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Femmes criminelles : regard croisé sur deux affaires. Jacqueline Sauvage, la victime meurtrière (1/2)

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Qu’ont en commun les affaires de la petite Fiona et de Jacqueline Sauvage ?

L’affaire Jacqueline Sauvage — cette femme qui a tué son mari de plusieurs coups de fusils le 10 septembre 2012 et a été condamnée à 10 ans de prison en appel le 1er décembre 2015 et l’affaire de la petite Fiona — cette petite fille tuée sous les coups de son beau-père en mai 2013 et dont la mère a été condamnée à 5 ans de prison le 25 novembre 2016  ont ceci de commun que leurs premiers rôles sont des femmes, des mères, et qu’elles sont meurtrières.

Chacune de ces deux tragédies a suscité les passions de l’opinion publique et des médias, comme peu de faits-divers en provoquent. Dans les deux cas, le public s’est emparé des faits pour réclamer ce que la justice populaire tenait pour exigible : la libération pour l’une, et la prison à vie, voire la mort, pour l’autre.

Les femmes criminelles sont statistiquement plus rares que les hommes à peupler les prisons. Ainsi lorsque l’une d’elles apparaît dans la presse, elle fascine et intrigue. Dans tous les cas, les réactions sont étonnamment violentes et spontanées. Différemment dans les cas de Jacqueline Sauvage et de Cécile Bourgeon.

La première a tué son mari le 10 septembre 2012 de trois coups de fusils dans le dos. Invoquant quarante sept ans de violences conjugales, ainsi que d’abus sexuels sur ses filles, la défense de Jacqueline Sauvage est fondée sur la légitime défense. Qui ne sera pas retenu par les jurés de la cour d’Assise du Loiret qui la condamnent à 10 ans de prison pour meurtre. Cette peine sera confirmée par la cour d’Assise d’appel en 2015. L’avocat général de cette deuxième cour amenée à juger Jacqueline Sauvage énonça en effet que « la légitime défense n’était absolument pas soutenable ». Les avocates de l’accusée, Mes Nathalie Tomasini et Janine Bonnagiunta, avaient plaidé la relaxe, demandant à ce que soient repoussées les limites de la légitime défense en cas de violence conjugale ». Un « permis de tuer » que refusèrent de lui donner les magistrats, malgré les quarante-sept années de misère vécues auprès de ce mari violent.

Le triomphe de la demande populaire

Autour de Jacqueline Sauvage s’est alors tissé un puissant réseau de soutiens : associations, médias, personnalités du cinéma, de la culture. Tous demandaient haut et fort sa libération immédiate, faisant de cette femme le symbole des violences conjugales et de toutes les épouses vivant silencieusement sous les coups de leurs maris.

Mais alors que l’opinion publique avait pris fait et cause pour elle, l’ensemble de la machine judiciaire semblait voir dans cette affaire une autre vérité, où la femme victime était aussi femme meurtrière. Par deux fois, un juré d’assise et de hauts magistrats demandèrent à ce que Madame Sauvage soit envoyée en prison pour une longue peine. Par deux fois (en août et en novembre 2016), la demande de mise en liberté lui a été refusée, les magistrats jugeant que Jacqueline Sauvage ne semblait pas avoir pris conscience de son acte.

Cependant, face à la pression répétée de l’opinion publique, le président de la République décide de lui accorder une grâce partielle en janvier 2016, puis une grâce totale en décembre de la même année : faisant usage de ce droit octroyé par l’article 17 de la Constitution, et puisque toutes les voies de recours étaient épuisées, le président a pu dispenser Jacqueline Sauvage de l’exécution du restant de sa peine. Cela ne l’innocente pas, elle reste coupable aux yeux de la Justice car il ne s’agit pas d’une amnistie.

Le pouvoir politique s’est donc couché devant la demande populaire, s’immisçant entre la Justice et la société d’une façon que certains, comme le juge Philippe Bilger ou l’avocat Daniel Soulèze-Larrivière, jugent totalement déplacée. L’opinion publique, personnalités en tête comme Anne Hidalgo où Daniel Cohn-Bendit, se sont mobilisés de façon fort tapageuse, au mépris de la vérité et de la complexité du dossier, qu’aucun d’eux ne connaissait réellement.

Jacqueline Sauvage est devenue l’emblème d’un féminisme violent et acide, dans lequel la femme meurtrière ne peut être que victime : une bien curieuse façon de libérer la femme des liens pourtant bien réels qui l’entravent encore dans la société.

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