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Le secret de l’Islande pour que ses adolescents consomment moins de drogue, de tabac et d’alcool

BORIS ROESSLER / DPA
The hands of a young male drug addict fill a syringe with dissolved, brownish heroin at the aid centre for drug addicts 'La Strada' run by the 'AIDS-Hilfe' (an AIDS/HIV support group) in Frankfurt Main, Germany, Thursday, 25 January 2007. There drug addicts can consume drugs such as Heroin, Cocaine, Crack and others in a safe and sterile surrounding supervised by social workers. 'La Strada' also offers medical support for the many addicts infected with HIV, hepatitis or other diseases. Photo: Boris Roessler
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Au cours des 20 dernières années, l'abus d'alcool et de drogues a chuté chez les jeunes Islandais... Mais comment ont-ils fait ?

Depuis 20 ans, les taux d’alcoolémie, de tabagisme et de consommation de drogue en Islande ont chuté de façon faramineuse. Mosaic Science rapporte qu’en 1998, le pourcentage d’enfants âgés de 14 à 16 ans qui avaient déclaré avoir bu au cours du mois précédent était de 42% et en 2016, il était de seulement 5%. Le tabagisme est quant à lui passé de 23% à 3% et le cannabis de 17% à 7%.

Le secret ? Des solutions de bon sens, inspirées par de nouvelles données et enracinées dans la communauté et la famille.

Le succès de l’Islande a effectivement commencé aux États-Unis avec le professeur de psychologie américain Harvey Milkman. Après avoir étudié la consommation de drogues dans les années 1970, il concluait dans sa thèse de doctorat que le choix des substances est basé sur la façon dont les gens préfèrent faire face au stress. Cela l’a amené à se demander pourquoi les personnes continuaient de consommer de la drogue. Il a ensuite développé l’idée que les gens devenaient dépendants de ce qui se passait dans leur cerveau. « Les gens peuvent devenir dépendants de la boisson, des voitures, de l’argent, du sexe, des calories, de la cocaïne ou quoi que ce soit d’autre », dit Milkman. « L’idée de dépendance comportementale est devenue notre marque de fabrique. »

En 1991, Milkman a été invité en Islande pour discuter de son travail et de ses recherches. Il est devenu consultant pour le premier centre résidentiel de traitement de la toxicomanie pour les adolescents en Islande. Il s’est lié d’amitié avec un autre psychologue, Gudberg Jónsson, et une jeune chercheuse nommée Inga Dóra Sigfúsdóttir qui s’est demandée si les enfants toxicomanes pouvaient arrêter leurs consommation grâce à des alternatives saines.

Une enquête nationale

Ainsi en 1992, les élèves âgés de 14 à 16 ans dans chaque collège islandais ont rempli un questionnaire, qui a été répété en 1995 et 1997. Cette enquête anonyme a permis aux jeunes d’être interrogés sur leur consommation d’alcool, de cigarettes et de cannabis. Ils étaient également interrogés sur le temps passé avec leurs parents et leur participation à des activités parascolaires.

Passer plus de temps en famille

Les résultats ont été alarmants et ont révélé de fortes différences entre les enfants qui ont consommé de la drogue et de l’alcool et les autres. Pratiquer du sport 3 à 4 fois par semaine a été déterminé comme un facteur décisif dans le fait de ne pas tomber dans la toxicomanie, ainsi que le temps passé par les enfants avec leurs parents au cours de la semaine. Être pris en charge à l’école et ne pas être livré à soi-même le soir sont également décisifs.

Les jeunes étaient déjà sensibilisés à la toxicomanie et à la prévention, mais cela ne semblait pas faire beaucoup de différence. Il était temps de développer une nouvelle approche.

Par chance, le maire de Reykjavik voulut essayer quelque chose de nouveau et fut suivi par de nombreux parents. Ainsi, en utilisant les résultats du sondage et en collaboration avec des chercheurs et des enseignants, mais aussi des parents et des leaders communautaires, un nouveau plan national a été développé sous le nom de « La jeunesse en Islande ». Emma, une jeune du Mosaic Science écrit : « Les lois ont changé. Il est devenu illégal d’acheter du tabac en dessous de 18 ans et de l’alcool avant 20 ans. La publicité pour le tabac et l’alcool a été interdite. Les liens entre les parents et l’école ont été renforcés par des associations parentales qui, par la loi, devaient être établies dans chaque école, ainsi que des conseils scolaires avec des représentants de parents. On a encouragé les familles à participer à des réunions qui évoquaient l’importance de consacrer du temps à leurs enfants plutôt que de miser sur quelques moments de qualité occasionnels. Nous les avons incités à faire parler leurs enfants de leur vie, à savoir avec qui ils sont amis. Nous avons bien sûr insisté sur le fait de les garder à la maison en fin de journée et le soir afin qu’ils ne soient pas livrés à eux-mêmes. »

Jusqu’à 16 ans, interdiction de rester dehors le soir

Une loi a aussi été adoptée interdisant aux enfants de 13 à 16 ans d’être à l’extérieur après 22 heures en hiver et minuit en été. Cette loi est toujours en vigueur aujourd’hui.

Par ailleurs, une association parentale nationale appelée « Maison et école » a été créée et incite les parents à signer des contrats spécifiques en fonction de la tranche d’âge de leurs enfants. Par exemple, ils peuvent s’engager à ne pas laisser leurs enfants sans supervision d’un adulte, et ne pas acheter d’alcool pour les mineurs. « Ces accords éduquent les parents mais aident aussi à renforcer leur autorité à la maison », affirme Hrefna Sigurjónsdóttir, directrice de « maison et école ».

L’État islandais s’engage financièrement

L’État a également participé financièrement au développement des activités sportives, musicales et artistiques, ou dans toutes autres sortes de club. Et les familles à faible revenu ont reçu des aides financières pour inscrire leurs enfants à ces activités. Les enquêtes et études se poursuivent et permettent d’avoir des données à jour sur lesquelles s’appuyer. En plus d’une réduction drastique de la consommation de drogues et d’alcool, le temps que les adolescents disent avoir passé avec leurs parents a presque doublé entre 1997 et 2012.

Le modèle peut-il s’exporter ?

D’autres villes européennes ont adopté avec succès certains aspects du programme islandais. Mais nulle part on a pu observer une amélioration comme en Islande et il y a de nombreuses raisons à cela. Milkman s’est rendu compte que même les meilleurs programmes ne sont pas toujours soutenus ou développés comme il faudrait : « Avec Project Self-Discovery, il semblait que nous avions le meilleur programme au monde », dit-il. « J’ai été invité à la Maison Blanche deux fois. J’ai remporté des prix nationaux et je me disait : Ça sera reproduit dans chaque ville et village. Mais ce ne fut pas le cas” ». Le professeur de psychologie se rend à l’évidence : « On ne peut pas prescrire un modèle générique à chaque communauté parce qu’elles n’ont pas toutes les mêmes ressources ». Tout effort pour parvenir aux résultats de l’Islande dépend de ce qui existe déjà. « Il faut compter sur les ressources de la communauté », dit-il.

L’investissement de tous les acteurs de la société

Il y a aussi la question de la relation entre les citoyens et l’État, ainsi que la manière d’impliquer tous les acteurs concernés : gouvernement, bailleurs de fonds, parents, enseignants et universitaires. L’Islande démontre ainsi qu’il est possible pour chacun de travailler ensemble de manière efficace. Mais si l’approche du pays est basée sur le bon sens et les résultats des études et enquêtes, c’est surtout l’investissement de tous les principaux intéressés qui permet d’avancer de façon efficace.

Dans un article du Huffington Post écrit l’année dernière, Milkman expose les raisons pour lesquelles les États-Unis ne parviennent pas à ces résultats. Partout dans le pays il existe des milliers de programmes de prévention, mais la toxicomanie des adolescents et des jeunes adultes demeure élevée. Selon Milkman, si les États-Unis souhaitaient reproduire l’exemple de l’Islande, voici quelle serait la clef :

  • Réduire les périodes où les adolescents ne sont pas surveillés par des adultes ;
  • Créer davantage d’activités, plus souvent et de façon structurée ;
  • Retarder autant que possible la première fois où l’adolescent boira de l’alcool ;
  • Baser les efforts au niveau communautaire où les choses peuvent se faire de manière rapide et concrète ;
  • Sensibiliser les élus et leur demander de faire campagne pour cette cause.
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