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Pourquoi le sermon est un moment essentiel de la messe

© Michael BUNEL/CIRIC

Christian Redier - Publié le 21/03/17

Pour réveiller de nombreux chrétiens qui profitent parfois de l’homélie pour s’assoupir, le père Joël Guibert aborde la question délicate du sens de la prédication. Efficacité garantie.

Aleteia : La prédication est-elle une dimension fondamentale de la vie et de la mission de l’Église ?
Père Joël Guibert : Oui et ce n’est pas moi qui le dis mais les chrétiens eux-mêmes. Pour peu qu’on les laisse parler, les fidèles expriment de grandes attentes vis-à-vis de l’homélie du dimanche, et à l’inverse, une grande déception lorsqu’ils se sentent peu nourris. Dans son exhortation sur l’évangélisation, le pape Paul VI précise que les chrétiens « attendent beaucoup de cette prédication et de fait en reçoivent beaucoup de fruits ».

Quelle est votre expérience du sermon, comme curé de paroisse ou comme prédicateur dans des retraites ?
Avec bien d’autres confrères, je suis le témoin émerveillé de son impact sur le cœur des gens et mesure de plus en plus la force et la vérité de cette parole de saint Paul : « La foi naît de la prédication » (Rm 10, 17). Au cours des retraites, on voit des gens basculer dans la foi, certains passent d’une foi superficielle à une union beaucoup plus intime avec le Seigneur, d’autres enfin, grâce à la découverte de tel ou tel aspect de la foi ou de l’amour de Dieu, vivent tout autrement telle difficulté qui les faisait souffrir. Ce grand apôtre que fut le bienheureux père Antoine Chevrier n’hésitait pas à dire : « Voilà la grande affaire, l’unique affaire : enseigner, instruire. La mission de prêcher est la plus importante de toutes, c’est celle qui passe avant de confesser, pour convertir, éclairer, instruire ».

Vous avez mentionné la déception que les fidèles peuvent parfois ressentir. À votre avis, que faut-il pour renouveler la prédication aujourd’hui ?
Un prêtre qui dispose d’une large vue de la situation me disait que la prédication est en général d’un bon niveau. Ceci dit, si nous voulons un renouveau de la prédication, c’est du côté de Dieu qu’il faut se tourner. En effet, soit nous voulons simplement « causer » de Dieu et du salut – au sens de « parler de » – soit nous voulons permettre à Dieu de « causer » le salut – au sens de permettre à la grâce divine de passer. Or, si « seul Dieu donne Dieu ! », alors nous devons supplier Dieu afin qu’il donne à profusion ce don, ce charisme de la prédication. Il faut aussi que le prédicateur accepte d’en payer le prix pour l’obtenir et le dispenser, car prêcher dans l’Esprit relève du combat spirituel : « L’apôtre annonce l’amour. Il court l’inévitable risque, d’avance accepté, que l’amour ne soit pas aimé », prévenait le cardinal Lustiger.

Comment caractériser une prédication seulement « humaine », d’une prédication inspirée de l’Esprit ?
Jésus, le Prédicateur des prédicateurs, prêchait en demeurant constamment sous la l’inspiration de l’Esprit saint : « Je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que le Père m’a enseigné » (Jn 8, 28)… Voilà quelle doit être notre « obsession ». Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, grand prédicateur populaire, distingue, ce qu’il appelle les prédicateurs « à la mode » des prédicateurs « apostoliques » : une prédication peut être très spirituelle et pourtant ne pas être à strictement parler une prédication dans l’Esprit ; elle peut être très nourrissante et ne pas être encore inspirée par l’Esprit ; elle peut paraître très brillante à l’intelligence et ne pas être sous l’emprise de l’Esprit ; elle peut être très pédagogique et lumineuse pour l’esprit et pourtant ne pas être directement le fruit de l’Esprit. Le bon père de Montfort va même jusqu’à dire que qu’il existe « à peine mille prédicateurs – je dirai dix mille sans mentir –, y en a-t-il un qui ait ce grand don du Saint-Esprit ; la plupart n’ont que la langue, la bouche et la sagesse de l’homme ».

Dans votre ouvrage vous proposez de nombreux conseils pratiques pour la prédication. Quels sont ceux qui vous paraissent les plus importants ? 
Tout d’abord ne pas lire son texte, même si on le conserve sous les yeux. L’homélie est un acte de communication : adressons-nous à l’auditeur comme si on parlait à un ami. Deuxièmement, avoir le souci d’une « prédication imagée ». Le pape François est très bon sur ce point. Dans La joie de l’Évangile, il écrit : « Une image attrayante fait que le message est ressenti comme quelque chose de familier, de proche, de possible, en lien avec sa propre vie. Une image adéquate peut porter à goûter le message que l’on désire transmettre ». Je donnerai volontiers ce principe : aucune idée théologique qui ne soit pas accompagnée d’une image. Le Pape ajoute : « Une bonne homélie, comme me disait un vieux maître, doit contenir “une idée, un sentiment, une image” ». Il est très intéressant de noter que les premiers dominicains éditaient des livres entiers d’ « exempla » : des exemples simples permettant d’éclairer tel point de la foi, de la morale. Il est bon de retrouver cette intuition pratiquée par les pionniers des frères prêcheurs.

Le fidèle peut-il se permettre de faire au prêtre des commentaires sur son sermon, comme on le voit à chaque sortie de messe ?
Rien ne nous oblige en la matière mais il faut être très simple. Évitons la flagornerie, mais si on a été nourri ou visité par telle parole, rien n’empêche de remercier le prédicateur d’avoir été instrument de la Grâce de Dieu. De toutes manières, tout vient de Dieu. Et d’autre part, il ne faut pas trop s’inquiéter pour le risque d’orgueil chez le prédicateur… Les occasions de vexation et de contradiction ne lui manqueront pas à un moment ou à un autre !

On peut retrouver les dates de prédication de retraite du père Joël Guibert sur son site.

Propos recueillis par Christian Redier.

Prêcher dans l’Esprit saint du père Joël Guibert. Pierre Téqui éditeur, 176 pages, 12 euros.

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