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Le pape François préface le livre de Daniel Pittet, victime d’abus sexuels

Daniel Pittet © philippe-rey.fr - Pape François © ALBERTO PIZZOLI - AFP
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"Merci pour ce témoignage précieux et nécessaire… Je demande humblement pardon", écrit le Saint-Père.

« Je remercie Daniel car des témoignages comme le sien font sauter la chape de plomb qui étouffait les scandales et les souffrances, ils font la lumière sur une terrible obscurité dans la vie de l’Église », écrit le pape François dans la préface du livre « Mon père je vous pardonne «  de Daniel Pittet, abusé par un prêtre manipulateur, à Fribourg (Suisse), entre 9 et 12 ans. Un homme, tiré de l’enfer par des moines de l’abbaye d’Einsiedeln, ses proches, et d’autres prêtres qui l’ont aidé à se relever d’une « enfance brisée », et à toujours aimer l’Église malgré les souffrances subies. Jusqu’à la décision inouïe de pardonner à son bourreau, de vouloir « le regarder dans les yeux », de le pardonner et « de construire sa vie sur ce pardon », souligne le Saint-Père qui a fait connaissance de ce « rescapé de la vie » en 2015 au Vatican, dans le cadre de l’Année de la Vie consacrée.

« Un témoignage précieux et nécessaire » 

Né en Suisse, en 1959, Daniel Pittet a été abusé par un père capucin il y a 4 ans. Son calvaire a duré quatre ans. Et aujourd’hui, 17 ans après avoir dénoncé son violeur — qu’il rencontrera en 2016 — et malgré une blessure encore très douloureuse qui lui a demandé des années de thérapies, mais qu’il a réussi peu à peu à colmater grâce au soutien de ses proches et de sa foi, il a décidé de poursuivre sa lutte et d’écrire « pour toutes les victimes de la pédophilie », de leur faire partager son parcours. Lui qui, comme il dit lui-même, a « fait le tour du sujet : le viol, le pardon, l’oubli, la réminiscence, la dénonciation, la reconnaissance » et a dû se battre pour être reconnu. L’auteur, aujourd’hui bibliothécaire, dédie ce livre à « toutes les personnes qui ne pourront jamais parler ». Et les bénéfices qu’il en tirera, rapporte le portail catholique suisse, iront aux enfants violés en Ukraine, devenu un haut lieu du tourisme sexuel.

En préfaçant son livre, publié aux Editions Philippe Rey, et traduit également en italien, c’est à toutes les victimes de pédophilie que le Pape signifie la mortification de l’Église devant un crime qui, jusqu’en l’an 2000, s’est répandu à force de déni, d’indifférence ou d’omerta. Pour le Saint-Père, l’histoire de Daniel est « un témoignage nécessaire, précieux, et courageux ». Il se dit « heureux  » que d’autres puissent le lire aujourd’hui et découvrir « à quel point le mal peut entrer dans le cœur d’un serviteur de l’Église ».

« Je demande humblement pardon »

« C’est une épreuve pour la victime d’un pédophile de prendre la parole et de raconter ce qu’elle a enduré, de décrire les traumatismes qui persistent encore des années après », écrit le Pape avec admiration et émotion. Pour lui, des témoignages comme celui de Daniel Pittet sont « nécessaires, précieux et courageux », car ils « ouvrent la voie à une juste réparation et à la grâce de la réconciliation », mais aident aussi les pédophiles à « prendre conscience de l’impact terrible de leurs actes ». François réaffirme le caractère « monstrueux » de tels actes, dénonçant « un péché effroyable » contre lequel l’Église aujourd’hui lutte avec « grande sévérité  pour ces prêtres qui trahissent leur mission, ainsi que pour leur hiérarchie, évêques ou cardinaux, qui les protègerait ». Et d’insister : « Comment un prêtre, ordonné au service du Christ et de son Église, peut-il arriver à causer autant de malheur ? Comment, alors qu’il est consacré pour amener un enfant à Dieu, peut-il le dévorer dans ce que j’ai appelé, écrit-il, un sacrifice diabolique qui détruit tout à la fois sa proie et la vie de l’Église ? ».

Certaines victimes, rappelle le Saint-Père, sont arrivées jusqu’au suicide. Ces morts, confie-t-il affligé, « pèsent sur mon cœur, sur ma conscience et celle de toute l’Église. À leurs familles, « j’offre donc mes sentiments d’amour et de douleur, et demande humblement pardon ».

Les enquêtes se poursuivent

Tout comme le pape François, la Conférence des évêques suisses et la Province suisse des capucins ont souligné la grande valeur du témoignage de Daniel et affirmé avoir depuis pris des mesures pour éviter que de tels actes ne se reproduisent. Interpellé par les informations détaillées dans l’ouvrage de Daniel Pittet, Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg et président de l’épiscopat suisse saisit l’occasion pour faire la lumière sur la possible implication d’autres personnes. Aidés par une instance juridique indépendante, les capucins de Suisse, qui reconnaissent toutes les accusations, ont promis de « faire la lumière et établir dans quelle mesure de nouveaux cas de soupçons révélés dans le récit de Daniel Pittet résultent d’une volonté de cacher les faits », et de regarder « si d’autres victimes peuvent encore être identifiées ». Les résultats des enquêtes du diocèse et des capucins seront communiqués « en temps voulu », soulignent-ils.

Tristesse et colère également de la conférence des religieux et religieuses de France « face à l’horreur de tels méfaits ». La CORREF invite les supérieur(e)s à « prendre la mesure de leurs responsabilités », leur rappelant qu’ils ou elles sont tenu(e)s à appliquer les directives qui leur ont été données. Leur rappelant que celles-ci « s’alignent sur le droit civil français et sur le droit de l’Église ».

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