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L’appel à l’aide d’un missionnaire en Éthiopie

© UNICEF Ethiopia/2014/Ayene
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"Je parle pour ceux qui n'ont plus de voix ni de larmes pour pleurer."

Le père Christopher Hartley est un prêtre missionnaire connu pour son travail avec les travailleurs haïtiens de la canne à sucre en République dominicaine entre 1997 et 2006. Il a également servi dans le Bronx, New York et a travaillé pendant de nombreuses années avec Mère Teresa. Il exerce désormais son ministère en Éthiopie, d’où il écrit cette lettre poignante pour témoigner de la situation tragique sur place.


À Gode, dans la région Somali d’Éthiopie, il n’est pas tombé une seule goutte de pluie depuis dix huit mois. Les récoltes sont détruites par la sécheresse, les troupeaux morts s’amoncellent au bord des chemins. Tout n’est que mort et désolation. Les médecins sont impuissants devant les malades atteints de choléra qui arrivent moribonds à l’hôpital.

Le 2 mars, un jeune médecin anglais qui exerce à l’hôpital public depuis près de deux mois nous a donné de nouveaux renseignements sur l’ampleur du drame, après avoir constaté l’arrivée d’un nombre inhabituel de patients agonisants venus d’Hargele.

C’est ainsi que nous avons appris que certains ONG, dans l’impossibilité d’envoyer des camions d’eau aux populations les plus éloignées, ont dû puiser de l’eau contaminée aux environs d’Hargele.

Je m’y suis donc rendu en parcourant 230 kilomètres de voies très difficiles, en embarquant tous les médicaments disponibles. Sur place, le directeur de l’hôpital nous a raconté la tragédie des centaines de personnes en phase terminale qui arrivent tous les jours infectées par le typhus. Il nous a supplié presque à genoux d’envoyer davantage de médicaments et de nourriture pour les malades.

Padre Christopher

Pour mieux comprendre la situation, nous sommes allés dans les villages des malades. Les habitants nous ont fourni des détails supplémentaires et ont aussi réclamé une aide d’urgence sous forme d’eau potable, de denrées alimentaires et de médicaments. J’ai promis de les aider en mobilisant tous les moyens que l’Église avait à sa disposition.

Impossible de savoir si les malades trop atteints pour être transportés à l’hôpital ont de la fièvre. « Nous ne savons pas, nous n’avons pas de thermomètre », m’a répondu un homme. Pourquoi des millions de gens vivent-ils ainsi ? Pas de thermomètre dans une situation aussi tragique alors que des femmes dépensent des fortunes en chirurgie esthétique. Quelle absurdité !

Lorsque nous sommes repartis, les enfants couraient derrière la voiture en réclamant « de l’eau ». J’ai repensé à toute l’eau que j’avais vue dans ma vie et que personne ne boirait jamais.

Si nous avions les fonds nécessaires nous pourrions leur fournir des médicaments qui sont accessibles chez nous. Mais il faut aussi payer le carburant pour nous rendre dans les régions éloignées et acheter les aliments de première nécessité.

Village après village, nous voyons du bétail mort de soif et de faim. La puanteur est insupportable. Autant de foyers infectieux pour ces gens dont le système immunitaire est déjà très affaibli.

J’ai songé avec émotion que c’était sans doute la première fois que l’Église catholique se rendait dans cette zone et que ces gens voyaient le visage de la charité sous les traits d’un missionnaire.

J’ai rendu grâce à Dieu et j’ai repensé aux paroles du pape François dans son message de Carême :

« Lazare nous apprend que l’autre est un don. Ainsi, le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. La première invitation que nous adresse cette parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ ».

Je vous demande par amour pour Dieu de faire ce que vous pouvez pour nous aider. Toute aide, aussi minime soit-elle, nous permet de sauver une vie.

Je parle pour ceux qui n’ont plus de voix ni de larmes pour pleurer. Chaque jour, à travers la patène et le calice, je vous offre la possibilité par votre charité de donner à boire à ceux qui ont soif et à manger à ceux qui ont faim. Pour l’amour de Dieu, faites ce que vous pouvez pour nous aider. À tous, nous souhaitons un Carême le cœur ouvert pour partager avec les pauvres comme avec tous ceux qui ont.

Je vous bénis tous.

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