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Sommes-nous tentés de vouloir donner des conseils à l’Esprit Saint, au lieu de les recevoir ?

© Antoine Mekary / ALETEIA
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De la lecture des signes des temps au discernement personnel, le père Cantalamessa rappelle le rôle de l’Esprit Saint.

Depuis la chapelle Redemptoris Mater du Palais apostolique, le père Raniero Cantalamessa a prêché le 9 décembre dernier sur « l’Esprit Saint et le charisme de discernement ». Le thème a ainsi été abordé pour alerter sur « la tentation de vouloir donner des conseils à l’Esprit Saint au lieu de les recevoir », rappelant que c’est lui qui « guide » et qu’il « n’est pas guidé ». Face au pape François et aux responsables de la curie romaine, le prêtre charismatique soutenait donc : « L’Esprit Saint est, dans tout discernement, le premier agent ». Et de rappeler que la parole de Dieu éclaire « mieux que n’importe quel conseil humain », avant de décliner les deux domaines d’exercice du discernement : le domaine ecclésial et le domaine personnel.

Le discernement des signes des temps

Le père Cantalamessa aborde la difficulté du discernement dans la vie ecclésiale qui « passe par l’autorité du magistère » mais doit aussi tenir compte « du sens des fidèles », le sensus fidelium. Il insiste particulièrement sur le discernement des signes des temps, pour lequel le Concile demande de « les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’ils puissent répondre de manière adaptée à chaque génération », en évitant « les remèdes et règles de toujours pour apporter de nouvelles réponses ». Il soulève alors une difficulté, « la peur de compromettre l’autorité du magistère, en admettant des changements dans ses décisions ». Dans le domaine moral, il donne l’exemple de certaines lois abandonnées dans l’Ancien Testament au profit de l’esprit de l’Alliance, et invite à « relire l’Évangile à la lumière des nouvelles questions qui se posent à elle ». Enfin, la collégialité des évêques est un « facteur important » et nécessaire, par souci d’avoir un équilibre dans les réponses apportées, grâce à la variété de points de vue et de dons des évêques. Et de conclure sur les versets du Veni Creator : « avec toi comme notre guide nous éviterons tout mal ».

Les étapes du discernement

Ici, le prédicateur souligne l’évolution du « discernement des esprits » au fil des siècles, au départ utilisé pour discerner la parole prophétique dans une assemblée, ce don – ou charisme – a ensuite surtout servi à « discerner ses propres inspirations ».

Dans le domaine personnel, plusieurs étapes sont d’une grande aide pour discerner. Le premier discernement est celui qui permet la distinction entre « l’Esprit de Dieu » et « l’esprit du monde », dont le principal critère en sont les fruits. Ensuite, quand le choix se porte entre un bien et un autre bien, le père Cantalamessa appelle à utiliser la méthode de saint Ignace de Loyola. Considérant les choix les uns après les autres, il s’agit de vérifier les réactions du cœur et d’examiner si « une voix en vous vous encourage dans cette direction, ou au contraire, si un voile d’inquiétude l’entoure », le tout dans un « climat de prière, d’abandon à la volonté de Dieu et d’ouverture à l’Esprit Saint ». S’appuyant encore sur saint Ignace, il explique la doctrine de la « sainte indifférence » qui consiste à se mettre dans une totale disponibilité à la volonté de Dieu. « Sera considéré conforme à la volonté de Dieu, le choix qui, après mûre réflexion et prière, laissera plus de paix dans le cœur ». En dernier recours, pour certains choix « seule l’onction de l’Esprit Saint permet de discerner ce qu’il faut faire », puisqu’il est lui-même la volonté « substantielle de Dieu » qui se manifeste à une âme.

Cela permet de mettre au second plan les aspects psychologiques qui, s’ils sont importants, représentent le « danger » de finir par « oublier que l’Esprit Saint est, dans tout discernement, le premier agent », insiste le prêtre italien. L’examen de conscience constant, qui ne se limite donc pas à la préparation de la confession.

Se laisser guider par l’Esprit Saint

« Le discernement n’est, dans le fond, ni un art, ni une technique, mais un charisme, c’est-à-dire un don de l’Esprit ! », rappelle-t-il. Et il met en garde contre l’existence « d’une façon subtile de suggérer à l’Esprit Saint ce qu’il devrait faire avec nous et comment il devrait nous guider ». Favoriser l’intervention de l’Esprit Saint est aussi un exercice personnel de l’âme et un effort pour écouter la Parole, plutôt que les conseils humains. Il donne l’exemple d’un homme tiraillé parce qu’il souhaitait baptiser son fils de 11 ans, mais sa femme faisant partie d’une secte s’y refusait. Il revint le lendemain, après que le père ait prié pour lui, et lui dit : « J’ai trouvé la solution, père. J’ai lu dans ma Bible l’épisode d’Abraham et j’ai vu que lorsqu’il amène son fils Isaac pour l’immoler, il ne dit rien à sa femme ! ». Et son fils fut baptisé.

Voici l’invitation finale qu’il adresse : « Nous devons nous abandonner à l’Esprit Saint comme les cordes de la harpe s’abandonnent aux doigts de celui qui les bougent. Comme de bons acteurs, nous devons tendre l’oreille à la voix du souffleur caché, pour réciter fidèlement notre rôle sur la scène de la vie. C’est plus facile qu’on ne le pense (…) il suffit parfois d’un simple coup d’œil intérieur, d’un mouvement du cœur, d’une prière ».

Le père Cantalamessa termine son homélie de l’Avent par les paroles d’une prière récitée à l’office de la Pentecôte dans les Églises de rite syriaque adressée au Paraclet.

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