France, à son avis, n’était « pas responsable », a rompu avec l’entreprise de dédiabolisation qui lui avait jusque-là plutôt réussi. Mais son trou d’air vient sans doute de ce qu’ « elle a fait une campagne des positions acquises » comme l’a relevé Patrice de Plunkett au cours du « grand débat » de Radio Notre-Dame le 14 avril. En fin de compte, ce sont probablement les correspondances économiques des programmes de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon qui constitueront pour elle comme pour lui le « plafond de verre » les empêchant d’accéder à l’Élysée.

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