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Les SDF ne sont pas des éléments du décor, rappelle le Pape

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Domenico Agasso - Vatican Insider - Publié le 17/03/17

Provocation à Sainte-Marthe : sont-ils des statues ? Un arrêt de bus ? Et que "sentons-nous à la vue d’un enfant faisant l’aumône ? Ah non il est de ceux qui volent ?"

« Que sentons-nous au fond de nous, dans notre cœur, quand nous voyons des enfants faire l’aumône… Non, ceux-là sont d’une ethnie qui volent… Je poursuis mon chemin. N’est-ce pas ainsi que je fais ? ». La question du Pape claque fort entre les murs de la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, comme une provocation. C’est l’heure de la messe et le souverain pontife commente la parabole du riche et de Lazare (Lc 16, 19-31). Sa mise en garde est sans détours : « Ceux qui regardent les clochards comme faisant partie du paysage font fausse route ».

Non, ce n’est pas la vie !

« Les sans-abris, affirme le Pape, les pauvres, les laissés-pour-compte, même les sans-abri bien habillés, qui n’ont pas d’argent pour se payer un loyer, parce qu’ils n’ont pas de travail… Qu’est-ce que je ressens ? Ils font partie du paysage, comme une statue, un arrêt de bus, un bureau de poste ? Et les sans-abris… ? Vous trouvez cela normal ? Faites attention. Faisons attention. Quand ces choses résonnent dans notre cœur comme quelque chose de normal… – mais oui, c’est la vie… je mange, je bois, et pour m’enlever un peu de mauvaise conscience je donne quelque chose et je continue à marcher– c’est que nous ne sommes pas dans la bonne voie ». Très spontanément, le Saint-Père a égrené les mille et une raisons qui peuvent permettre à chacun de s’accommoder de la très grande pauvreté.

Et de renvoyer alors au psaume du jour : « Maudit soit l’homme qui se fie à lui-même, qui se fie à lui-même », a-t-il insisté, car rien n’est plus sournois que le cœur, et il guérit difficilement ». Qui a pris ce chemin-là aura du mal à guérir ». Quand une personne « vit dans un environnement clos, respire l’air de ses propres biens, de ses plaisirs personnels, de la vanité, se sent sûre d’elle et ne se fie que d’elle-même, cette personne perd son sens de l’orientation, perd la boussole et ne sait pas où sont les limites ». Comme le riche de la parabole de l’Évangile qui « passait son temps à faire la fête et ignorait le pauvre à la porte de chez lui ».  Le riche « savait qui était ce pauvre : il le savait. D’ailleurs, quand il parle avec (…) Abraham, il dit : “Je te prie d’envoyer Lazare’: ah, il savait même comment il s’appelait ! Mais il s’en moquait.

Glisser du péché à la corruption

Cet homme est un pécheur ? Oui, a répondu le Pape. Mais on peut sortir du péché, « revenir en arrière : on demande pardon et le Seigneur pardonne ». Mais lui, le riche, « son cœur l’a conduit sur un chemin de mort, il ne peut plus revenir en arrière. Car il y a une limite à ne pas dépasser, après il est difficile de revenir en arrière ». Le péché s’est transformé en corruption : « Cet homme n’était pas un pécheur, c’était un corrompu. Parce qu’il savait qu’il y avait beaucoup de misère, mais il était heureux et se fichait du reste ».

Et le Pape d’insister : « Il faut avoir conscience de cette pente glissante du péché à la corruption », et s’interroger en permanence : « Qu’est-ce que je ressens, moi, quand au journal télévisé on nous dit qu’une bombe est tombé sur un hôpital, que de nombreux enfants sont morts ? Est-ce que je récite une prière et continue à vivre comme si de rien n’était ?  Est-ce que cela entre dans mon cœur  ou suis-je comme ce riche, insensible au drame de Lazare, dont les chiens avaient plus pitié ? ».  Pour aider à y voir plus clair, le Pape conclue en suggérant une prière : « Scrute, O Seigneur, mon cœur. Vois si je suis sur le mauvais chemin, sur la pente glissante du péché à la corruption, d’où je ne puis revenir en arrière  (…) Scrute, Seigneur, mon cœur, fais-moi comprendre quel chemin j’ai pris ».

Article traduit et adapté de l’italien par Isabelle Cousturié

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