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Islamisation et éducation, discrimination et liberté d’expression

© OZAN KOSE / AFP

Philippe Oswald - Publié le 17/03/17

Alors que l’Europe est la cible désignée du président turc Erdogan, elle se débat avec ses contradictions internes sur la place de l’islam, le rôle de la culture et la liberté d’expression.

Le président turc Recep Taiyyp Erdogan fait flèche de tout bois contre l’Allemagne et les Pays-Bas. Après avoir accusé les autorités allemandes de se comporter comme les « nazis » après leur refus de permettre l’organisation de meetings politiques dans la communauté turque immigrée, il a récidivé contre les Pays-Bas lorsque le ministre des Affaires étrangères turc a été interdit de discours puis reconduit à la frontière de ce pays, le 13 mars : voix de son maître, lui aussi a parlé de « pratiques nazies », traitant les Hollandais de « racistes » et d’ « islamophobes », répétant qu’ils « allaient en payer le prix ». La Suisse n’est pas épargnée par ces diatribes d’Ankara : « Les foudres du président turc s’abattent sur l’Europe entière » constate Le Temps. Le but est électoraliste : « En revêtant le costume du leader qui tient tête aux Européens, le président turc use jusqu’à la corde la fibre nationaliste, d’autant qu’il a besoin des électeurs du Parti d’action nationaliste (MHP) pour faire adopter sa réforme [lui donnant plein pouvoir]. Cela pourrait bien faire gagner le oui, alors que le scrutin promettait de se jouer sur le fil.»

« Une nouvelle alliance islamo-fasciste »

« Les accusations de fascisme et nazisme ressemblent pourtant à une accusation miroir » souligne dans Atlantico le géopolitologue et essayiste Alexandre del Valle. Il rappelle qu’Erdogan a scellé dans son pays « une nouvelle alliance « islamo-fasciste » avec non seulement la droite nationale-conservatrice mais surtout avec le parti d’extrême-droite MHP, branche politique des Loups Gris connus pour leurs idées radicalement antisémites, xénophobes, christianophobes, antikurdes, anti-arméniennes et anti-occidentales. » Alexandre del Valle rappelle les nombreux antécédents de « l’actuel Président turc – figure centrale de l’islamisme turc depuis les années 1990, fondateur de l’AKP et ex-maire d’Istanbul – qui abhorre – comme tous les islamistes – l’idéologie laïque impie de Mustapha Atatürk (fondateur de la Turquie moderne qui abolit le Califat en 1924) ».

En France, Strasbourg est devenu le « laboratoire de l’islam politique turc » avertit Le Point. « Le Grand Est subit l’influence croissante du président turc Recep Tayyip Erdogan, chantre de l’islam politique » via les médias turcs qu’il contrôle étroitement. Nombreux sont ceux qui, tel Saban Kiper, Alsacien d’origine turque, sont persuadés que l’Europe poursuit une guerre séculaire contre la Turquie : « Déjà en 1895, l’Angleterre et la Russie complotaient contre l’Empire ottoman ».

Il y a des musulmans modérés, mais pas d’islam modéré

Égyptien, fils d’imam, Hamed Abdel-Samad est un spécialiste de l’islam reconnu dans son pays d’adoption, l’Allemagne, où son essai, Le Fascisme islamique, est un best-seller qui vient d’être publié en français chez Grasset. Dans cet entretien au Figaro, l’auteur explique que si beaucoup de musulmans sont des modérés, il n’y a pas d’« islam modéré » : « L’islam modéré est un islam qui attend seulement sa chance de prendre le pouvoir. Là où il détient les rênes politiques et juridiques, il pratique des prisons à ciel ouvert et l’oppression des minorités, le mépris de la femme et des droits de l’homme. » Mahomet, cumulant tous les pouvoirs, a pratiqué bien avant l’État islamique, « la conquête, l’esclavage, l’assassinat des prisonniers de guerre et l’exécution de peines corporelles». On ne peut donc pas dire que les islamistes trahissent le Coran : « Ils traduisent seulement en actes ce que le Coran exige. Il y a 206 passages dans le Coran qui glorifient la violence et la guerre. La décapitation des incroyants y est exigée à deux reprises. » D’où sa mise en garde aux pays occidentaux : « L’éducation de la haine dans les mosquées et dans les foyers doit cesser. (…) Les États occidentaux et démocratiques ne doivent pas permettre, au nom de la tolérance, que les intolérants construisent leurs propres infrastructures et diffusent leur idéologie. »

Mais la formation des imams s’avère « presque impossible à encadrer », constate Jean-Marie Guénois dans Le Figaro . Il tire cette conclusion du septième rapport sur le sujet – en trois décennies – qui devait être remis, jeudi 16 mars, aux ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale. Le diagnostic des experts « tient en deux idées forces : la formation de l’écrasante majorité des quelques 1800 imams actifs en France échappe à tout contrôle sinon à celui des fédérations musulmanes ; la tentative de renforcer la formation universitaire en islamologie pour travailler à la déradicalisation voit plutôt les quelques apprentis imams qui s’y rendent contester cette lecture universitaire du coran. Ils la récusent même en bloc. »

Le lycée Suger de Saint-Denis, le lycée Tocqueville de Grasse, deux cas d’école

Dans une tribune de Famille chrétienne, le philosophe Damien Le Guay revient sur les attaques répétées, la semaine dernière, contre le lycée Suger, à Saint-Denis (93). Il voit dans ces événements touchant un lycée un « symbole de la partition de la France ».

Il constate que le modèle « multiculturel » adopté par Saint-Denis, ville dirigée par les communistes depuis 90 ans, contraint la « culture d’accueil » à se plier aux cultures d’origine. Alors que Saint-Denis est « un patchwork de 135 nationalités », comment les intégrer si la « culture d’accueil » est mise sous le boisseau ?

Si l’école ne joue plus son rôle d’intégration, c’est que « la question culturelle est sous-estimée » notamment face à l’islam. Damien Le Gay rappelle à ce sujet les propos de François Hollande dans Un président ne devrait pas dire ça : « Comment peut-on éviter la partition ? Car c’est quand même cela qui est en  train de se produire ». Cette question mériterait d’être au premier plan des débats de la présidentielle, estime Damien Le Guay.

Un autre pan de la question culturelle est révélé par la fusillade du lycée Alexis-de-Tocqueville de Grasse (Alpes-Maritimes). Le tireur, Killian, 16 ans, scolarisé dans ce lycée, était en effet un adepte du satanisme. Il était notamment « fasciné par la tuerie de Columbine (Colorado, États-Unis) » perpétrée par deux lycéens en 1999, et « amateur de groupes de metal et de l’univers visuel sataniste » rapporte Le Monde. « Goût pour le morbide, le satanisme, les films d’horreur… combien de lycéens touchés sans que personne ne s’en inquiète ? » tweete Gabrielle Cluzel.

IVG : opinion ou information ?

Le problème de la liberté d’informer vient d’être reposé par la décision ambiguë du Conseil constitutionnel à propos du « délit d’entrave à l’IVG ». Jeudi 16 mars, le Conseil constitutionnel a en effet validé cette loi tout en l’assortissant de restrictions supposés préserver la liberté d’opinion, notamment sur Internet. Mais ces restrictions n’auront guère d’effet, redoute  Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA : « Seules sont punissables les informations faussées – non pas les opinions – portant sur les conditions de l’IVG ou ses conséquences, et communiquées par une personne détenant ou prétendant détenir une compétence en la matière. Soit, mais comment faire la différence entre une information et une opinion ? Et qui le fera ? Quand Madame Rossignol affirme que l’IVG n’interrompt pas une vie, est-ce une information ou une opinion ? Peu importe d’ailleurs puisque seules sont visées les informations dissuadant de l’IVG. Celles qui l’encouragent sont en effet exclues de la loi. Voilà une discrimination que le Conseil laisse filer. »

« La loi reste imprécise et discriminatoire » déplore Grégor Puppinck, directeur du Centre Européen pour le Droit et la Justice (ECLJ-Strasbourg), interviewé par Gènéthique : certes, explique-t-il, « Les informations destinées à un public indéterminé – par exemple sur internet – ne sont plus menacées. » Mais « l’interprétation du Conseil Constitutionnel maintient le délit à l’égard des informations destinées à un public déterminé par des personnes ayant des compétences réelles ou supposées en la matière » autrement dit, les services d’écoute et d’assistance téléphoniques, les « numéros verts » qui paraissent sur les sites pro-vie. Ils pourront être poursuivis pénalement « dès lors que leurs propos sont susceptibles d’être interprétés comme étant de nature à induire volontairement en erreur dans un but dissuasif » L’incitation à l’IVG, elle, n’est pas punissable : « Une discrimination fondée sur l’opinion est donc opérée entre les messages pro-avortement, épargnés par la loi, et ceux diffusant un message pro-vie, qui tombent seuls sous le coup de cette loi. »

Conclusion de Grégor Puppinck : « La loi reste problématique. (…). Elle ne permet pas de savoir précisément ce qui est interdit. Cela met en cause la sécurité juridique des personnes qui veulent agir pour la prévention de l’avortement. » Mais n’était-ce pas le but ?

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